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Pachtounes : «Nous ne sommes pas des terroristes !»


29 Juin 2011

Les Pachtounes de Peshawar en ont assez d’être associés aux talibans. Désertée par les Occidentaux, cette ville, l’une des plus dangereuses du Pakistan, ploie sous le poids des réfugiés. À ses risques et périls, notre envoyée spéciale a arpenté ses ruelles poussiéreuses.

Pachtounes : «Nous ne sommes pas des terroristes !»
Photos : Sylvie Lasserre

La salle de concerts du Nishtar Hall, à Pesha­war, est pleine. Les hommes d'un côté, les femmes de l'autre.

De nombreux artistes pachtounes de renom sont au programme. Bakhtiar Khattak, célèbre chanteur de charme, ouvre le spectacle. Quelques fumigènes lâchent une vague fumée. La salle hurle de joie.

Des étudiants, à ma gauche, se lèvent et se trémoussent joyeusement, les bras en l'air. Une poignée de jeunes hommes aux cheveux longs descendent l'allée pour danser devant la scène. Lorsque, 10 minutes plus tard, Hashmat Sahar, chanteur à la voix sucrée, entonne son refrain « Pakhtunkwa ! Pakhtunkwa ! » (le pays des Pachtounes), c'est l'euphorie. Quant aux femmes, elles écoutent. Chez les Pachtounes, les femmes ne dansent pas en public et évitent toute démonstration un peu trop « sensuelle ». Je me retiens pour ne pas me laisser aller à battre la mesure.

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Le chanteur pachtoune Hashmat Sahar.

Triste retour à la réalité : des soldats sont plantés à l'entrée du bâtiment , des policiers postés dans le hall, des membres de la sécurité en civil éparpillés dans la salle, tous armés de kalachnikovs. Avant d'entrer, il a fallu se soumettre à une fouille au corps, au contrôle des sacs. Sécurité maximale pour ce spectacle, qui constitue une cible de choix pour les talibans.

Les occasions de divertissement sont rares à Peshawar, ville d'un million et demi d'habitants harassée par le terrorisme, les enlèvements et les problèmes économiques. Capitale de la province de Khyber Pakhtunkhwa, Peshawar est limitrophe des zones tribales, cette région de trois millions d'habitants connue sous le nom de FATA (Federally Administered Tribal Areas), au nord-ouest du Pakistan, à la frontière de l'Afghanistan.

Les zones tribales sont le théâtre d'affrontements réguliers entre l'armée pakistanaise et les talibans depuis les attentats du 11 septembre 2001. La situation a empiré progressivement avec l'affaire de la Mosquée rouge, à Islamabad (cœur de la contestation islamique), fin 2007, puis avec l'élection de Barack Obama, en 2008 - et sa décision d'augmenter les troupes américaines en Afghanistan -, et les attaques de drones... Près de 700 000 Pachtounes ont fui les combats et peuplent les nombreux camps de réfugiés situés à la frontière.

En ce soir de janvier 2011, toutefois, tout le gratin culturel de la province est au Nishtar Hall. Menacé par les talibans pour diffusion et promotion de la vulgarité, l'endroit est resté fermé aux spectacles de variétés pendant huit ans. Il a rouvert ses portes à l'hiver 2010, sous l'impulsion du ministre provincial de la Culture, Mian Iftikhar Hussain. Malgré le contexte sécuritaire extrêmement tendu, celui-ci met un point d'honneur à ce qu'un programme musical soit proposé chaque semaine.

Le combat du ministre contre les talibans lui a coûté la vie de son fils, il y a six mois. « Ils veulent faire de nous un nouvel Irak », m'a-t-il dit quelques jours plus tôt.

 

* * *
Une reporter qui n'a pas froid aux yeux

pachtoune-sylvie-lasserreBien des reporters étrangers préfèrent ne pas s'attarder plus d'une journée à Peshawar. La journaliste, auteure et photographe Sylvie Lasserre, elle, y a passé trois semaines en début d'année, grâce à un contact privilégié.

Docteure en physique, Sylvie Lasserre a été ingénieure pendant plus de 10 ans avant de se tourner vers le journalisme, en 2000. Depuis 2004, elle passe près du quart de son temps en Asie centrale. Elle tente d'expliquer les conflits et les situations politiques à l'aide d'histoires de vies ordinaires. Elle est l'auteure de Voyage au pays des Ouïghours (Éditions Cartouche, 2010).

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