Descendre le Gange, c’est partir à la rencontre d’un peuple qui y dévoile ses paradoxes. Le pire et le meilleur s’y côtoient. Mille souffrances et mille merveilles. Mille trafics et mille espérances…

Fascinée par le Gange, par les populations qui vivent sur ses rives et par les enjeux dont il est l'objet, Andrée-Marie Dussault a participé pendant quelques jours à l'expédition du Suisse Andy Leemann. Avec un équipage d'une dizaine de personnes, cet aventurier de 56 ans a parcouru en bateau pneumatique à moteur, à la fin de 2009, les 2 500 km du fleuve mythique, un des plus pollués de la planète. La journaliste est montée à bord à Haridwar et a navigué sur une centaine de kilomètres en 72 heures, avant de poursuivre son périple seule.
Le plus grand rassemblement religieux du monde a lieu à Haridwar, dans le nord de l'Inde. Des dizaines de millions de fidèles convergent tous les 12 ans vers cette petite ville de l'État d'Uttarakhand pour la Khumba Mela (« la fête du pot », en sanskrit - pot dont, selon la mythologie hindoue, s'est déversée une goutte du nectar de l'immortalité qu'il contenait sur quatre villes, lesquelles commémorent l'événement en alternance tous les trois ans). Le clou de la fête survient lorsque la foule s'immerge dans le fleuve afin de se laver de ses péchés. Pour les Indiens, le Gange est sacré : il représente l'une des millions de déesses qui peuplent le panthéon hindouiste.
La dernière Khumba Mela a eu lieu de janvier à avril 2010. À cette occasion, plusieurs dizaines de millions de personnes se sont succédé sur les berges du Gange à Haridwar. Mais même en dehors de cette fête religieuse, l'endroit grouille de monde ! Dans une cacophonie de cloches, de musiques religieuses et de cris de vendeurs ambulants, une famille trempe dans l'eau sacrée un nouveau-né hurlant pour qu'il commence sa vie en beauté. À côté d'eux, des sadhus (hommes saints) enlèvent le tissu orange fluo qui leur ceint la taille pour se baigner. Deux pas plus loin, des enfants et des vieillards se savonnent vigoureusement pour se purifier de leurs péchés. Devant eux, des Indiennes corpulentes, le sari mouillé jusqu'aux hanches, récitent des mantras.
Le grand fleuve mythique de l'Inde est l'un des cours d'eau les plus pollués du monde, mais au nom de l'adoration des dieux, les Indiens continuent de boire son eau et d'y déposer leurs morts.
En trois jours passés à descendre le Gange, j'ai vu des cadavres gonflés dériver devant Varanasi et des dauphins s'éclabousser à la hauteur de Farida. Des égouts se déverser dans certaines portions du fleuve et, plus loin, une ONG parvenir à implanter une agriculture écologique. Sur les rives du Gange se côtoient le pire et le meilleur. Mille souffrances et mille merveilles. Mille trafics et mille espérances...
Autour des ghâts de Haridwar, ces escaliers en pierre qui descendent vers l'eau, les petits commerçants squattent le moindre millimètre carré. Des bangles (bracelets multicolores que portent les Indiennes à chaque poignet), de l'encens, de la barbe à papa, des statuettes en plastique des dieux Shiva et Vishnu, une trousse de magie Harry Potter... Ici, tout est achetable pour le pèlerin prêt à négocier.
LE GANGE EN BREF • Débit moyen : 12 015 m3/s. • Profondeur moyenne : 16 m. • Environ 450 millions de personnes vivent sur ses berges. • Prend sa source dans l’Himalaya, au pied du glacier Gangotri, et se déverse dans le golfe du Bengale. Traverse l’Inde et le Bangladesh. • Anciennes capitales sur ses rives : Allahabad (ville sainte), Baharampur, Calcutta. Autres villes saintes : Haridwar, Kanpur et Varanasi. • Les plus importantes fêtes hindouistes se déroulent sur ses berges et regroupent des millions de personnes. • Cultures : riz, canne à sucre, blé, lentille et pomme de terre. (Carte : Philippe Brochard) |
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• Longueur : 2 510 km.




