Profitant d’un nouveau programme de parrainage, des milliers de sinistrés haïtiens peuvent s’établir au Québec, à la suite du séisme qui a laissé leur pays en ruine. La communauté haïtienne a-t-elle les reins assez solides pour les accueillir ?

À deux pas des raffineries de pétrole de Pointe-aux-Trembles, dans une classe de l'école Sainte-Marguerite-Bourgeoys, une vingtaine de petites têtes bouclées s'affairent sagement à leur pupitre. Un garçon timide tente de déchiffrer un texte sur l'athlète Chantal Petitclerc, dont il n'a jamais entendu parler. Une fillette aux cheveux tressés cherche le nom d'un animal du nord du Canada. « Un caribou ? Mais qu'est-ce que c'est ? » demande-t-elle avec un sourire, l'air fasciné.
Ces Haïtiens de 8 à 12 ans se sont retrouvés au Québec après le séisme de Port-au-Prince et ont été parachutés dans une classe créée spécialement pour adoucir leur atterrissage. Ces enfants-là connaissent l'odeur de la mort. Des scènes d'horreur tournent encore en boucle dans leur esprit.
Voir le photoreportage « Haïti : la vie après le séisme » >>
Les petits nouveaux ne sont pas passés inaperçus à Pointe-aux-Trembles, secteur de Montréal qui, d'ordinaire, ne reçoit presque pas d'immigrants. La communauté haïtienne est plutôt concentrée dans les arrondissements de Saint-Michel, de Montréal-Nord et de Rivière-des-Prairies, dans le Nord-Est. Mais depuis le tremblement de terre du 12 janvier, les nouveaux venus ont été si nombreux - au moins 230 à ce jour - que les écoles des autres quartiers débordent, explique Yve Laviolette, coordonnateur aux communautés culturelles à la commission scolaire de la Pointe-de-l'Île, qui couvre le nord et l'est de la ville. « Ces élèves avaient besoin d'une courte transition avant de pouvoir se joindre aux classes ordinaires. Et en les envoyant dans un milieu francophone "de souche", on espère accélérer leur intégration. »
C'est le genre d'acrobatie qu'il faudra multiplier pour intégrer les milliers d'Haïtiens qui tenteront de rebâtir leur vie au Québec à la suite du cataclysme. Grâce à un programme élargi de parrainage mis sur pied par le gouvernement Charest, entre 4 000 et 5 000 rescapés devraient venir rejoindre des membres de leur famille au cours des prochains mois. Ces personnes s'ajouteront à celles qui s'installeront en vertu des règles ordinaires de l'immigration. Le Québec accueille, bon an, mal an, environ 1 500 nouveaux arrivants haïtiens ; mais en 2010, il en recevra davantage que le nombre annuel des 15 dernières années.
Le gouvernement a cependant été clair sur un point : pas question que les parrainés deviennent une charge financière pour la société. Leurs familles doivent s'engager à subvenir à leurs besoins pendant cinq ans (voir « Pour devenir parrain » >>).





