Le Bixi-boom

Plus de 100 000 Montréalais ont enfourché, cet été, un Bixi de la Société de vélo en libre-service. Une petite révolution !

par
Photo : Olivier Hanigan

Photo : Olivier Hanigan

Il nous quittera avant les premières neiges, en novembre, mais en quelques mois il aura modifié les habitudes de vie des Montréalais. Car le vélo en libre-service Bixi – contraction des mots « bicyclette » et « taxi » – a été la vedette de l’année 2009 à Montréal. On parle désormais d’astuces Bixi (comment faire du Bixi toute une journée sans payer un rond), de courses Bixi, de repas Bixi, de « paparabixis » (qui photographient les célébrités en Bixi). Jusqu’aux membres du groupe Rock et Belles Oreilles qui sont arrivés en Bixi au gala hommage que leur consacrait le festival Juste pour rire !

Depuis le lancement du Bixi, en mai, un demi-million d’usagers ont enfourché un des 3 000 vélos ancrés aux 300 stations disposées au centre-ville et aux alentours. Bixi fait même des petits : Londres et Boston ont déjà commandé 8 500 vélos et 1 000 stations Bixi. D’autres villes, notamment New York, envisagent d’implanter ce système ; et au Québec, il est devenu un enjeu électoral à Longueuil et à Gatineau – les promesses Bixi !

« Nous voulions frapper l’imagination populaire avec ce concept », dit André Lavallée, maire de l’arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie, vice-président du comité exécutif de Montréal et responsable du Plan de transport. Bixi est d’abord un tour de force technique et esthétique. En moins d’un an, le designer Michel Dallaire et le fabricant Cycles Devinci, de Chicoutimi, ont conçu le vélo, les ancrages et le système d’exploitation fonctionnant à l’énergie solaire. Bixi comporte tellement d’innovations – sept bre­vets – que le magazine Time le cite parmi les 50 meilleures inventions de 2008.

La dimension sociale de Bixi est très forte. « Dès le premier jour, nous avons établi que tout serait fait au Québec ; pas question d’aller en Chine », dit Roger Plamondon, président de Stationnement de Montréal et de la Société de vélo en libre-service. Les vélos viennent de Chi­coutimi ; les ancrages, de Thetford Mines ; les verrous, de la Beauce ; les terminaux, de Saint-Eustache. Quant à l’entre­tien, il a été confié à une entreprise d’économie sociale du quartier Rosemont, Cyclochrome, qui embauche 38 élèves de la polyvalente Père-Marquette, dont une quinzaine de décrocheurs potentiels que cette nouvelle formation a con­vaincus de raccrocher ! « Bixi représente des cen­taines d’emplois au Québec », dit Alain Ayotte, vice-président-directeur de Stationnement de Montréal.

Bixi sera passé de 3 000 à 5 000 vélos avant l’hiver. Pas sans mal, toutefois : après le lancement, les dirigeants ont dû surmonter des problèmes de croissance, causés par la popularité très soudaine du service, la difficulté de déterminer combien de vélos installer à chaque station et le nombre d’ancrages qui doivent y être laissés libres. Des ennuis compliqués, en juin, par une petite épidémie de vandalisme et de vols. La solution au problème ? « Le designer a refait le système de ver­rouil­­lage. Et la police a arrêté 70 vandales ! »

Selon André Lavallée, Bixi est la figure de proue d’une initiative plus vaste pour populariser le transport en commun et le transport actif à Montréal. « Je rêve de voir les entreprises montréalaises offrir des clés Bixi à leurs employés au lieu de permis de stationnement ! » dit-il. Ce jour n’est pas si loin, si l’on en croit Pierre Lalumière, directeur des communications du musée Pointe-à-Callière, à Mont­réal. Ce Longueuillois est l’inventeur du « lunch Bixi » – un repas rapide suivi d’une balade le long du canal de Lachine. « Le Bixi change notre façon de vivre, dit-il. Maintenant, je vais même à mes réunions en dehors du bureau en Bixi ! »

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