Véritable Lawrence d’Arabie du 21e siècle, l’Écossais Rory Stewart dénonce les plans des Occidentaux pour rebâtir l’Afghanistan. Ce n’est pas tant de soldats ou d’argent que le pays a besoin, dit-il, mais de réalisme…

«Moins, c'est mieux.» La formule devrait s'appliquer à la mission en Afghanistan, estime Rory Stewart. Inquiet des ambitions entretenues par les nations occidentales, cet Écossais de 36 ans au parcours digne d'un Lawrence d'Arabie veut plus de réalisme dans le choix des objectifs et des stratégies.
Installé à Kaboul depuis plus de trois ans, enraciné dans la population, maîtrisant le dari (une des deux langues officielles du pays, avec le pachto), Rory Stewart y a mis sur pied la fondation Turquoise Mountain. Présidé par le prince de Galles, Charles, ainsi que par le chef de l'État afghan, Hamid Karzaï, et financé entre autres par l'ACDI, cet organisme et ses 450 employés travaillent à rebâtir le centre historique de la capitale. Selon Rory Stewart, le développement du pays passe par ces trop rares initiatives à long terme dans les collectivités. Or, «nous ne connaissons pas vraiment l'Afghanistan», estime cet ancien officier décoré des forces britanniques, qui critique du même souffle les politiques concoctées à la hâte dans les capitales occidentales.
Aventurier, Rory Stewart a traversé l'Afghanistan à pied, en 2002, juste après le renversement des talibans, au cours d'un périple de 10 000 km qui l'a mené de l'Iran jusqu'au Népal. Son récit de voyage, En Afghanistan, a été l'un des 10 meilleurs livres de 2006, selon le New York Times.
Diplomate, Rory Stewart a vu les limites de l'interventionnisme. Pendant la guerre au Kosovo, en 1999, il représentait le gouvernement britannique dans le Monténégro voisin. Après le renversement de Saddam Hussein, en 2003, il a été gouverneur adjoint de deux provinces irakiennes. Il a alors passé 11 mois à négocier avec les tribus rivales et les islamistes, à reconstruire les infrastructures et à gérer les violences à l'aube d'une guerre civile.
Depuis janvier, il fait l'aller-retour entre Kaboul et Cambridge (Massachusetts) , où il est directeur du Carr Center for Human Rights Policy (Université Harvard), poste anciennement occupé par Michael Ignatieff, chef du Parti libéral du Canada. Stewart dit avoir beaucoup appris au contact de ce dernier, notamment à «mettre en balance le possible avec les objectifs moraux et humanitaires».
L'actualité a rencontré Rory Stewart à son bureau de Harvard.
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Le plan Obama pour l'Afghanistan suscite beaucoup d'espoir. Qu'en pensez-vous?
- Je crois qu'il est erroné, dommageable, et que nous allons trouver très difficile dans 30 ans de comprendre pourquoi Obama a fait cela. Ce plan n'a aucun sens.
Les États-Unis et leurs alliés dépenseront quelque 90 milliards de dollars en Afghanistan l'année prochaine et y enverront 90 000 soldats. L'administration Obama veut ainsi y bâtir un État fort - fonction publique, règle de droit, 400 000 soldats et policiers, etc. -, croyant que c'est la seule façon de résoudre le problème avec les talibans et d'empêcher al-Qaida de retourner en Afghanistan. Mais il n'est pas nécessaire d'en faire autant; des pays étrangers ne peuvent y arriver, et un effort aussi coûteux est impossible à maintenir sur une longue période de temps.





