L’arrivée de la compétition sportive la plus populaire de la planète peut-elle donner un nouveau souffle à l’ancien ghetto ?

Depuis la route qui mène à Soweto, impossible de le manquer. Situé à deux pas du plus célèbre township d'Afrique du Sud, le stade Soccer City évoque la forme arrondie d'une immense calebasse, le pot traditionnel africain. Les caméras de télévision de tous les pays seront braquées sur lui le 11 juin, lorsqu'il accueillera le match d'ouverture de la Coupe du monde de soccer.
« Partout, on parlera de nous », s'enthousiasme Nkululeko, qui vit à Soweto. Ce jeune de 16 ans a prévu d'aller vendre des friandises aux touristes après l'école. « Depuis que mes parents sont morts, c'est mon frère qui s'occupe de moi, explique-t-il. Comme ça, je l'aiderai un peu, parce qu'il est au chômage. Mais pendant la Coupe, je suis sûr qu'il pourra travailler, peut-être comme chauffeur pour les visiteurs... » Dans cette banlieue pauvre, à une vingtaine de kilomètres de Johannesburg, l'arrivée de la compétition sportive la plus populaire de la planète déchaîne les passions et suscite les plus grands espoirs : tous rêvent de voir leurs conditions de vie améliorées grâce aux retombées du championnat.
Soweto est l'abréviation de « South Western Townships », les communes du sud-ouest de Johannesburg. Un nom qui symbolisera la lutte contre l'apartheid, régime qui a pratiqué la ségrégation raciale jusqu'en 1990.
Cette ancienne ville-dortoir a été construite à partir des années 1930 pour y parquer la main-d'œuvre noire qui travaillait dans les mines d'or voisines. Aujourd'hui, elle s'étend sur plus de 120 km2 (le quart de la superficie de l'île de Montréal) et compterait de trois à quatre millions d'habitants. Pour bien des Blancs de la métropole, elle est encore considérée comme une zone où il vaut mieux ne pas s'aventurer. Pourtant, depuis quelques années, le visage de Soweto a changé.
De petites maisons aux couleurs pastel, agrémentées de jardinets fleuris, remplacent peu à peu les vieux taudis. De petits commerces tenus par des Noirs - qui étaient soumis à de nombreuses restrictions en matière commerciale sous le régime ségrégationniste - ont essaimé, des restaurants ont ouvert leurs portes, les échoppes d'artisanat se sont multipliées ainsi que les bed and breakfast... Les anciens « hostels », ces dortoirs unisexes où s'entassaient les ouvriers des mines, ont été reconvertis en habitations décentes à loyer abordable destinées aux familles. Même les deux tours de refroidissement de la centrale qui, pendant 56 ans, a alimenté Johannesburg en électricité (mais pas Soweto), symboles du quartier, ont été redécorées : l'une arbore une immense peinture murale vivement colorée illustrant la vie animée à Johannesburg, l'autre affiche une mégapublicité de la First National Bank. Depuis leur sommet, les aventureux peuvent faire du saut à l'élastique.






