Deuxième poumon de la planète après l’Amazonie, la forêt tropicale du bassin du fleuve Congo perd du terrain chaque année. Pour renverser le mouvement, il faut des ingénieurs forestiers, que l’Université Laval contribue à former.

L'étroite piste de terre battue est complètement ensablée. Les pierres, troncs d'arbres et sacs de sable disposés tout le long n'ont pas réussi à contrer l'érosion. Des conducteurs se sont d'ailleurs enlisés, ce qui force les autres à patienter dans l'odeur de terre chauffée par le soleil mêlée à celle du charbon qui brûle sous les marmites dans un village à 200 m de là. Ils n'ont guère le choix : la route principale s'est effondrée après une violente averse, il y a plus de deux ans, et il n'existe aucune autre voie pour la contourner.
Ironie du sort, c'est cette route qu'il faut emprunter pour se rendre à l'Institut supérieur agrovétérinaire de Kimwenza, en périphérie de la capitale, Kinshasa. Cette école formera, à partir de ce mois-ci, ceux qui représentent le salut de la forêt congolaise : des ingénieurs forestiers, dont la République démocratique du Congo (RDC) manque cruellement. Aménagé dans un domaine de quelques hectares administré par les Jésuites, le campus forme un des rares îlots de verdure à plus d'une centaine de kilomètres à la ronde.
Avec ses 2,1 millions de kilomètres carrés - l'équivalent du Québec et de Terre-Neuve-et-Labrador réunis -, la forêt tropicale du bassin du fleuve Congo représente 70 % des forêts africaines et 26 % des forêts tropicales du monde, ce qui en fait le deuxième poumon de la planète après la forêt amazonienne. Située au centre du continent africain, elle s'étend sur six pays : la RDC (1,5 million sur les 2,1 millions de kilomètres carrés), le Congo, le Cameroun, le Gabon, la Guinée équatoriale et la République centrafricaine. Elle joue un rôle dans le climat de la sous-région en régularisant le cycle hydrologique et en séquestrant le carbone. « Avant, les pluies commençaient dès le 15 septembre, se souvient le père Jacques Buensi, directeur général de l'Institut de Kimwenza. Maintenant, il faut attendre la mi-octobre, sinon la fin du mois, ce qui a des conséquences sur les cultures. »
On évalue le recul de la forêt tropicale du bassin du Congo à 0,6 % par année, ce qui représente deux fois la superficie de l'Île-du-Prince-Édouard. La forêt amazonienne régresse au même rythme, mais dans le cas de celle du bassin du Congo, ce chiffre dissimule un problème plus grave, qui inquiète René Ngongo, environnementaliste congolais réputé et conseiller politique pour les forêts africaines auprès de Greenpeace.
Si le cœur du pays reste quasi vierge en raison de son accès difficile, il en va autrement des terres entre Kinshasa et l'Atlantique, sur une distance de quelque 500 km. « On voit l'effet de la proximité avec l'océan et le fleuve Congo, car on pouvait facilement sortir le bois. Les forêts ont disparu et sont devenues des savanes », se désole René Ngongo, qui a reçu en 2009 le prix de la fondation suédoise Right Livelihood, mieux connu en français sous le nom de « Nobel alternatif », pour son combat contre la déforestation. Il y a moins d'un siècle, on trouvait encore dans cette région l'acajou d'Afrique, le sapelli, le sipo, le bolondo, le wengé, le limba et bien d'autres essences. Selon le Centre technique forestier tropical, organisme international dont le siège est en France, la République démocratique du Congo abrite 78 essences tropicales sur les 86 exploitables dans le monde.





