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Haïti : Martelly entre deux feux


12 Octobre 2011

Les Haïtiens l’ont élu avec l’espoir qu’il ferait de la politique autrement. Quatre mois plus tard, l’ex-star de la chanson Michel Martelly n’a pas réussi à former un gouvernement. Et la rue s’impatiente. Fera-t-il fi du Parlement ?

Les Haïtiens l’ont élu avec l’espoir qu’il ferait de la politique autrement. Qua
Michel Martelly

À Port-au-Prince, Michel Martelly dirige Haïti depuis un petit pavillon planté au centre d'un campement désaffecté, à un jet de pierre du palais présidentiel, toujours en ruine depuis le séisme de janvier 2010. L'odeur des latrines, installées non loin, monte parfois au nez, comme pour rappeler au président la tâche titanesque qu'il a devant lui.

Le 14 mai dernier, nombre d'Haïtiens ont élu cette ancienne star de la chanson pour marquer une rupture avec les politiciens traditionnels, souvent corrompus et inefficaces. Aujourd'hui, beaucoup se plaignent de son inexpérience et de ses frasques, qui font trop souvent échouer des négociations délicates. Le président s'est entouré d'une équipe jeune et capable, mais qui improvise. L'opposition déplore son arrogance et sa façon de tout rendre public.

Quatre mois après les élections, Martelly n'a toujours pas de gouvernement. Les deux candidats qu'il a proposés pour le poste de premier ministre ont été rejetés par les deux Chambres. Les négociations avec le Parlement haïtien, dominé par l'Inité - le parti du président sortant, René Préval -, piétinent. Le pays est, en pratique, paralysé. Les fonctionnaires internationaux, responsables des 10 milliards de dollars d'aide versés à la suite du séisme, observent la situation d'un œil inquiet. Et la population, qui avait misé sur Martelly, s'impatiente.

L'actualité a rencontré Michel Martelly à Port-au-Prince.

***

Vous êtes élu depuis quatre mois, mais Haïti n'a toujours pas de gouvernement. Quelle est la conséquence de cette situation sur le pays ?

Le fait de ne pas avoir de gouver­nement nous tue. C'est comme si on avait la tête, mais que les mains étaient coupées. Mais même avec les mains coupées, on peut mettre en œuvre certaines choses. Notre politique d'éducation, par exemple, ira tout de même de l'avant. Et 146 000 jeunes Haïtiens iront à l'école pour la première fois cet automne.

La majorité des députés du Parlement font partie de l'oppo­sition. Ces députés ont rejeté les deux candidats que vous aviez soumis pour le poste de premier ministre. Pouvez-vous travailler avec eux ?

Bien sûr. J'ai travaillé avec eux pendant plus d'un mois pour tenter de désigner un premier ministre. Mais ça n'a pas porté de fruits. Nous avons un léger problème. Mais la Constitution prévoit que le président d'Haïti choisira son premier ministre, en consultation avec les présidents des deux Chambres. La Constitution dit bien que le président choisira... Et non pas que le président sera forcé de choisir le candidat préféré des parlementaires. Si je ne suis pas libre de choisir, alors la Constitution n'est pas respectée à la lettre.

Mais le temps presse. En ce moment, votre gouvernement est paralysé.

En effet, la situation est urgente. Il faut penser à la population, parce que c'est elle qui souffre, qui vit sous la tente, aux prises avec des problèmes de santé et d'insécurité alimentaire. Une fois que les députés comprendront que ce sont les gens qui ont voté pour eux qui ont des problèmes, tout ira plus vite et on arrivera à choisir un premier ministre.

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