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Course contre la montre à Delhi


2 Novembre 2009

Ruche de 15 millions d’habitants où flotte un certain parfum d’anarchie, la capitale de l’Inde aura fort à faire pour accueillir les Jeux du Commonwealth. Visite d’un chantier cauchemardesque. Attachez votre sari !

Photo : Andrée-Marie Dussault

Les bulldozers sont arrivés sans prévenir et ont tout détruit : les petits potagers, les échoppes déglinguées, les abris de fortune. Du coup, sur les rives de la Yamuna, rivière sacrée qui borde Delhi, 600 familles de petits paysans ont vu leur revenu disparaître du jour au lendemain. C'était il y a deux ans. Depuis, la misère et la saleté cèdent peu à peu la place au luxe et à l'exubérance ! On aperçoit déjà les résidences où logeront, en octobre 2010, les 8 000 athlètes inscrits aux Jeux du Commonwealth, qui se tiendront pour la première fois en Inde. Et une chose est sûre : la capitale indienne a l'intention de profiter de ces 19e Jeux pour briller de tous ses feux. Peu importe qu'il ait fallu compromettre le gagne-pain de milliers de personnes.

Pendant près de deux semaines, les yeux de deux milliards de téléspectateurs seront tournés vers Delhi. Pour la mégapole de 15 millions d'habitants - l'équivalent de la moitié de la population du Canada concentrée sur un territoire grand comme Saguenay -, le moment est venu de prouver qu'elle est une ville de classe internationale. En fait, l'Inde au complet a enclenché l'opération charme. Le pays de 1,2 milliard d'habi­tants compte montrer au reste de la planète que les réformes économiques des années 1990 l'ont propulsé dans le 21e siècle et qu'il est prêt à assumer son rôle de puissance économique de premier plan.

La chose a plus d'importance qu'il n'y paraît : le pays des vaches sacrées, du curry et du pain naan espère accueillir les Jeux olympiques de 2020. Delhi doit donc être parfaite l'automne prochain. Ce qui n'est pas encore le cas.

Au premier abord, Delhi peut sembler effrayante : trafic monstrueux, bidonvilles, surpopulation. Le bruit, la poussière, la pollution, les dépotoirs et les égouts à ciel ouvert n'embellissent en rien cette image. Si on ajoute à cela les mille et une astuces déployées par de petits escrocs pour arnaquer les touristes un brin naïfs, on comprend que bien des Occidentaux qui y descendent n'ont qu'une idée : fuir au plus vite !

La ville a pourtant du caractère. Et un charme certain, pour peu qu'on l'apprivoise. Si elle était une amante, elle serait possessive, colérique, parfois violente. En revanche, toutes les autres sembleraient bien fades à côté d'elle...

Rina Ray, directrice générale de l'Office de tourisme de Delhi, un organisme public, tient mordicus à ce que sa ville se présente sous son meilleur jour. Enroulée dans un sari bleu électrique, la pimpante quinquagénaire m'accueille dans un bureau aménagé au dernier étage d'un bâtiment décrépit, dont les cages d'escalier sont tachées de crachats rouges, souvenirs des innombrables chiqueurs de feuilles de bétel qui sévissent en Inde.

Rina Ray a une mission : « civiliser » les Delhiites afin d'éviter « que les touristes ne prennent peur lorsqu'ils devront affronter le chaos ambiant », dit-elle. Dès l'automne 2008, Delhi lançait une campagne visant à enseigner les bonnes manières à ses habitants. « Les Delhiites ont tendance à bien se comporter chez eux, mais aussitôt qu'ils mettent le pied dehors, ils deviennent impolis et arrogants », expliquait alors aux médias un fonctionnaire responsable de la campagne de sensibilisation.

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