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Le bidonville de Slumdog Millionaire bientôt rasé ?


21 Avril 2009

Malgré son développement économique exceptionnel, le deuxième bidonville d’Asie est menacé. Sa situation stratégique au cœur de Bombay en fait une cible de choix pour les promoteurs.

Photo : Andrée- Marie Dussault

Depuis le toit d’un immeuble de sept étages, le spectacle est saisissant. Des milliers d’habitations sont agglutinées à perte de vue. Des montagnes de papier, carton, verre, plastique, stockées sur les toitures en tôle ondulée, attendent d’être écoulées. Des fourmis humaines sillonnent des allées sinueuses grouillantes d’activité.

Lorsqu’on redescend au niveau de la rue, on est happé par un tourbillon : des bébés pleurent, des ouvriers scient, des corbeaux croassent, des hommes se disputent autour d’une partie de cartes... Nos narines sont assaillies par des odeurs variées et étourdissantes : bouses de vache qui sèchent au soleil, encens au bois de santal, urine, curry de légumes qui mijote, plastique qui brûle, tchaï (thé) qui bout...

Bienvenue à Dharavi, le bidonville indien où a été tourné en partie Slumdog Millionaire ( Le pouilleux millionnaire ), qui a raflé l’Oscar du meilleur film en mars dernier !

Lorsque des journalistes étrangers débarquent, certains sont déçus, me dit Dinesh, 37 ans, dans un anglais impeccable. Son gagne-pain consiste à guider les gens des médias dans ce labyrinthe 10 fois plus petit que l’île d’Orléans et où cohabitent près d’un million de personnes. « Les journalistes s’attendent à voir de la misère noire et des abris de fortune faits de bric et de broc. Ils veulent le Dharavi des photos du National Geographic de 1974. »

Depuis 35 ans, cette ville dans la ville a eu le temps de se développer de façon spectaculaire, avec la migration de milliers de familles venues de tous les coins de l’Inde. Et plus encore depuis les réformes des années 1990, qui ont libéralisé l’économie et permis son ouverture au commerce extérieur. Bien sûr, les habitations faites de bouts de bois, de tôle et de plastique existent toujours. Et la majorité des habitants continuent de faire leurs besoins dans les égouts à ciel ouvert. Mais des immeubles d’appartements en ciment, dotés de salles de bains, ont aussi poussé. Des rues en asphalte sont apparues, où s’alignent désormais des commerces, notamment d’articles de cuir et de prêt-à-porter. Car Dharavi est aujourd’hui un centre industriel regroupant des PME florissantes, qui exportent vers le monde entier et dont le chiffre d’affaires annuel global dépasse plusieurs centaines de millions de dollars américains.

Ce qui attire les médias de partout, ce n’est pas tant l’idée d’un pèlerinage sur les traces de Jamal, la vedette de Slumdog Millionaire. C’est surtout la controverse dont Dharavi fait l’objet depuis quelques années. En 2004, le gouvernement de l’État du Maharashtra, situé dans l’ouest de l’Inde et dont Bombay est la capitale, acceptait un projet immobilier de trois milliards de dollars soumis par l’architecte indien Mukesh Mehta, formé aux États-Unis. Financé par un consortium d’entreprises indiennes et étrangères, Mehta veut raser le bidonville pour y construire des bâtiments résidentiels et commerciaux, des écoles, et y aménager des espaces verts.

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