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Le miracle Indien


1 Septembre 2004

Un milliard d'habitants. Une économie qui tourne à plein régime, alimentée par une jeunesse de plus en plus instruite et un gouvernement vite en affaires. Faut-il avoir peur des indiens?

Photo : Adrian Wyld / AP / PC

Sous la bretelle d'un échangeur, en cet après-midi suffocant, un bambin crasseux court en hurlant, pieds nus dans la poussière, sa mère à ses trousses. Le sari grisâtre relevé à mi-jambe, elle le bombarde de cailloux, l'invectivant sans relâche. L'enfant, résigné, finit par s'arrêter. La mine basse, il s'approche des trois femmes qui attendent l'autobus non loin et quémande quelques roupies. Il n'obtiendra rien. Pas même un regard.

Dans le quartier voisin, sur le toit d'un immeuble de bureaux en béton et en ardoise, cinq jeunes ingénieurs, cravate dénouée et manches retroussées, sirotent une bière fraîche. Les haut-parleurs diffusent un reggae discret, le soleil s'efface derrière les bâtiments du parc technologique Electronics City, qui se profile au loin. Un autre début de soirée passé entre ciel et terre, au 13th Floor, dernier-né des pubs branchés de Bangalore, la capitale de l'État indien du Karnataka.

Du garçonnet meurtri à l'ingénieur nanti, la Silicon Valley indienne n'en finit plus de me jeter ses contrastes au visage.

Bangalore, c'est 6,5 millions d'habitants entassés sur 400 km2 - un peu comme si tout le Québec s'était agglutiné dans l'île de Montréal. Avec ses Hallmark, Pizza Hut, Baskin Robbins et autres PFK, elle incarne, plus encore que Bombay, Delhi, Hyderabad ou Pune, l'occidentalisation rapide de l'Inde. Aux images traditionnelles du pays - les millions de sans-abri qui dorment sur les trottoirs de Bombay, les cadavres qu'on incinère sur les rives du Gange à Varanasi, les Petites Soeurs de la Charité qui s'occupent des miséreux de Calcutta -, Bangalore oppose son opulence et sa vitalité économique.

Même son climat l'avantage. Plantée au coeur de la pointe méridionale de l'Inde, entre la mer d'Arabie et le golfe du Bengale, à 1 000 m d'altitude, celle que l'on surnomme la « Cité-jardin » jouit d'une agréable température de 27°C, alors que le reste du pays s'échine sous 45 cruels degrés. Elle a d'ailleurs longtemps fait les beaux jours des Indiens plus âgés, attirés par la « fraîcheur » qui y règne à l'année.

Et depuis 10 ans, un vent particulièrement fort souffle sur la capitale indienne de la soie: celui des technologies de l'information.

S'il fallait pointer sur le globe la ville qui cristallise l'irritation des Américains face à la délocalisation, ce serait Bangalore. Des 590 000 emplois que les États-Unis auront perdu au profit de l'Inde d'ici la fin de 2005 (3,5 millions d'ici 10 ans), un sur trois aura abouti à Bangalore. Près du tiers des 3 500 entreprises du secteur des technologies de l'information qui font des affaires en Inde ont un bureau dans cette ville. Là où les ingénieurs en informatique gagnent entre 10 000 et 17 000 dollars par année, soit quatre, voire cinq fois moins qu'en Amérique du Nord. Et cette main-d'oeuvre, abondante et qualifiée, s'exprime dans un anglais parfait - quoique teinté d'un fort accent. « Nous travaillons plus vite et aussi bien - sinon mieux - que nos collègues américains », affirme sans modestie Girish Bhatia, grand gaillard aux tempes grisonnantes qui est directeur général, en Inde, de la québécoise CGI.

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Commentaires (2)

L'OCDE estime que le

L'OCDE estime que le pourcentage de la population indienne capable de s'exprimer en anglais est de 5 pour cent. Il s'agit pour l'instant d'un taux supérieur à la Chine. Cependant celle-ci, dont le PNB par habitant était l'équivalent de celui de l'Inde il y a trente ans, est maintenant trois fois supérieur et cet écart s'accroît vu que le taux de croissance économique de la Chine est encore de nos jours supérieur à celui de l'Inde.

Le pays asiatique connaissant le plus haut pourcentage de sa population capable de s'expprimer en anglais est les Philippines, un des pays les plus pauvres et les moins développés.

Il y 40 ans les experts estimaient que jamais la bourse de Tockyo ne surpasserait celle de Sydney à cause de la langue de fonctionnement de celle-ci. Hors, plus personne n'entend parler aujourd'hui de la bourse de Sydney alors que celle de Tockyo, qui fonctionne en japonais, est la troisième place financière du monde.

L'anglais est, et sera encore longtemps, la langue internationale des affaires mais il n'est pas le remède au sous-développement.

Au contraire, toutes les nations qui ont scolarisé leur population dans une langue étrangère, comme l'Inde ou les Philippines, ont moins bien réussi que celles qui ont utilisé leur langue nationale, comme le Japon la Chine et la Corée.

Il y a deux siècles il y avait trois locuteurs francophones contre deux anglophones. Aujourd'hui il y a 5 anglophones pour un francophone, mais il y a, depuis 10 ans, plus de personnes ayant l'espagnol comme langue maternelle que l'anglais.

Aucune langue ne possède un monopole de la sagesse et du développement. Le règne de l'anglais est là pour durer encore mais son emprise sera de moins en moins grande dans un monde plus multipolaire .

Merci de me faire découvrir

Merci de me faire découvrir ces régions de l'Inde comme si j'y étais.
Un descriptif digne d'un grand journaliste.
Bravo !

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