Les grandes fortunes du Québec

Parmi les 16 Québécois qui figurent au sein des 100 Canadiens les plus riches, deux noms ressortent : le fondateur de Dollarama, Larry Rossy, et les frères Péladeau (Quebecor).

par Jean-Benoît Nadeau
Les grandes fortunes du Québec

Paul Desmarais père (photo : J. Nadeau)

Les fromagers Saputo ont toutes les raisons de dire « cheese » ! Ils ont enregistré une croissance de 27,4 % en 2010 et sont ainsi passés du troisième au deuxième rang parmi les Québécois les plus riches, doublant le magnat de l’immobilier David Azrieli (- 21,4 %). Le distributeur de pièces électroniques Robert Miller (+ 18,3 %) peut aussi se réjouir : profitant des déboires du pharmacien Jean Coutu (- 5,4 %), dont les affaires évoluent en dents de scie depuis 2005, il a grimpé de la neuvième à la huitième place.

Ce classement présente les 16 Québécois qui figurent au sein des 100 Canadiens les plus riches. Parmi eux, deux noms ressortent. Le fondateur de Dollarama, Larry Rossy, qui fait une apparition remarquée dans le club des milliardaires. Et les frères Péladeau (Quebecor), qui s’illustrent avec une croissance de 38,5 %. Pas mal, quand on pense à l’augmentation moyenne des salaires des Québécois, qui était d’environ 2,5 % au cours de cette période.


Erratum : Guy Laliberté à 51 ans, et non pas 58.

MÉTHODOLOGIE

La liste québécoise est extraite de la compilation des 100 Canadiens les plus riches dressée par Canadian Business. Elle se base sur la variation de l’avoir entre le 1er octobre 2009 et le 30 septembre 2010. Elle recoupe quatre types de données : la valeur des actions de sociétés cotées en Bourse ; les actions de sociétés fermées ; le marché immobilier ; les autres types de placement (chevaux, arts, etc.). Dans le cas de personnalités dont les actifs appartiennent à des sociétés fermées, qui peuvent être très secrètes, il faut extrapoler à partir de données connues.

 

PORTRAITS >>

1. PAUL DESMARAIS PÈRE

Valeur : 4,3 milliards
9 millions

Après une baisse de 27 % en 2009, le vieux lion de la finance canadienne ainsi que ses fils, André et Paul, ont colmaté les fuites en profitant du redressement des marchés boursiers. De plus, la société de gestion d’actifs Putnam Investments, en difficulté au moment de son acquisition, en 2008, vient d’enregistrer des résultats positifs pour la première fois en sept ans. Le conglomérat d’entreprises spécialisées dans les assurances, le ciment, la valorisation des minéraux et l’édition reste très influent au Canada et en Europe, mais l’action de Power Corporation, qui a subi de fortes fluctuations depuis 2005, suivies d’une dégringolade en 2009, est encore loin de rugir !

2. FAMILLE SAPUTO

Valeur : 3,5 milliards
757 millions

Le roi du fromage au Canada est déjà numéro trois aux États-Unis, où il occupe 9 % d’un marché hyper-fragmenté qu’une multitude de producteurs indépendants se partagent. Et l’aventure américaine, qui a débuté en 1988, est loin de s’achever, puisque Lino Saputo a déjà prévu un plan de financement de deux milliards de dollars en vue d’acquisitions futures, principalement chez l’Oncle Sam.

3. DAVID AZRIELI

Valeur : 2,9 milliards
798 millions

Pour ce magnat canadien de l’immobilier, le recul n’est qu’apparent. Le tout premier appel public à l’épargne du Groupe Azrieli, effectué au printemps 2010, a établi la valeur réelle de ses actifs, valeur jusque-là fondée sur des estimations. David Azrieli, survivant de la Shoah, est un des pionniers qui ont introduit le centre commercial au Québec et en Israël. Il cède actuellement la barre à son fils Rafi, qui détient 15 % des actions du Groupe.

4. FAMILLE BOMBARDIER

Valeur : 2,1 milliards
↑ 205 millions

La stratégie de diversification de Bombardier porte ses fruits. Alors que la récession nuit aux ventes d’avions, la construction de trains agit comme une locomotive et maintient la multinationale sur la voie de la rentabilité. Mais l’entreprise, qui se lance dans la construction d’un prototype des appareils de la CSeries, saura-t-elle éviter le cauchemar de Boeing, dont l’avion Dreamliner a été construit avec plus de deux ans de retard ?

5. STEPHEN JARISLOWSKY

Valeur : 1,9 milliard
↑ 2 millions

Ce financier, qui avait augmenté son avoir de 25 % l’an dernier, a réussi à surnager cette année, malgré la crise financière. Quelle est la recette de Jarislowsky ? Le gros bon sens, c’est-à-dire investir dans des entreprises cotées en deçà de leur juste valeur et éviter les produits financiers à la mode, comme ceux qui ont provoqué l’éclatement de la bulle immobilière, en 2008.

6. MARCEL ADAMS

Valeur : 1,8 milliard
↑ 26 millions

Marcel Adams a bâti sa fortune immobilière en rachetant des fermes et en transformant les campagnes québécoises en banlieues proprettes et en centres commerciaux clinquants, comme le Carrefour Candiac. Maintenant que son fils Sylvan a pris la direction de l’entreprise familiale, le nonagénaire se concentre sur ses œuvres, dont les bourses Adams pour la recherche scientifique.

7. GUY LALIBERTÉ

Valeur : 1,5 milliard
↑ 18 millions

Le propriétaire du Cirque du Soleil ajoute à ses 19 spectacles un hommage à Michael Jackson. L’ex-saltimbanque de Baie-Saint-Paul continue de cracher le feu : cette année, 15 millions de spectateurs auront vu une des représentations – une hausse de près de 20 % par rapport à l’an dernier ! L’échec de son spectacle new-yorkais Banana Shpeel, qui n’a pas tenu l’affiche le temps prévu, ne le fait pas sourciller.

8. ROBERT MILLER

Valeur : 1,4 milliard
↑ 218 millions

Rien n’arrête ce distributeur de pièces électroniques, qui vient de passer du quatrième au troisième rang mondial, avec 169 entrepôts dans 42 pays. Considéré comme un génie de la logistique et de la spéculation, Robert Miller est réputé pour tenir les meilleurs stocks de pièces. Fasciné par la cryogénisation, il a investi dans une entreprise de l’Arizona spécialisée dans ce domaine, Alcor, qui conserve déjà une centaine de corps dans l’azote liquide. Il compte lui-même être congelé à sa mort, en vue d’une réanimation future.

9. JEAN COUTU

Valeur : 1,1 milliard
66 millions

Depuis 2005, Jean Coutu a subi une baisse globale de 34,5 %. Le pharmacien s’est donc prescrit un remontant, qui a freiné le déclin de son empire, provoqué par l’acquisition de la chaîne américaine Eckerd, plus mal en point qu’il ne l’avait estimé, et par la concurrence accrue de Pharmaprix au Québec. Son remède : il a misé sur la vente de cosmétiques et doublé le chiffre d’affaires de sa filiale de médicaments génériques, Pro Doc.

10. FAMILLE KRUGER

Valeur : 1,1 milliard
10 millions

La fabrication de produits tels que le papier hygiénique et les mouchoirs de grandes marques (Cashmere, Scotties…) a permis à la famille Kruger d’échapper aux soubresauts de l’industrie des pâtes et papiers, principalement du papier journal, en débandade depuis cinq ans. L’entreprise s’est aussi reconvertie dans le recyclage (centres de tri et de recyclage au Québec et dans l’État de New York), dans la production d’énergie (parcs d’éoliennes au Québec et en Ontario) et dans l’importation et la distribution de vin au Québec et en Ontario.

11. LARRY ROSSY

Valeur nette : 1 milliard
↑ 77 millions

Fondateur, en 1965, des magasins Rossy, Larry Rossy a lancé la chaîne Dollarama en 1992. Depuis, il n’a jamais fermé un seul de ses 603 magasins, dont 207 établis au Québec. Ses 12 000 employés lui en sont reconnaissants. Son premier appel public à l’épargne (300 millions de dollars d’actions) a montré qu’on peut devenir grand en vendant de petites choses.

12. CHARLES SIROIS

Valeur?: 913 millions
↑ 103 millions

Le financier-entrepreneur de Chicoutimi brasse toujours des affaires, malgré la quasi-­faillite qui avait secoué son empire des télécommunications, Télésystème, en 2000-2003. L’entreprise engrange les millions en investissant dans l’industrie du logiciel et d’Internet (OneBigPlanet, Coveo), dans la télé (Zone 3), dans le karaoké (Stingray Music) et même dans la biotechnologie agroalimentaire (Prevtec microbia, qui a mis au point un vaccin contre la diarrhée postsevrage du porc).

13. PIERRE KARL ET ÉRIK PÉLADEAU

Valeur?: 667 millions
↑ 185 millions

Les fils du géant de l’imprimerie Pierre Péladeau sont devenus câblodistributeurs et opérateurs de téléphonie (Vidéotron), libraires (Archambault), éditeurs de journaux et de livres, diffuseurs télé (TVA et Sun TV) et de contenu Web (Canoë). Après quelques années de pertes, le conglomérat Quebecor semble avoir trouvé la recette pour coordonner cet ensemble apparemment hétéroclite et en tirer enfin profit grâce à la convergence. Quitte à multiplier les lockouts !

14. FAMILLE DE GASPÉ BEAUBIEN

Valeur?: 650 millions
↑ 48 millions

Depuis la vente de leurs magazines et radios, dont Coup de pouce, Elle Québec et CKAC, en 2000, Philippe, Nanon et François de Gaspé Beaubien ont montré qu’ils avaient le coffre de leur père en orientant Télémédia vers la finance, les nouvelles technologies et la publicité. Zoom Media, spécialisée dans l’affichage pour « environnements spécifiques », commence à s’imposer dans les centres d’entraînement physique, les universités et les toilettes publiques du continent. 

15. ALDO BENSADOUN

Valeur?: 635 millions
↑ 116 millions

Ce petit-fils d’un cordonnier algérien a monté un empire de 1 500 magasins de chaussures dans 55 pays, dont 475 aux États-Unis et 471 au Canada. Aldo a pour ainsi dire inventé le fast-fashion. Grâce à son programme de gestion d’heure en heure, il a pu réduire de 30 % le temps nécessaire pour lancer une nouvelle chaussure, de la planche à dessin au magasin. Aldo est aussi grossiste : il a entre autres pour clients JCPenney et Kohl’s. 

16. ANDRÉ CHAGNON

Valeur?: 540 millions
↓ 9 millions

L’ancien propriétaire de Vidéotron figurerait très haut dans ce classement s’il n’avait transféré les trois quarts de sa fortune personnelle dans la fondation qu’il a créée en 2000 ! Forte d’un capital de 1,4 milliard de dollars, la Fondation Lucie et André Chagnon agit comme un petit ministère privé : elle a versé 250 millions de dollars et gère une soixantaine de programmes qui font la promotion de saines habitudes de vie et encouragent la persévérance scolaire.

 

 

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