Environnement »

Les conditions de la révolution verte d'Obama


3 Juin 2009

Pour qu’une économie verte puisse voir le jour aux États-Unis, deux exploits restent à accomplir.

Réinventer le réseau électrique

Des voitures électriques qui se rechargent dans un stationnement de New York avec du courant généré par une centrale solaire du désert de Mojave, en Californie. Des tarifs d'électricité qui fluctuent selon la demande, comme les prix des compagnies de téléphonie cellulaire : moins cher le soir et la fin de semaine. Choses possibles ? Oui... si l'on repense la façon dont est distribué le courant.

Le réseau électrique américain vieillit mal. Il est formé d'une série de petites toiles régionales tissées en grande partie autour de centrales au charbon polluantes. Les lignes à haute tension sont inexistantes dans les zones les plus riches en énergies renouvelables - les plaines venteuses du Midwest et les déserts ensoleillés du Sud-Ouest. L'administration Obama a fait de la mise à jour de ce réseau l'un des principaux postes de dépense de son plan de relance économique : 11 milliards de dollars y sont consacrés.

Imposer une direction claire sera toutefois difficile. Trop d'intérêts sont en jeu. Quelque 3 200 compagnies d'électricité contrôlent chacune leur petite partie du réseau. Et chacun des 50 États voudra sa part du gâteau, indique le directeur du Département de science politique de l'Université de Montréal, Philippe Faucher, qui suit le dossier. « Les gouverneurs, les sénateurs et les maires ne seront pas jugés sur la réduction des gaz à effet de serre, mais plutôt sur le nombre d'emplois qui auront été créés sur leur territoire. »

Faire payer les pollueurs

Le concept de Bourse du carbone se comprend mieux lorsqu'on utilise le terme anglais cap and trade (limiter et échanger).

Limiter : Washington fixerait une limite d'émissions de CO2 sur l'ensemble du territoire américain. On diviserait ensuite cette quantité en de multiples « titres de pollution », qui seraient distribués aux entreprises du pays. Le moyen de distribution reste à déterminer. Une usine ne pourrait émettre plus de CO2 que ce qui serait permis par la somme de ses titres.

Et échanger : les entreprises ayant réduit leurs émissions de CO2 pourraient vendre leurs titres non utilisés à celles désirant augmenter leurs émissions. Les prix de ces titres fluctueraient selon l'offre et la demande, comme à la Bourse.

L'idée plaît à de plus en plus de PDG, qui pourraient ainsi prédire avec davantage de justesse les prix de l'énergie dans les années à venir (et prendre de meilleures décisions d'investissement). On craint, d'un autre côté, que le fait d'imposer un coût à la pollution ne nuise à l'économie américaine. Produire aux États-Unis coûterait en effet plus cher, puisqu'il faudrait payer pour les émissions de CO2, alors que celles-ci sont « gratuites » ailleurs. Au bout du compte, les entreprises refileraient la facture aux consommateurs.

Les détails se décideront au Congrès. Les négociations seront âpres et des compromis devront être faits. Au final, le concept pourrait être moins contraignant que prévu, sans être tout à fait vert.

 

Bookmark and Share

Évaluez cet article

Moyenne : 4.3 (3 votes)

Commentaires (0)

Envoyer un commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
  • Les adresses de pages web et de messagerie électronique sont transformées en liens automatiquement.
  • Tags HTML autorisés : <a> <em> <strong> <cite> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plus d'informations sur les options de formatage