Un essor économique hors du commun, une croissance démographique à faire rougir l'Occident et un PIB qui dépassera celui du Canada d'ici trois ans. Visite d'un pays en complète métamorphose.

Je ne pensais jamais aboutir au milieu d'un champ. J'aurais pourtant dû me douter que le lieu était difficile d'accès : le premier chauffeur contacté n'avait pas la moindre idée de l'endroit où je voulais aller. Le second avait hésité avant d'accepter de m'y conduire. Une heure et demie - et 50 km - plus tard, au bout d'un étroit chemin de campagne bordé d'arbres chétifs, j'apercevais enfin le logo que j'espérais : CAE.
C'est ici, dans un bâtiment de crépi blanc dont on achève la construction, que le géant québécois des simulateurs de vol a élu domicile, à une dizaine de kilomètres du nouvel aéroport international de Bangalore. « Un emplacement naturel pour nous », dit le capitaine G.R. Reddy, directeur général du centre de formation de CAE.
Pour l'instant, les pilotes de ligne tirés à quatre épingles côtoient des ouvriers en gougounes, le torse luisant de sueur, occupés à installer des génératrices. Plus loin, des poseurs de parquets, des tireurs de joints et des peintres mettent la touche finale aux salles de formation. Pieds nus. La CSST en ferait des cauchemars...
Avec Bombardier Aéronautique, Bombardier Transport, La Senza, CGI, Aldo, La Vie en Rose et SNC Lavalin, entre autres, CAE fait partie des entreprises québécoises qui ont succombé aux charmes de l'Inde. Et pour cause. Elle leur ouvre un marché potentiel de centaines de millions de consommateurs avides. Elle leur fournit aussi des millions d'ingénieurs, informaticiens, scientifiques, rédacteurs techniques, ouvriers de la construction à des salaires inimaginables au Canada : un ingénieur touche de 5 000 à 7 000 dollars par année à l'embauche. En Inde, c'est le salaire de la classe moyenne. « Tous ces gens ont le goût de participer à l'essor du pays », fait remarquer Jeff Roberts, président de la section civile de CAE.
Les compagnies aériennes indiennes auront besoin de 2 000 à 3 000 nouveaux pilotes d'ici cinq ans. Une mine d'or pour CAE. L'entreprise ne se contente plus de fournir des simulateurs de vol aux transporteurs aériens, elle donne aussi des cours de pilotage. Environ 400 élèves y suivent actuellement une formation. « L'Inde est très importante pour nous », dit Jeff Roberts. On le croit sur parole.
Le pays tout entier est un vaste chantier. Plus de 200 aéroports sont à bâtir, à rénover ou à agrandir, des métros poussent dans les plus grandes villes, les voies surélevées déroulent leur tapis de bitume au-dessus d'artères congestionnées. Chaque jour, 20 km d'autoroutes s'ajoutent au réseau routier. À ce rythme, l'élargissement de la route qui traverse le parc des Laurentides, entre Québec et Chicoutimi, aurait été achevé en moins de 10 jours !





