Monde »

Le Gange dans tous ses états


19 Mai 2011

Descendre le Gange, c’est partir à la rencontre d’un peuple qui y dévoile ses paradoxes. Le pire et le meilleur s’y côtoient. Mille souffrances et mille merveilles. Mille trafics et mille espérances…

Le Gange dans tous ses états
Photo : Valerio Berdini

Fascinée par le Gange, par les populations qui vivent sur ses rives et par les enjeux dont il est l'objet, Andrée-Marie Dussault a participé pendant quelques jours à l'expédition du Suisse Andy Leemann. Avec un équipage d'une dizaine de personnes, cet aventurier de 56 ans a parcouru en bateau pneumatique à moteur, à la fin de 2009, les 2 500 km du fleuve mythique, un des plus pollués de la planète. La journaliste est montée à bord à Haridwar et a navigué sur une centaine de kilomètres en 72 heures, avant de poursuivre son périple seule.

Le plus grand rassemblement religieux du monde a lieu à Haridwar, dans le nord de l'Inde. Des dizaines de millions de fidèles convergent tous les 12 ans vers cette petite ville de l'État d'Uttarakhand pour la Khumba Mela (« la fête du pot », en sanskrit - pot dont, selon la mythologie hindoue, s'est déversée une goutte du nectar de l'immortalité qu'il contenait sur quatre villes, lesquelles commémorent l'événement en alternance tous les trois ans). Le clou de la fête survient lorsque la foule s'immerge dans le fleuve afin de se laver de ses péchés. Pour les Indiens, le Gange est sacré : il représente l'une des millions de déesses qui peuplent le panthéon hindouiste.

La dernière Khumba Mela a eu lieu de janvier à avril 2010. À cette occasion, plusieurs dizaines de millions de personnes se sont succédé sur les berges du Gange à Haridwar. Mais même en dehors de cette fête religieuse, l'endroit grouille de monde ! Dans une cacophonie de cloches, de musiques religieuses et de cris de vendeurs ambulants, une famille trempe dans l'eau sacrée un nouveau-né hurlant pour qu'il commence sa vie en beauté. À côté d'eux, des sadhus (hommes saints) enlèvent le tissu orange fluo qui leur ceint la taille pour se baigner. Deux pas plus loin, des enfants et des vieillards se savonnent vigoureusement pour se purifier de leurs péchés. Devant eux, des Indiennes corpulentes, le sari mouillé jusqu'aux hanches, récitent des mantras.

Le grand fleuve mythique de l'Inde est l'un des cours d'eau les plus pollués du monde, mais au nom de l'adoration des dieux, les Indiens continuent de boire son eau et d'y déposer leurs morts.

En trois jours passés à descendre le Gange, j'ai vu des cadavres gonflés dériver devant Varanasi et des dauphins s'éclabousser à la hauteur de Farida. Des égouts se déverser dans certaines portions du fleuve et, plus loin, une ONG parvenir à implanter une agriculture écologique. Sur les rives du Gange se côtoient le pire et le meilleur. Mille souffrances et mille merveilles. Mille trafics et mille espérances...

Autour des ghâts de Haridwar, ces escaliers en pierre qui descendent vers l'eau, les petits commerçants squattent le moindre millimètre carré. Des bangles (bracelets multicolores que portent les Indiennes à chaque poignet), de l'encens, de la barbe à papa, des statuettes en plastique des dieux Shiva et Vishnu, une trousse de magie Harry Potter... Ici, tout est achetable pour le pèlerin prêt à négocier.

SUITE DE L'ARTICLE >>

 

LE GANGE EN BREF

• Longueur : 2 510 km.

• Débit moyen : 12 015 m3/s.

• Profondeur moyenne : 16 m.

• Environ 450 millions de personnes vivent sur ses berges.

• Prend sa source dans l’Himalaya, au pied du glacier Gangotri, et se déverse dans le golfe du Bengale. Traverse l’Inde et le Bangladesh.

• Anciennes capitales sur ses rives : Allahabad (ville sainte), Baharampur, Calcutta. Autres villes saintes : Haridwar, Kanpur et Varanasi.

• Les plus importantes fêtes hindouistes se déroulent sur ses berges et regroupent des millions de personnes.

• Cultures : riz, canne à sucre, blé, lentille et pomme de terre.

(Carte : Philippe Brochard)

Bookmark and Share

Évaluez cet article

Moyenne : 4.4 (5 votes)

Commentaires (2)

J'ai vu le Gange de Varanasi

J'ai vu le Gange de Varanasi et du TajMahal... Je le revois dans cet article qui sent l'Inde, avec ses grandeurs et misères. Les vaches et cadavres gonflés à la dérive, c'est pas une figure de style, ça y est depuis des centaines et des millénaires, et pour autant en avant sans doute... Quant on voit ça, et les gens s'y baigner ou boire son eau, pendant que nous on détruit des centaines de troupeaux pour quelques cas de vache folle, on se demande... Excellent article, presque de fond, qui laisse moins con, pourrait-on dire...

J'ai bien aimé votre

J'ai bien aimé votre reportage, j'ai vécu 6 mois en Inde à New Delhi et avec mes amis Indien nous somme allé à Haridwar. Je me suis même permis une petite 'holy dip' lors de la prière du soir. Ce fut l'un de mes souvenirs les plus mémorable et surtout de voir le visage des autres Indiens qui voyait un monstre blanc de 250lbs 6pi 1 pouce dans l'eau. J'ai vue le Gange a bien d'autre endroits et je n'y me serai jamais baigné, mais à la source au pied de l'Himalaya je n'ai pus résisté. Il est vrai que l'Inde est un pays de contraste, mais ce qui m'a le plus frappé c'est l'indifférence de ce peuple face à la pollution, les Indiens de la classe moyenne avec qui je travaillais était totalement indifférents. Un fait cocasse à été la surpise sur le visage d'Akhilesh à notre réaction lorsque tout bonnement il à lancé la bouteille d'eau par la fenêtre de l'auto en se rendant justement à Haridwar, nous étions outré et lui ne comprenais pas notre réaction. Lorsque nous nous somme arrêté à une magnifique chute d'eau près de Mansouri passez Haridwar, plusieurs Indiens en vacances si baignait, mais un peu plus bas plein de détritus, bouteille, emballage, papier etc. était pris dans le cour d'eau dans un bassin. Les fumées noirs provenant des usines près d'où j'habitais à Noida était surréaliste et surtout la première fois que j'ai vue des résidus noir dans mon mouchoir mon fait prendre conscience de la grande chance que nous avons avec nos grands espaces au Québec, encore plus lorsque je voyais au loin la montagne et je dis bien une montagne avec un village de bidon ville qui était le dépotoir à ciel ouvert visible à des kilomètres.

Envoyer un commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
  • Les adresses de pages web et de messagerie électronique sont transformées en liens automatiquement.
  • Tags HTML autorisés : <a> <em> <strong> <cite> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plus d'informations sur les options de formatage