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Le retour des Gandhi


1 Septembre 2004

Propulsé à la tête du pays, le Parti de Sonia Gandhi a du pain sur la planche: contenter 650 millions de paysans, réhabiliter 160 millions d'Intouchables, marier 21e siècle et culture millénaire...

Sur les rives de la Yamuna, cette rivière sacrée du nord de l'Inde où l'on dépose avec une égale ferveur les fleurs des rituels religieux et les déchets, des femmes aux saris multicolores sont penchées sur leurs légumes. Dans ces champs illégaux encerclés par la ville de Delhi et la fumée des usines, leurs maigres bustes se balancent en suivant le va-et-vient de leurs mains. De temps en temps, elles se relèvent pour scruter le ciel, les mains sur les hanches. Elles guettent sans doute la mousson salvatrice, ce cadeau des dieux qui leur donnera de quoi survivre une autre année...

Ils sont plus de 650 millions en Inde à vivre ainsi d'agriculture. Des paysans qui se sont sentis laissés pour compte dans "l'Inde qui brille", le thème de la campagne du Bharatya Janata Party (BJP, Parti du peuple indien) aux élections de mai dernier. La vision d'Atal Behari Vajpayee, au pouvoir depuis 1999, pour propulser l'Inde dans le 21e siècle mondialiste était une insulte à leur endettement, leurs difficultés quotidiennes, leur misère. Et ils l'ont clairement signifié. À la surprise générale, les paysans ont voté en masse, lors de ces législatives anticipées, pour le parti du Congrès dirigé par Sonia Gandhi, veuve de l'ancien premier ministre Rajiv Gandhi.

Une nouvelle fois, le destin de la plus grande démocratie du monde est lié à celui du parti du Congrès et de la famille Gandhi, qui lui a déjà donné dans le passé trois premiers ministres - dont deux sont morts assassinés par des extrémistes.

L'Inde, pays d'un milliard d'habitants qui mêle traditions ancestrales et hautes technologies, qui rêve d'une vie à l'américaine sans pour autant vouloir sacrifier ses valeurs, qui s'enthousiasme pour une mission sur la Lune mais assiste, impuissant, au suicide de ses paysans endettés... C'est comme si la campagne occidentale du 19e siècle avait été soudainement transportée deux cents ans en avant. De ce choc est né le "double standard", comme les Indiens qualifient le mélange d'occidentalisation et de traditionalisme de leur pays.

Et l'inattendu changement, à la dernière élection, est un parfait exemple d'une Inde en quête d'elle-même.

Dans les mois qui ont précédé le scrutin, médias, observateurs, analystes - et surtout les sondages - ont annoncé la victoire du Bharatya Janata Party. Le premier ministre Vajpayee incarnait le chantre d'une Inde puissante et visionnaire. Une "Inde qui brille", forte d'une croissance économique record, capable d'attirer les délocalisations étrangères, de concurrencer le dynamisme chinois. Sous la gouverne du BJP, l'Inde promettait aussi la paix avec le vieux frère ennemi, le Pakistan. Qu'importaient les accusations de radicalisme hindou et le souvenir des massacres du Gujarat, en 2002, au cours desquels 2 000 musulmans ont péri dans des émeutes intercommunautaires sanglantes, sans que le gouvernement lève le petit doigt... Convaincu de sa victoire, le parti a même avancé la date de l'élection!

Mais les Indiens en ont décidé autrement.

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