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Shanghai s'allume


2 Mai 2010

L’argent est la nouvelle drogue des Shanghaïens, a constaté notre journaliste. Développement en accéléré, foules impatientes, vie nocturne débridée : la promesse d’un avenir meilleur rend les gens pressés…

Shanghai
Photo : Patrick Alleyn

La salle enfumée baigne dans la lumière rouge que diffuse l'écran mural où s'affi­chent les cotes de la Bourse de Shanghai. Le crépitement incessant des touches de claviers agace les oreilles : une centaine de Chinois, collés à autant de petits terminaux, tapent frénétiquement des ordres d'achat ou de vente d'actions. Ces gens ordinaires - retraités, ménagères, cols bleus et même un chef coiffé d'une toque - sont venus spéculer dans l'espoir de toucher le gros lot.

Je voulais savoir à quoi rêvent les Shanghaïens. On m'a dit d'entrer dans une banque, au hasard, et de demander « la salle de la Bourse » - une pièce généralement sans fenêtre qui occupe presque tout un étage. Les clients y entrent, enfoncent leur carte bancaire dans un terminal, allument une cigarette et s'élancent avec un frisson dans les montagnes russes du marché chinois.

« J'ai déjà gagné 1 000 yuans [155 dollars] en une semaine. C'est ce que je touche en un mois », lance, sans quitter son écran des yeux, Xu Qi Can, 24 ans, serveur dans un restaurant tout près de là. Chaque jour, il prend sa pause de l'après-midi pour venir jouer son maigre salaire, comme il le ferait au casino. Car les Shanghaïens parient sans cesse. Un titre flambe soudainement ? Ils achètent ! Son prix chute dans la même journée ? Ils s'empressent de vendre ! « Si je travaillais dans un bureau, je pourrais utiliser mon ordinateur pour jouer à la Bourse en cachette, dit le serveur. Tout le monde le fait. »

S'enrichir, le plus vite possible. C'est le mantra de la majorité des 20 millions d'habitants de Shanghai, le souffle qui anime cette pointe de terre hérissée de gratte-ciel à peine plus grande que la région métropolitaine de Montréal.

Le symbole de cette mégapole est la Perle de l'Orient, une tour de télévision plantée en 1995 sur la rive est du Huangpu, petit fleuve qui divise la ville en deux. Cette flèche futuriste pointée vers le ciel évoque un vaisseau spatial prêt à décoller. Elle est la promesse d'un avenir meilleur pour 1,3 milliard de Chinois, dont la moitié vit toujours dans la pauvreté. « Regardez autour, clame-t-elle du haut de ses 468 m. Ce que vous voyez est l'exemple à suivre. L'avenir de la Chine ! » Ce que l'on voit, ce sont les tours d'acier de Lujiazui, le Wall Street chinois, dont les têtes disparaissent dans l'épais brouillard hivernal. Des autoroutes surélevées qui se chevauchent et s'entremêlent comme des serpents dans un panier. Des carrefours illuminés d'ensei­gnes clignotantes et d'écrans géants. Et des Chinois, vêtus à l'occidentale, qui marchent d'un pas rapide, le cellulaire collé à l'oreille, dans ce Manhattan sorti de terre en moins de 20 ans.

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