Le sous-sol d’un village québécois peut être acheté en quelques clics de souris par une société étrangère ! Ni la population ni le maire n’y pourront rien. Pendant que Québec travaille à moderniser la Loi sur les mines, en région, la colère gronde.

Oubliez l'image du mineur souffreteux piochant dans la noirceur et la misère. Même à 800 m sous terre, dans les entrailles de la mine d'or Goldex, à Val-d'Or, la claustrophobe en moi respire à l'aise. L'espace est dégagé, les galeries sont immenses et éclairées par endroits. Dans les aires de repos, des salles bétonnées et peintes isolées du reste de la mine, j'en oublierais presque les millions de mètres cubes de roche au-dessus de nos têtes. Il y a même des bacs de recyclage à côté des fours à micro-ondes !
Chaque jour, 8 000 tonnes de minerai sont extraites de cette mine ouverte l'an dernier. Mais en surface, elle occupe seulement l'équivalent d'une dizaine de terrains de soccer, à quelques pas des premières maisons. Bruit, poussière, tout est soigneusement contrôlé et réduit au minimum. Et les relations avec le voisinage sont plutôt bonnes.
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La société torontoise Agnico-Eagle,
propriétaire de cette mine, participe aussi à la décontamination du site minier
abandonné de Manitou, à une quinzaine de kilomètres au sud-est de Val-d'Or. Elle
a construit un pipeline de 23 km pour acheminer ses propres résidus jusqu'à cet
immense terrain de boue jaunâtre, propriété de Québec depuis 2003.
Le Québec vit un nouveau boum minier, phénomène cyclique qui, pour la première fois, coïncide avec une hausse phénoménale des besoins en métaux des économies émergentes d'Asie. Pour faire face à la demande, l'industrie s'attaque aux minerais avec des technologies du 21e siècle... mais elle est encore encadrée par des lois qui n'ont guère changé depuis le 19e. Au Québec, les compagnies minières ont presque tous les droits. Elles peuvent acheter la totalité du sous-sol d'un village en quelques clics de souris, débarquer ensuite pour forer un trou sans que personne les en empêche... puis abandonner leurs résidus sans s'acquitter des factures !
Manitou incarne ce côté sombre de l'industrie minière. Ici, rien ne pousse. L'eau de la rivière Bourlamaque, qui coule à quelque six kilomètres de là, est presque aussi acide que de la bile ! Les déchets neutres d'Agnico-Eagle éviteront que le drainage acide ne continue, en isolant les vieux résidus de l'oxygène de l'air. Si tout fonctionne comme prévu. Sinon, ce sera encore à l'État de réparer les pots cassés...






