Le nouveau patron de l’armée de terre canadienne, Peter Devlin, hérite d’une tâche casse-gueule : gérer la fin des opérations de combat en Afghanistan. Sa prochaine mission ? Fouetter le moral des troupes !

Dans la salle d'attente VIP du très fréquenté aéroport militaire de l'OTAN à Kandahar, la télé accrochée au mur est branchée sur The Pentagon Channel, la chaîne des forces armées américaines. Un reportage sur les engins explosifs qui ont fauché la vie de tant de soldats en Afghanistan s'achève.
Dehors, la réalité rattrape la fiction. Les avions sont cloués au sol depuis de nombreuses minutes par des attaques à la roquette - y compris l'appareil des Forces canadiennes qui s'apprête à ramener à Ottawa le chef de l'armée de terre, Peter Devlin, après une tournée de quatre jours dans les postes de combat autour de Kandahar.
Il est 2 h 15 du matin et la lumière crue des néons accentue les yeux rougis de fatigue de Peter Devlin, qui tranchent avec le beige sable de son uniforme de combat. Assis dans l'un des trois vieux fauteuils en cuir noir dispersés dans la petite pièce aux murs blancs, le lieutenant général, qui en a vu d'autres, ne semble pas préoccupé par les attaques qui causent le retard. Il demande à ses deux conseillers, assis avec lui, comment il devrait gérer... son tout nouveau compte Twitter ! « Est-ce que je dois mettre beaucoup d'information personnelle pour attirer des abonnés ? »
Le général Devlin déplore le retard pris par les Forces canadiennes en matière de médias sociaux. « Il faut communiquer avec nos soldats, leur expliquer ce que l'on fait, où on s'en va. Même chose avec le public. Le cœur d'une armée, c'est la motivation des soldats. J'ai dit au chef d'état-major de la Défense [Walter Natynczyk] qu'on doit être présents sur Twitter. Et il faut s'y mettre avant que quelqu'un élabore une politique officielle, sinon ça va être long et "plate" ! » lance-t-il en anglais au journaliste de L'actualité.
Peter J. Devlin, 52 ans, dirige depuis à peine une année les 48 400 soldats, réservistes, rangers et civils de l'armée de terre. Lorsqu'il s'est enrôlé dans les Forces, à l'âge de 18 ans, en 1978, le cellulaire n'existait pas. Aujourd'hui, les blogues, Facebook et Twitter font partie de la vie des jeunes militaires. « Il faut les atteindre là où ils sont », dit-il.
En prenant les rênes du plus imposant corps des Forces canadiennes, le général Devlin a hérité d'une tâche casse-gueule : gérer la fin des opérations de combat à Kandahar, amorcer la mission d'entraînement des forces afghanes à Kaboul et préparer ses troupes à la prochaine guerre. « Pas avant novembre 2012, prévient-il toutefois. Il faut remettre nos véhicules en état, et nos soldats ont besoin d'un peu de repos. »
Un gros travail de communication et même de motivation attend Peter Devlin. Une armée aime partir en mission, se sentir utile, mais déteste les périodes où, de retour au pays, les entraînements ne semblent mener nulle part. « Je dois m'assurer que les gars gardent le moral. On fait le deuil d'une mission qui nous a beaucoup appris. Mais on doit rapidement se préparer pour les prochaines opérations », dit-il.

Le général dans l'avion qui le transporte
à Kandahar.





