Hydro-Québec s’apprête à remettre à neuf la centrale nucléaire de Gentilly-2. Un chantier controversé qui coûtera près de deux milliards de dollars aux Québécois et qui pourrait s’avérer un énorme «éléphant blanc»…

Les centrales nucléaires ont envahi mes conversations et même mes nuits à partir du 11 mars dernier.
Depuis que la centrale de Fukushima a été endommagée par le gigantesque tsunami qui s'est abattu sur les côtes du Japon, l'industrie nucléaire mondiale vit des heures difficiles. Au Québec, ces tristes événements ont remis sur le devant de la scène un projet qu'on avait un peu oublié, tant l'attention était tournée vers le gaz de schiste et le pétrole du Saint-Laurent : la rénovation de la centrale nucléaire de Gentilly-2, située au bord du fleuve, à mi-chemin de Montréal et Québec.
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Hydro-Québec prévoit y amorcer l'an prochain des travaux qu'elle estime à 1,9 milliard de dollars, pour prolonger la vie de la centrale jusque vers 2035. Une hérésie, selon de nombreux opposants, qui jugent le chantier inutile, risqué... et potentiellement beaucoup plus coûteux. Ferait-on mieux de mettre l'unique centrale nucléaire du Québec au rancart avant de se ruiner dans un nouvel « éléphant blanc », à côté duquel le Stade olympique aurait l'air d'une petite souris ?
En m'attaquant à cette question cet hiver, bien avant les événements au Japon, je n'avais aucun a priori. J'étais prête à écouter les arguments de chacun, en essayant de départager les peurs irrationnelles des craintes fondées, les innombrables opinions à l'emporte-pièce des rares faits avérés et des impératifs techniques. Tout un défi !
Après des mois d'enquête, le constat est clair : la remise à neuf de Gentilly-2 a bien peu de chances de profiter aux Québécois. Elle risque plutôt de leur coûter les yeux de la tête !
La perspective d'un démantèlement n'est pas écartée par Hydro-Québec, a annoncé son PDG lors de la présentation du bilan annuel de la société d'État, à la fin mars. Jusqu'à cette intervention inattendue de Thierry Vandal, Hydro-Québec semblait pourtant tenir mordicus à la réfection. Pourquoi ? Difficile à dire, puisque la société d'État a refusé de m'accorder la moindre entrevue à ce sujet, me renvoyant à son site Internet et aux documents qu'elle a déjà rendus publics pour justifier sa décision.
« Le débat est clos et nous ne souhaitons pas le rouvrir », m'a affirmé Marie-Élaine Devault, porte-parole de la société d'État, quelques semaines avant la déclaration du PDG. D'ici six mois, Hydro-Québec entend présenter au gouvernement un nouveau bilan financier de cette rénovation. En attendant, elle juge toujours le projet pertinent. Et refuse toujours de m'accorder une entrevue.
Pas question non plus de me laisser visiter Gentilly-2, même si cette autorisation avait été donnée au magazine Québec Science en 2008. Je n'ai pourtant rien d'une terroriste en puissance. Je n'ai pas obtenu plus d'explications au cabinet de la ministre des Ressources naturelles du Québec, Nathalie Normandeau. Et Énergie Nouveau-Brunswick, qui gère la centrale de Point Lepreau, n'a pas plus accepté de me parler des travaux de remise à neuf d'un réacteur Candu qui y ont cours, une première mondiale.
LE CANADA NUCLÉAIRE
Sur les 23 réacteurs en activité, 21 sont situés en Ontario.

Carte : Philippe Brochard pour L'actualité





