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Leur pays, ce n’est plus Haïti…


29 Septembre 2010

Profitant d’un nouveau programme de parrainage, des milliers de sinistrés haïtiens peuvent s’établir au Québec, à la suite du séisme qui a laissé leur pays en ruine. La communauté haïtienne a-t-elle les reins assez solides pour les accueillir ?

Leur pays, ce n’est plus Haïti…
Photo : Benoit Aquin

À deux pas des raffineries de pétrole de Pointe-aux-Trembles, dans une classe de l'école Sainte-Marguerite-Bourgeoys, une vingtaine de petites têtes bouclées s'affai­rent sagement à leur pupitre. Un garçon timide tente de déchif­frer un texte sur l'athlète Chantal Petitclerc, dont il n'a jamais entendu parler. Une fillette aux cheveux tressés cherche le nom d'un animal du nord du Canada. « Un caribou ? Mais qu'est-ce que c'est ? » demande-t-elle avec un sourire, l'air fasciné.

Ces Haïtiens de 8 à 12 ans se sont retrouvés au Québec après le séisme de Port-au-Prince et ont été parachutés dans une classe créée spécialement pour adoucir leur atterrissage. Ces enfants-là connaissent l'odeur de la mort. Des scènes d'horreur tournent encore en boucle dans leur esprit.

Voir le photoreportage « Haïti : la vie après le séisme » >>

Les petits nouveaux ne sont pas passés inaperçus à Pointe-aux-Trembles, secteur de Montréal qui, d'ordinaire, ne reçoit presque pas d'immigrants. La communauté haïtienne est plutôt concentrée dans les arrondissements de Saint-Michel, de Montréal-Nord et de Rivière-des-Prairies, dans le Nord-Est. Mais depuis le tremblement de terre du 12 janvier, les nouveaux venus ont été si nombreux - au moins 230 à ce jour - que les écoles des autres quartiers débordent, explique Yve Laviolette, coordonnateur aux communautés culturelles à la commission scolaire de la Pointe-de-l'Île, qui couvre le nord et l'est de la ville. « Ces élèves avaient besoin d'une courte transition avant de pouvoir se joindre aux classes ordinaires. Et en les envoyant dans un milieu francophone "de souche", on espère accélérer leur intégration. »

C'est le genre d'acrobatie qu'il faudra multiplier pour intégrer les milliers d'Haïtiens qui tenteront de rebâtir leur vie au Qué­bec à la suite du cataclysme. Grâce à un programme élargi de par­rainage mis sur pied par le gouvernement Charest, entre 4 000 et 5 000 rescapés devraient venir rejoindre des membres de leur famille au cours des prochains mois. Ces personnes s'ajouteront à celles qui s'installeront en vertu des règles ordinaires de l'immigration. Le Québec accueille, bon an, mal an, envi­ron 1 500 nouveaux arrivants haïtiens ; mais en 2010, il en recevra davantage que le nombre annuel des 15 dernières années.

Le gouvernement a cependant été clair sur un point : pas question que les parrainés deviennent une charge finan­cière pour la société. Leurs familles doivent s'engager à subvenir à leurs besoins pendant cinq ans (voir « Pour devenir parrain » >>).

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Commentaires (2)

Felicitations a l auteur de l

Felicitations a l auteur de l article parce que un vrai travail de recherche des faits a ete mene et bien expose sans tomber dans le sensationnel.

Il faut souligner la bonne cooperation des instances gouvernementales telles que le Ministere de l Immigration du Quebec . la Ville de Montreal .

Il faut aussi mentionner le travail de la CSN avec Filaction qui se revele un excellent programme.

Faut il rappeler aux NeoCanadiens et immigrants d origine haitienne qu une excellente voie d insertion dans l economie quebecoise , c est les emplois dans la construction : electriciens, plombiers, chauffagistes-climatiseurs et charpentiers. Un DEP est la voie royale d acces.

La poussière qui couvre Haïti

La poussière qui couvre Haïti enveloppe ces immeubles ébranlés et non pas les yeux de la diaspora (« Leur pays, ce n’est plus Haïti… », 1er oct.2010, L’actualité). J’ai été séduise par la justesse de vos propos, particulièrement parce que je suis d’origine haïtienne que j’ai grandi à la fois en Haïti et au Canada. Vous avez su m’informer d’avantage sur l’histoire et la lutte à laquelle les Haïtiens et d’autres immigrants font face quand ils arrivent au Canada.

Votre article a pu brosser un portrait réel de la réalité de la vie actuelle de non seulement les Haïtiens qui arrivent au Québec, mais aussi ceux qui partagent l’identité de «minorité visible» au Canada.
On ne peut nier que le processus d’intégration que subissent les immigrants est difficile. Cependant à quoi bon leurs efforts si la construction du système Canadien ne protège que les opportunités économiques «canadiennes», alias blanches? Conséquemment, elle empêche les immigrants de «minorité visible » d’avoir accès aux emplois qui correspondent à leurs qualifications. Bien que les expériences et les connaissances acquises à l’étranger soient commercialisées en guise d’obtenir la citoyenneté Canadienne, elles sont dévaluées à leur arrivée, sous prétexte de manque d’expérience «canadienne». Voilà un problème qui est intrinsèquement immigrant.

J’estime que les forces de la mondialisation et les catastrophes naturelles, comme celle du séisme, sont les forces motrices derrière l’installation des immigrants à l’étranger, et à supporter des conditions, souvent macabre. Il est regrettable que le racisme soit une réalité au Canada qui se présente souvent en forme de question sous le tapis. La publication d’un article comme le vôtre sensibilise ce problème comme tel et ces complications post-séisme. C’est un pas dans la bonne direction! Elle saura peut-être susciter une discussion qui finira par ouvrir nos yeux et ébranler la façon dont l’État traite l’immigration.

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