Que faire quand un président battu aux élections refuse de partir et stocke des missiles dans sa maison ? En Côte d’Ivoire, on a sorti les armes et appelé la France à la rescousse… Notre journaliste a suivi l’affaire jusqu’à Yamoussoukro.

Lorsque Nicolas Sarkozy apparaît, la salle laisse exploser sa joie. La foule scande : « Bra-vo, Sar-ko ! » Un maître de cérémonie exalté lance : « Mesdames et messieurs, le président de la République ! », oubliant d'ajouter « française ».
La précision s'imposerait, pourtant. Car la scène ne se déroule pas en France, mais... en Côte d'Ivoire. Sarkozy passe quelques heures dans la capitale, Yamoussoukro, pour participer à l'investiture de son ami, le président Alassane Ouattara. Comment expliquer une telle frénésie ? « La France a sauvé toute une nation ! » s'exclame Kader Baradji, maire de Sinfra, qui assiste à la cérémonie.
L'ancienne puissance coloniale est intervenue sur les plans militaire et diplomatique pour mettre Ouattara en selle. Car ce dernier, élu avec 54 % des voix en novembre dernier, n'est jamais arrivé à convaincre son prédécesseur, Laurent Gbagbo, de lui céder la place. Pendant six mois, les deux chefs de l'État ivoirien se sont fait la guerre : le président élu a mobilisé les rebelles qui tenaient le nord du pays ; le président sortant a fait appel à l'armée et a distribué des armes à des miliciens. Le 5 avril, avec l'aide de soldats français, des troupes fidèles à Ouattara ont capturé Gbagbo. Après une décennie de coups d'État, d'élections truquées et d'affrontements, la paix pouvait revenir dans ce pays de 21 millions d'habitants.

Alassane Ouattara et Nicolas Sarkozy.
Photo : L. Bonaventure / AFP / Getty Images
Après l'arrestation de Gbagbo, les Ivoiriens ont découvert avec effroi qu'il avait stocké plus de 600 missiles dans une de ses résidences. Les aurait-il utilisés contre la population si les Français n'avaient pas été là ? Voilà pourquoi Sarkozy a eu droit à un accueil triomphal à Yamoussoukro.
En cette journée d'investiture, ensoleillée bien que la longue saison des pluies ait déjà commencé, tous avaient l'esprit à la fête. Et elle fut grandiose, d'autant plus qu'une vingtaine de chefs d'État et de premiers ministres étaient venus des quatre coins de l'Afrique. Environ 1 200 chefs traditionnels étaient venus, eux, des quatre coins du pays.
Drapés dans des tissus minutieusement brodés, certains portaient des chapeaux noirs ornés d'extraordinaires figurines en or. Ils n'étaient pas là pour faire exotique, mais pour montrer que Ouattara, qui l'a emporté en obtenant l'appui de l'ex-parti unique, le Parti démocratique de la Côte d'Ivoire, avait aussi le soutien des différentes ethnies de la Côte d'Ivoire.
Cinq chefs des Baoulés, la principale ethnie de Yamoussoukro, ont été invités à monter sur la scène. Pour solliciter la protection des ancêtres, ils ont versé quelques gouttes de gin sur le sol. Leurs esprits réussiront-ils à réconcilier les ennemis d'hier ?
Quoi qu'il en soit, l'heure serait venue de tourner la page. « Vous avez souffert, vous avez été meurtris par la perte de proches, mais vous avez fait preuve d'endurance et de courage », déclare Ouattara au public, qui applaudira longuement son discours. « Aujourd'hui, je vous demande non pas d'oublier, mais d'essuyer vos larmes, de pardonner et de vous mettre résolument au travail. »





