En Tunisie, en Égypte, en Libye, les jeunes ont bousculé des « hommes forts » qu’on croyait indélogeables. Les explications de Farouk Mardam-Bey, écrivain et éditeur syrien.

L'explosion démographique du monde arabe, les spécialistes l'ont constatée il y a belle lurette : en Afrique du Nord et au Proche-Orient, environ 51 % de la population est âgée de moins de 25 ans, comparativement à 28 % au Québec.
Leurs analyses annonçaient même, dans un langage savant, l'explosion démocratique. Mais personne, surtout pas les despotes, n'y accordait d'attention.
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Il serait simpliste de tout réduire à la seule démographie, d'autant plus que la population de l'Algérie et du Maroc, deux pays épargnés par les protestations de masse, est encore plus jeune que celle de la Tunisie et de la Libye, en pleine ébullition. Mais il est évident que les jeunes, ceux qui sont nés avec le rap et qui dansent sur le discours de Kadhafi remixé par un DJ israélien, sont le fer de lance de ce mouvement.
Leur message est clair : ras-le-bol ! Ce n'est pas un hasard si « Kefaya » (« assez », en français) est le slogan que les manifestants scandent partout dans le monde arabe. Mais leur projet reste flou. La question à laquelle les manifestants doivent maintenant répondre - on fait quoi ? - n'est simple qu'en apparence. Et les réponses risquent d'en surprendre plus d'un...
« Les gens veulent s'affirmer en tant qu'individus et citoyens », dit Farouk Mardam-Bey, un intellectuel syrien. Grand connaisseur de la culture et de la littérature arabes, Farouk Mardam-Bey est éditeur de la collection « Sindbad », d'Actes Sud. Ex-conseiller culturel à l'Institut du monde arabe, à Paris, il est l'auteur de nombreux livres, dont Être arabe (écrit avec le Palestinien Elias Sanbar), un ouvrage d'histoire contemporaine. Mais cet érudit s'est aussi penché sur la riche histoire de la gastronomie arabe...
Comment expliquer le bouleversement qui ébranle les capitales arabes ? Farouk Mardam-Bey propose des réponses à L'actualité.
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1) Monte le son !
La couverture des événements en temps réel par les télévisions arabes a créé un effet d'entraînement.
- Le rôle des télévisions arabes a été fondamental. Al Arabiya, dont le siège est aux Émirats arabes unis, essaie d'être impartiale, de donner la parole à des représentants du pouvoir, alors qu'Al Jazeera, au Qatar, semble être l'avant-garde militante du mouvement de protestation ! La grande question, c'est : pourquoi le prince du Qatar laisse-t-il faire ? Ce pays a toujours joué un rôle ambigu, étonnant. C'est là qu'on trouve la plus grande base américaine de la région ; pourtant, Al Jazeera attaque régulièrement la politique américaine au Proche-Orient. Le Qatar a établi des relations avec Israël, mais en même temps il a soutenu le Hamas. Des princes qataris passaient leurs vacances en Israël, sauf que depuis l'attaque israélienne sur Gaza, en 2008, ils ont pris leurs distances.






