Pour l’ancien ambassadeur du Canada aux Nations unies Stephen Lewis, ce sont les Églises fondamentalistes américaines qui ont soulevé le vent d’homophobie qui souffle sur l’Afrique.

Bouleversée par l'élection d'un président afro-américain, traumatisée par sa réforme du système de santé, la droite américaine est aux abois. Le chef de la minorité républicaine à la Chambre des représentants, John Boehner, prédit un « Armageddon », l'apocalypse de la Bible ! Les militants organisent des Tea Parties, des manifestations anti-Obama. Et les Églises fondamentalistes tentent à l'étranger ce qu'elles n'osent pas faire aux États-Unis : s'attaquer à l'homosexualité.
C'est l'analyse que fait l'ex-ambassadeur du Canada aux Nations unies Stephen Lewis, qui voit l'œuvre des Églises fondamentalistes américaines dans la vague d'homophobie qui sévit en Afrique. Dans de nombreux pays anglophones de ce continent, les gouvernements veulent durcir les peines contre l'homosexualité. Celle-ci est presque partout illégale, mais pour la droite chrétienne et ses amis africains, cela ne suffit pas. En Ouganda, un projet de loi prévoit la peine de mort pour l'« homosexualité aggravée ». Au Kenya, on envisage de recenser la population gaie. Au Zimbabwe, deux employés d'une association gaie ont été arrêtés à la fin mai.
En Afrique, peu de voix s'élèvent pour défendre les droits des minorités sexuelles. Dans l'opinion publique, le sujet reste tabou. Seuls de très rares militants - en général des femmes - s'affichent en tant qu'homosexuels.
Aux yeux de Lewis, qui dirige aujourd'hui l'ONG AIDS-Free World, l'homophobie à l'africaine est une atteinte « inouïe » aux droits de la personne, et le Canada ne doit pas rester les bras croisés. Même si les Constitutions africaines évoquent les droits de la personne, les gais et lesbiennes sont souvent condamnés à la clandestinité.
L'actualité a joint Stephen Lewis chez lui, à Toronto.
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L'ONG que vous avez fondée, AIDS-Free World, met l'accent sur la prévention du sida. En quoi des lois homophobes rendent-elles votre tâche plus difficile ?
- La discrimination incite les gais à vivre cachés. Ils ne se font pas dépister, et s'ils sont séropositifs, ils ne sont pas soignés. Lorsque la répression s'aggrave, le virus progresse. Le nouveau directeur général de l'ONUSIDA, Michel Sidibé, a fait de l'homophobie son cheval de bataille. Il était temps que les Nations unies s'attaquent à ce sujet. Des lois antigais existent dans près de 80 pays. Les ONG devraient s'appuyer sur la Constitution de ces pays pour les contester devant les tribunaux partout où c'est possible. Je suis convaincu que plusieurs de ces lois pourraient être invalidées.
Pourquoi l'homosexualité est-elle illégale presque partout en Afrique ?
- L'homophobie est profondément enracinée en Afrique et entretenue par des dirigeants politiques et religieux qui affirment suivre les enseignements de la Bible. Dans plusieurs pays, pourtant indépendants depuis 50 ans, les lois léguées par les Britanniques interdisant la sodomie sont encore en vigueur. Ils se sont libérés du joug colonial, mais pas de l'homophobie. Cette attitude témoigne du rejet bien ancré de toute sexualité autre que l'hétérosexualité. Entre-temps, cette atteinte inouïe aux droits de la personne se poursuit.






