Fini les babioles made in China. C’est désormais son savoir-faire que le géant exporte en Occident.
Plus de 1 000 voitures de métro à remplacer, un contrat de plus de trois milliards de dollars : fin janvier, l'alléchante affaire était presque conclue entre la Société de transport de Montréal et le consortium Bombardier-Alstom. Mais au moment où on allait sabler le champagne, les Chinois sont venus gâcher la fête. Zhuzhou Electric Locomotive a présenté ses propres plans pour le métro de Montréal, proposant des voitures munies de roues en acier plutôt que de pneumatiques.
Cette offre a été rejetée par la STM. Mais les Québécois feraient bien de s'habituer à ce genre de surprise. Car la Chine inc. se sent apte à s'aventurer sur le terrain des Occidentaux, indique le professeur Zhan Su. Ce natif de Pékin, âgé de 51 ans, dirige la Chaire Stephen-A.-Jarislowsky en gestion des affaires internationales et le Groupe d'études et de recherche sur l'Asie contemporaine, de l'Université Laval.
Quelle analyse faites-vous de la tentative de Zhuzhou Electric Locomotive de ravir le contrat du métro de Montréal ?
- Ce constructeur fait partie d'un petit groupe de sociétés d'élite prêtes à faire leur entrée en Amérique du Nord et en Europe. Il a déjà fabriqué les voitures d'une dizaine de métros en Chine et vendu des wagons de trains de banlieue à l'Iran et à la Turquie.
Qu'elle remporte ou non le contrat [Zhuzhou pourrait aller devant les tribunaux], l'entreprise se sera au moins fait connaître en Occident. Dans les prochains appels d'offres - en Californie, par exemple, où l'État investira des milliards dans un train à grande vitesse -, on ne pourra plus en faire abstraction.
Les sociétés chinoises font-elles le poids face à leurs concurrentes américaines et européennes ?
- Oui, dans certains cas. La société de télécommunications Huawei vient de décrocher un contrat pour déployer un réseau sans fil de nouvelle génération en Suède. Sa rivale n'était nulle autre qu'Ericsson, un des fleurons de l'industrie suédoise ! Bell a également choisi Huawei pour son nouveau réseau sans fil au Canada. Dans les prochaines années, les Chinois obtiendront de plus en plus de commandes dans le domaine des équipements de haute technologie. Car leurs prix sont de 20 % à 30 % moins élevés que ceux de leurs concurrents occidentaux.
Quant à l'expertise chinoise, elle a fait des pas de géant depuis le lancement des réformes économiques, il y a 30 ans, et cela, grâce à une stratégie savamment menée par Pékin. Les sociétés étrangères qui voulaient accéder au marché chinois ont dû, pour la plupart, former des coentreprises avec des partenaires locaux. Ceux-ci se sont mis en mode apprentissage. Ils ont maîtrisé la technologie des Occidentaux et appris leurs techniques de gestion. Tout ça dans le but d'offrir un jour des produits de qualité équivalente au reste du monde.
L'exemple de Bombardier est éloquent. Son partenaire dans une usine de wagons à Qingdao, Sifang Power, appartient au même groupe industriel que Zhuzhou Electric Locomotive !
Quel est le rôle de l'État chinois dans cet effort pour décrocher des commandes à l'étranger ?





