« Tondeuse aux stéroïdes », « gros insecte bruyant ». Les épithètes ne manquent pas à notre journaliste pour décrire la motoneige qu’il a pilotée en Abitibi avec un groupe d’Européens ravis ! Mais la bête lui réservait quelques surprises….

Jacques descend de sa motoneige pour se dégourdir les jambes et s'enfonce aussitôt dans la neige folle jusqu'aux hanches. Il agite les bras comme un forcené en direction de notre guide, Gilles, qui arrête le moteur de sa bruyante Yamaha rouge.
« Regarde, Gilles. Une piste d'orignal ? »
« Non, Jacques, ce sont des traces de lièvre », répond Gilles, sourire en coin. Notre guide, un Italien né dans le sud de la France, est chez lui dans les neiges d'Abitibi.
Les 10 autres motoneigistes restent sagement sur le sentier damé à écouter la petite conférence improvisée de Gilles sur la faune canadienne.
La scène se passe à quelques kilomètres au sud de Val-d'Or, au premier jour d'une semaine de motoneige. Je suis en compagnie de six touristes français et de quatre belges en quête de grands espaces abitibiens et de sensations nordiques, près de la mythique rivière Harricana.
En vérité, la première chose qui attire des Européens à 600 km au nord-ouest de Montréal en hiver, c'est d'abord la perspective de piloter une de ces rutilantes machines à 12 000 dollars sur des sentiers peu fréquentés. En France et en Suisse, l'usage de la motoneige est restreint aux centres de ski ou, hors des zones réservées, aux fonctionnaires de la sécurité civile. En Abitibi, n'importe quel Européen peut se transformer en missile sur un lac gelé sans risque de se faire décapiter par une clôture ou un tuyau d'érablière et sans s'attirer les foudres des voisins. On peut aussi se perdre, comme mes compagnons le découvriront.
Je me suis joint aux Européens, un soir d'hiver, dans le hall des arrivées internationales de l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau. Ils étaient agglutinés autour de panneaux aux noms évocateurs : « CanadAventure », « Aventuria », « Auberge Harricana ». Ce sont les Européens (surtout les Français, les Belges et les Suisses) en visite dans nos arpents qui font la presque totalité des 132 000 locations annuelles de motoneiges au Québec. Et ils paient le prix fort : des forfaits de 1 500 à 2 500 dollars (sans compter le billet d'avion) pour cinq jours de balades.






