Des soins de santé, un toit, un boulot. Que la communauté internationale cesse d’essayer de renforcer l’État et qu’elle s’occupe des besoins des gens, dit le géographe haïtien Jean-Marie Théodat.

Haïti est-il maudit ? Peut-être. Mais ne cherchez pas le coupable au rayon des dieux vaudous ou autres clichés tropicaux. Regardez plutôt du côté d'un État qui était, avant même le séisme, incapable de faire son travail.
Pour le géographe haïtien Jean-Marie Théodat, maître de conférences à l'Université Paris I (Panthéon-Sorbonne), l'État haïtien est faible parce qu'il a toujours reposé sur une « ligne de faille ». Qui n'a rien de géologique. Cette fracture est le gouffre qui sépare, depuis deux siècles, le peuple de l'élite. Avec pour conséquence un État si faible qu'il est incapable, depuis le séisme, de secourir sa propre population. Est-il au moins capable d'assurer sa propre survie ? Rien n'est moins sûr. Par chance, le président, René Préval, n'a pas péri à Port-au-Prince dans les décombres de son propre palais. Heureusement pour lui et pour Haïti. Parce qu'il aurait dû être remplacé par le président de la Cour de cassation (le juge en chef de la Cour suprême) - sauf que ce poste est vacant depuis plus de 20 ans...
La communauté internationale doit aujourd'hui mettre le paquet pour venir en aide à une population aux abois, dit Jean-Marie Théodat, quitte à ébrécher la souveraineté haïtienne. Un État incapable de coordonner l'aide étrangère doit laisser à d'autres la responsabilité de s'en occuper. « Il faut répondre au désespoir des gens qui sont en train de mourir sous nos yeux. » Mais il faudra très vite se poser la question qui consiste à savoir comment on peut reconstruire - il faudrait peut-être dire construire - Haïti.
Pour Jean-Marie Théodat, spécialiste d'Haïti et de la République dominicaine, une comparaison entre ces deux pays s'impose. Non pas parce que les Haïtiens doivent copier les Dominicains, qui ont mieux su tirer leur épingle du jeu, mais parce que ces derniers ont réussi à se doter d'un véritable État.
L'actualité a rencontré Jean-Marie Théodat à Paris.
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Comment faire pour reconstruire Haïti en mieux ?
- Personne n'a de solution miracle. Mais je constate qu'on a tenté jusqu'à maintenant de construire Haïti « par le haut », c'est-à-dire qu'on a essayé de renforcer l'État, les institutions, de construire une coquille sans savoir ce qu'on allait mettre dedans. Je propose d'inverser la perspective. Haïti devrait se construire « par le bas ». Il faudrait d'abord comprendre les besoins des gens. On dit que gouverner, c'est anticiper. Alors, anticipons ! Les gens ont besoin de quoi ? D'un toit, de soins de santé, d'un travail leur permettant de gagner honnêtement leur vie, de cesser d'attendre l'aide humanitaire internationale. C'est l'équation qu'il faut résoudre avant de décider quoi que ce soit. Il faut cesser de mettre la charrue devant les bœufs.






