Environnement »

Petite révolution sous les arbres


14 Juillet 2011

En Mauricie, chercheurs et industriels testent ensemble un nouveau concept d’exploitation durable de la forêt. Est-ce le début d’un temps nouveau ?

Petite révolution sous les arbres
Photo : iStock

En 30 ans de bûcheronnage, Claude Poitras, le visage buriné par la vie au grand air, a vu passer bien des théories sur la meilleure manière d'exploiter la forêt.

« On se posait moins de questions du temps de la coupe à blanc ! » s'exclame ce natif du Lac-Saint-Jean aux yeux rieurs, installé aux commandes de son abatteuse-groupeuse.

Assise à ses côtés à bord de l'engin, je l'écoute m'expliquer à mots comptés la délicate technique du « 1-2-3 » qu'il pratique désormais sur cette parcelle de sapinière, à une centaine de kilomètres au nord-ouest de La Tuque, dans le nord de la Mauricie.

En manipulant ses manettes du bout des doigts, le travailleur parvient à faufiler le bras articulé de l'abatteuse entre deux épinettes. Objectif : couper seulement un tronc sur trois parmi ceux qui ont une valeur commerciale, en prenant garde de ne pas écraser la végétation alentour.

Un travail tout en subtilité comparé aux ravages de la coupe à blanc ! Après le passage de la machine, la forêt semble juste un peu plus clairsemée. On dirait que la coupe n'est pas finie, et pourtant aucun engin ne reviendra par ici avant plusieurs années.

Un peu plus loin, c'est une tout autre technique que Claude Poitras et ses collègues devront mettre en œuvre : couper tous les arbres sur une bande de 5 m de large et de quelques dizaines de mètres de long, puis se déplacer de 25 m sur le côté et recommencer. Heureusement que toutes les machines sont équipées d'un GPS pour indiquer où s'arrêter ! « C'est de plus en plus compliqué, mais c'est mieux pour la forêt et on se sent moins coupable », dit le bûcheron, qui a l'habitude de se faire regarder de travers depuis L'erreur boréale, le film-choc de Richard Desjardins et Robert Monderie, sorti en 1999.

Comme plusieurs dizaines de travailleurs forestiers, Claude Poitras participe aujourd'hui avec fierté à l'expérience Triade, qui place la Mauricie à la fine pointe de l'exploitation forestière dans le monde et qui pourrait contribuer à sortir cette région de la crise.

La Triade, c'est le bébé de Christian Mes­sier, professeur d'écologie forestière à l'Université du Québec à Montréal et fondateur du Centre d'étude de la forêt (CEF), qui regroupe des chercheurs de 10 universités québécoises. Pour ce mous­tachu à l'aube de la cinquantaine, formé en génie forestier à l'Université Laval puis en écologie en Colombie-Britannique et en Finlande, il est urgent de trouver une façon d'exploiter la forêt sans la mettre en danger. Mais comment ? À force de fouiller, il est tombé par hasard sur un texte de deux scientifiques américains qui, dans les années 1990, ont imaginé une solution théorique pour aménager harmonieusement la forêt. Ce fut une révélation !

L'idée est assez simple. Elle consiste à découper le territoire en parcelles de tailles variables, dont les limites sont définies par les caractéristiques biologiques et physiques locales (âge des arbres, présence d'écosystèmes rares, de territoires de chasse, de routes, de chalets...). Puis, comme on le fait dans un quartier résidentiel ou commercial en ville, on applique un nouveau « règlement de zonage » à la forêt, basé sur trois zones : la Triade.

dossier-foret-triade

Christian Messier, à l'origine de la Triade, et Nadyre Beaulieu,
d'AbitibiBowater, qui participe à l'expérience.
Photo : Martin Laprise

Bookmark and Share

Évaluez cet article

Moyenne : 4.5 (2 votes)

Commentaires (0)

Envoyer un commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
  • Les adresses de pages web et de messagerie électronique sont transformées en liens automatiquement.
  • Tags HTML autorisés : <a> <em> <strong> <cite> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plus d'informations sur les options de formatage