Le miracle n'a pas eu lieu. Sous la houlette du président Aristide, Haïti s'enfonce dans la misère et la corruption. La communauté internationale songe à intervenir. « C'est le moment », dit Jacquelin Télémaque.
En 1994, quand Jean-Bertrand Aristide est rentré d'exil, Haïti l'a accueilli comme un sauveur. Neuf ans plus tard, le pays est un enfer. Au point que certains Haïtiens se surprennent presque à regretter le si honni Jean-Claude Duvalier. Au moment où la communauté internationale, à l'instigation de Denis Paradis, secrétaire d'État du Canada pour l'Amérique latine, l'Afrique et la Francophonie, songe à intervenir ("Haïti mise en tutelle par l'ONU?", 1er mars 2003), L'actualité a voulu mieux comprendre ce que vivent les Haïtiens.
Jacquelin Télémaque, d'origine haïtienne, est arrivé à Montréal en 1970, à 19 ans. Journaliste, il a travaillé à Radio Centre-Ville, à La Presse, à Radio-Québec. Il est rentré à Port-au-Prince en 1986, un mois après la chute de Duvalier. Il collabore désormais exclusivement à des médias étrangers (dont La Presse et Radio-Canada) et avec des producteurs privés, des agences. "Je suis retourné dans mon pays d'origine, dit-il, mais je dois des explications à mon pays d'adoption. C'est mon devoir de lui donner l'heure juste en ce qui concerne Haïti." L'actualité l'a rencontré lors de son dernier passage à Montréal, au début de mars.
À quoi ressemble la vie quotidienne du Haïtien moyen ?
- Elle est difficile. Le taux de chômage officiel est de 60%, le taux réel est plus élevé encore. On vit de boulots, les rues grouillent de petits commerces, les gens vendent de tout, partout. Beaucoup survivent grâce à l'argent envoyé par la diaspora haïtienne: de 500 à 800 millions de dollars américains par an. À cause du déboisement, de l'état des sols et de la sécheresse, certaines régions sont stériles: on y meurt littéralement de faim. Le 29 janvier, un dollar américain valait 35 gourdes haïtiennes. Deux semaines plus tard, 55 gourdes. Or, presque toutes les denrées étant importées et payées en dollars américains, quand la gourde baisse, tout augmente. Sauf les salaires, bien sûr, qui tournent toujours autour de deux dollars américains par jour. Et l'essence, ces jours-ci, coûte 82 cents américains le litre!
Et les infrastructures ?
- C'est le quart-monde. Port-au-Prince, construite pour 250 000 habitants, en compte dix fois plus. Toutes les infrastructures sont cruellement inadéquates. Avec six téléphones pour 1 000 habitants, Haïti n'atteint même pas le niveau des pays africains les plus pauvres (huit pour 1 000 habitants). Le téléphone est un luxe, qu'on paie... mais qu'on n'a pas nécessairement. Pendant des années, j'ai payé deux lignes sans avoir de service téléphonique L'une d'elles, officiellement en panne, était en fait (je l'ai découvert récemment) détournée: j'ai gentiment acquitté le compte d'un inconnu pendant des années! On n'a pas plus de quatre heures d'électricité par semaine, ce qui ne dispense pas les abonnés de régler leur facture, qui augmente sans arrêt! L'eau, c'est pareil: le service public étant parfaitement inefficace, on achète l'eau de camions-citernes et on recueille l'eau de pluie. Et ne parlons ni du système de santé ni des routes.
Donc, pas de grands progrès depuis le départ de Duvalier ?





