Dans le Rwanda de l’après-génocide, toute allusion à l’ethnicité est interdite par la loi... Alors que les électeurs se préparent à aller aux urnes, la journaliste-romancière québécoise raconte les efforts des Rwandais pour rebâtir leur pays.

« Les élections au Rwanda, ça te dit quoi, à toi qui y es déjà allée quelques fois ? » me demandait récemment la rédactrice en chef de L'actualité. À la seule mention du Rwanda, mon cœur se met à battre plus vite. Pas parce que ce pays évoque le génocide ou qu'il pue la mort - ce à quoi je m'attendais, en 2007, lorsque j'y suis allée pour la première fois. Mon cœur s'emballe plutôt au souvenir de ce que j'ai découvert au Rwanda : des gens animés d'un optimisme renversant pour rebâtir leur pays. J'y suis retournée pour comprendre comment on se relève d'un génocide, comment un peuple regarde vers l'avant, alors que son passé hante toujours la planète.
En 2008, j'ai passé près d'un mois à arpenter le pays, sauf là-haut, vers l'ouest, à la frontière avec la République démocratique du Congo (RDC), où se sont retranchés des rebelles et des génocidaires. « À l'occasion, ils réussissent à traverser la frontière, pourtant solidement gardée », m'avait expliqué Richard Sezibera, ministre dans le gouvernement rwandais. En résultent des tueries - même d'enfants - « par des hommes qui ont perdu toute humanité, avait-il ajouté. Mais chaque fois, nous les repoussons. »
Je ne me suis attardée ni au passé du Rwanda ni aux guerres. Parce que les gens, ce dont ils veulent parler, c'est de l'avenir. « Enfin, nous avons de l'espoir » est la phrase que j'ai le plus entendue dans ce pays aux mille collines verdoyantes, un peu plus petit que la Gaspésie, où vivent aujourd'hui 10 millions d'habitants.
Depuis mon voyage de 2008, les principaux indicateurs du Rwanda se sont tous améliorés. Le taux de mortalité infantile a baissé, l'espérance de vie a fait un bond spectaculaire (elle est passée de 48,9 à 56,7 ans), le nombre de médecins a doublé, celui des téléphones cellulaires sextuplé (de 400 000 à 2,4 millions). La chute du taux d'infection au VIH en fait le plus grand succès africain : il est passé de 17 % à 2,8 % en 12 ans !
« Nous avons tous retroussé nos manches. Et ça porte ses fruits », me dit Elie Nduwayesu, 44 ans, grand homme mince qui était, en 2008, psychoéducateur et chef de programme à l'ONG internationale CARE.
Au volant de sa camionnette, Elie Nduwayesu m'a conduite dans le district de Ruhango, dans le Sud, afin de voir une de ses réalisations pour les orphelins, qui connaît un succès monstre : les Nkundabana (« j'aime les enfants », en kinyarwanda, une des trois langues officielles, avec le français et l'anglais). Il y a beaucoup d'enfants à aimer : 1,2 million d'orphelins, dont 101 000 chefs de familles comptant quatre enfants en moyenne.
Le génocide de 1994 a fait en 100 jours plus d'un million de morts. Un demi-million de femmes ont été violées et beaucoup ont été infectées intentionnellement par le VIH, rapportent de nombreuses organisations internationales, dont Human Rights Watch. Les orphelins du viol, du génocide et du sida sont le plus lourd héritage d'un des chapitres les plus noirs de l'histoire humaine.






