Monde »

À l’ombre du miracle indien


30 Septembre 2010

À Delhi, 170 000 personnes recyclent des déchets pour survivre. Dans le dépotoir de Bhalaswa, des familles entières sont aux prises avec la vermine, les émanations de méthane et… les tentatives d’extorsion des autorités.

À l’ombre du miracle indien
Photos : François Pesant

On le remarque de loin à la nuée de charognards affamés qui le survolent dans le ciel gris. Le dépotoir de Bhalaswa, à Delhi, est une montagne de déchets infestée de mouches et jonchée de cadavres d'animaux en décomposition et d'excréments. Au sommet, entre les bulldozers qui vont et viennent pour compresser les tonnes de détritus, des hommes et des femmes fouillent dans les ordures à la recherche de matériaux recyclables. Plus loin, accroupis sur cet immonde tapis spongieux, des enfants au visage barbouillé de saleté mangent les restes d'une banane noircie en se disputant quelques bouts de métal. Bienvenue en enfer !

Voir le photoreportage de François Pesant, « Les dépotoirs de Delhi » >>

Avec une croissance économique moyenne de 7 % par année au cours de la dernière décennie, l'Inde a désormais des prétentions de grande puissance mondiale. Son secteur industriel a fait un énorme pas en avant et les campagnes se vident au profit des villes. On estime que 40 % du 1,3 milliard d'Indiens vivront en zone urbaine d'ici 2021. Dans les coulisses de cette Inde moderne, les deux tiers des habitants gagnent moins de deux dollars par jour, selon la Banque mondiale. Dans certaines villes, comme Delhi, cette indigence extrême a parfois des conséquences désastreuses.

Dans la capitale de l'Inde, 170 000 personnes, soit 1 % de la population, dépendent pour survivre des 8 500 tonnes de déchets que produisent chaque jour les habitants de cette mégapole. Sauf quelques rares exceptions, il n'existe pas de système de collecte des ordures à domicile ni de recyclage digne de ce nom. La population dépose ses déchets dans des godowns, endroits situés dans la rue et prévus à cet effet. Les détritus sont par la suite transportés par des camions d'entreprises privées dans l'un des deux centres d'enfouissement de la ville, déjà presque remplis au maximum de leur capacité.

On estime que plus de la moitié de ces déchets seraient compostables ou recyclables. Pour des milliers de migrants venus des campagnes pauvres, le ramassage et le tri des ordures est le seul gagne-pain à portée de main. Hommes, femmes, vieillards et parfois enfants issus des basses castes participent à cette économie informelle. Et clandestine : un règlement municipal interdit de ramasser des déchets recyclables dans les dépotoirs.

Père de sept enfants, Mahmood Khan vit dans un bidonville avec vue sur le dépotoir de Bhalaswa. Sept jours sur sept, il gravit à l'aurore la montagne de déchets qu'il a dans son arrière-cour. Avec des centaines d'autres récupérateurs, il y brave l'interdiction, les deux mains plongées dans les ordures. Sans équipement de protection, ces gens travaillent dans des conditions sanitaires inacceptables, souvent pieds nus ou chaussés de simples sandales. Les coupures, les infections et les problèmes respiratoires dus à l'exposition à des produits chimiques sont fréquents. Et les tas d'immondices en putréfaction dégagent du méthane, qui s'enflamme parfois spontanément.

Bookmark and Share

Évaluez cet article

Moyenne : 3.6 (8 votes)

Commentaires (0)

Envoyer un commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
  • Les adresses de pages web et de messagerie électronique sont transformées en liens automatiquement.
  • Tags HTML autorisés : <a> <em> <strong> <cite> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plus d'informations sur les options de formatage