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Retraite : hauts cris et idées de génie en Europe


23 Février 2011

En pleine crise, les pays de l’Union européenne n’ont pas d’autre choix que de chercher des solutions aux déficits de leurs caisses de retraite. Et les Suédois sont encore à l’avant-garde !

Retraite : hauts cris et idées de génie
Photo : François Mori/AP/PC

En 1900, les Espagnoles trépassaient en moyenne à 37 ans. Aujourd'hui, elles poussent leur dernier soupir à 85 ans ! Comment ne pas s'en réjouir ? Mais l'allongement de la vie et le vieillissement de la population partout en Europe soulèvent une question embêtante : qui alimentera les caisses de retraite ?

Sur le vieux continent, au début du siècle dernier, la réponse était claire : c'étaient les plus pauvres qui devaient casquer ! En Grande-Bretagne, la première « loi sur les pensions de vieillesse », adoptée en 1908 - et sur laquelle est calquée la loi canadienne -, fixait l'âge de la retraite à 70 ans. Tant pis si la majorité des ouvriers n'atteignaient jamais cet âge vénérable. La retraite était une affaire de gentlemen.

Dans le système de retraite par répartition, en vigueur en Europe ainsi qu'au Canada, les salariés mettent de l'argent de côté non pas pour assurer leurs vieux jours, mais pour permettre à leurs aînés d'arriver au bout du mois. Ce système repose sur un principe simple : un grand nombre de travailleurs financent un petit nombre de pensionnés. En Irlande, par exemple, le rapport actuel est de quatre pour un.

Les choses se compliquent en temps de crise : quand les chômeurs se multiplient alors que le nombre de retraités est en hausse, les régimes généraux crient famine. C'est la situation avec laquelle sont aux prises de nombreux pays européens. Et ce n'est pas fini ! Les baby-boomers (nés entre 1945 et 1960) commencent juste à arriver à l'âge de la retraite, et tout indique qu'ils vivront plus longtemps que leurs parents. Pour reprendre l'exemple de l'Irlande, il n'y aura plus que 1,5 travailleur pour un retraité en 2060, selon les prévisions d'Eurostat, l'office européen de la statistique.

Afin d'éviter que les caisses ne se vident, de nombreux gouvernements ont décidé de hausser l'âge du départ à la retraite. Cette décision a suscité de fortes réactions l'automne dernier en France, où elle a provoqué une série de grèves générales. En Grande-Bretagne, par contre, des réformes semblables sont passées comme une lettre à la poste. Une caricature britannique a bien résumé la différence entre l'Angleterre et la France : apprenant par la radio qu'ils ne pourront pas dire « bye-bye, boss » avant longtemps, l'Anglais se prépare une tasse de thé et le Français un cocktail Molotov...

On est peut-être là sur le terrain des différences culturelles : les Français descendent plus facilement dans la rue que les Britanniques. Mais on est aussi sur le terrain des différences politiques. Le premier ministre conservateur de Grande-Bretagne, David Cameron, n'a pas caché, pendant la campagne qui l'a porté au pouvoir, en mai, qu'il allait réformer les retraites - du moins celles des travailleurs du secteur public. Avant d'être élu, en 2007, le président français, Nicolas Sarkozy, avait dit le contraire.

Beaucoup de Français ont vécu cette réforme - l'âge minimum de départ à la retraite passera progressivement de 60 à 62 ans d'ici 2018 - comme une grande injustice. D'où leur sentiment d'indignation. Dans leur « inconscient collectif » survit l'idée que les ouvriers paient la retraite des patrons, selon le démographe Jean-Marie Robine. Ont-ils tort ?

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