Étouffée par sa dette, honnie par l’Europe, la Grèce doit renflouer ses coffres. Le plan du gouvernement : faire payer les riches et les fraudeurs. Dur dans un pays où l’économie « grise » atteint 25 % !

J'ai rendez-vous avec un homme qui apeure beaucoup de Grecs. Yannis Kapeleris - cou de taureau, manches retroussées sur des avant-bras musculeux - ressemble à un boxeur. Mais ce quinquagénaire est un percepteur d'impôts. Un super-percepteur d'impôts. C'est même le responsable de la brigade antifraude de l'État. Son objectif : faire payer les riches.
Forte de 1 300 personnes, cette escouade du ministère des Finances (mieux connue sous le sigle SDOE) est le symbole d'un État qui a marché jusqu'au bord du précipice et a fait demi-tour. Aux yeux des Grecs qui l'ont vu à la télévision, Kapeleris est un redouté, quoique admiré, Monsieur Net. « Je ne peux plus aller nulle part, dit-il. Tout le monde me reconnaît. Si je vais au restaurant, le propriétaire commence à trembler. » Il n'a plus le temps d'aller au resto, de toute façon.
Aux prises avec une crise financière qui a poussé l'État au bord de la faillite, en mai, le gouvernement socialiste doit renflouer ses coffres. Athènes a sabré dans les dépenses publiques, libéralisé l'économie et augmenté les taxes diverses, notamment celle sur la valeur ajoutée, qui vient de passer à 23 % - quasiment cinq fois plus que la TPS, au Canada. Objectif : réduire le déficit de façon à le faire passer de 15 % à 8,1 % du produit intérieur brut d'ici la fin de l'année. Ce plan de relance, la communauté internationale l'a imposé à la Grèce lorsqu'elle a volé à son secours à minuit moins une. En contrepartie, la « troïka » (composée du Fonds monétaire international, de la Commission européenne et de la Banque centrale européenne) a prêté à Athènes 110 milliards d'euros à des taux avantageux.
Pour que les taxes et impôts aboutissent dans les coffres de l'État, le gouvernement du premier ministre Georges Papandréou doit s'assurer qu'ils sont prélevés. Dans un pays où l'économie « grise » atteint au moins 25 % - la Grèce serait même plus corrompue que la Tunisie, selon le classement de Transparency International -, cela n'a pas toujours été le cas.
Mais Yannis Kapeleris veille au grain ! La SDOE cible en priorité les propriétaires de bateaux de luxe, de grosses cylindrées et de piscines. Elle a même utilisé les photos satellite de Google Earth pour repérer les piscines dont les propriétaires omettaient - par milliers - d'acquitter la taxe annuelle !
Les sommes en jeu sont colossales. Les arrérages sur 2 500 bateaux de luxe devraient rapporter à l'État un milliard d'euros, selon Kapeleris. Mais enquêter sur les bateaux de plaisance est une partie de plaisir en comparaison des investigations qui débouchent sur la criminalité. La SDOE a récemment découvert deux usines, l'une dans le nord de la Grèce, l'autre dans les environs d'Athènes, qui fabriquaient des cigarettes en toute illégalité. « L'audace de ces gens-là est inouïe », dit Kapeleris.





