Les six maillons faibles de l’économie canadienne

Le Canada est en meilleure santé financière que le reste des pays industrialisés. Mais il ne peut échapper à la crise économique qui frappe la planète. Voici six foyers d’infection à surveiller.

par François Guérard

Grosse déprime des Américains

Le Canada fait penser à un magasin général qui vendrait 80 % de sa marchandise à un seul client — c’est la part des exportations destinées aux États-Unis. Premier problème : le client est fauché. La majorité des Américains reportent leurs projets de rénovation, gardent leur vieille voiture, boudent le centre commercial. Le Canada vendra donc moins de bois, d’aluminium, de pièces d’avion, de produits de consommation. Autre tracas : le client songe à renégocier les prix. Barack Obama, pour satisfaire un électorat ouvrier inquiet de la concurrence internationale, a promis de modifier l’Accord de libre-échange nord-américain. S’il va dans ce sens, les tarifs douaniers pourraient grimper.

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Les ratés de l’automobile

Windsor, capitale canadienne de l’automobile, est le principal point d’entrée de la crise au pays. Ses déboires sont liés à ceux de sa proche voisine, Detroit. Ses trois grands employeurs — GM, Ford et Chrysler — sont au bord de la faillite. À Windsor, de nombreuses usines ferment, ou encore elles réduisent des quarts de travail. Le nombre de chômeurs augmente, le prix des maisons baisse. Le mal se répand jusqu’à Toronto, suivant l’autoroute 401, qui relie des centaines d’usines d’automobiles. Le reste du pays retient son souffle. L’Ontario, qui finançait auparavant une bonne part du programme canadien de péréquation, passera en 2009 du côté des bénéficiaires !

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Banque échaudée craint le crédit

C’est le Forum économique mondial qui le dit : les finances des banques canadiennes sont les plus saines du monde. N’empêche, à vivre parmi les tuberculeux, on finit un jour ou l’autre par tomber malade. Pour survivre, les banques ont besoin des prêts des autres banques, et ceux-ci se tarissent. Pour les particuliers, cela pourrait signifier, en 2009, des hausses de frais bancaires et de taux hypothécaires. Les entreprises, elles, suffoquent déjà. Des investissements dans la haute technologie sont reportés, des achats de machinerie lourde annulés. Partout, le pied est sur le frein.

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Perte d’appétit du dragon chinois

La récession mondiale n’épargne pas le 1,3 milliard de Chinois ; dans leurs villes, la rage de construction — de routes, de ponts, de gratte-ciel — s’estompe. Conséquence : la Chine importe moins de fer, de zinc, de nickel, de cuivre, dont regorge le sous-sol canadien. Les prix de ces métaux chutent. Dans certaines régions affaiblies par la crise forestière, comme l’Abitibi et la Côte-Nord, le secteur minier est le dernier rempart contre la pauvreté. Et les mines commencent à licencier des gens.

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L’effet yoyo des pétrodollars canadiens

La bête économique a moins soif de pétrole et les prix baissent à la pompe. Ce serait un baume sur le budget des Canadiens si l’Alberta n’abritait pas la deuxième réserve d’or noir après l’Arabie saoudite. Avant l’automne, les entreprises étrangères achetaient, à prix fort, des milliards de barils de pétrole albertain avec des dollars canadiens, ce qui maintenait la devise à des sommets. Ces temps-ci, le prix du baril dégringole, entraînant avec lui le huard… et le pouvoir d’achat des Canadiens. Certes, un plein d’essence est plus abordable. Mais tous les biens importés, des voitures japonaises aux ordinateurs en passant par les oranges, deviennent plus chers.
Il ne faut pas compter sur la faiblesse du dollar pour relancer les exportations. Les acheteurs étrangers ont les poches vides !

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Pas tout de suite, la retraite

La retraite s’annonçait belle pour les baby-boomers. Le réveil est dur. Les marchés plongent, au moment même où une grande partie de la population commence à retirer ses REER. Pour compenser les pertes, certains resteront quelques années de plus au travail. Une mauvaise nouvelle pour les jeunes diplômés. L’autre solution pour les retraités : consommer moins. Tant pis pour l’industrie des loisirs, qui comptait sur l’argent des sexagénaires.

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