Istanbul sent le diésel, le kébab... et l’argent. Le pays offre les occasions d’affaires les plus alléchantes d’Europe. Comment un État en faillite il y a 10 ans peut-il aujourd’hui dépasser la Chine ? Une histoire de jeunesse, d’audace et de bon gouvernement.

Les paysages lunaires de la Cappadoce, la Mosquée bleue d'Istanbul, les stations balnéaires d'Izmir... Les touristes - 27 millions en 2009 ! - affluent en Turquie pour contempler toutes ces beautés. Pour sa part, Burak Aktas, récemment rentré chez lui après 10 années au Canada, est séduit par... les gratte-ciels tout neufs qui luisent sous le soleil dans le quartier des affaires d'Istanbul !
Dans sa salle de conférences, au 16e étage de la tour Tekfen, le représentant d'Exportation et développement Canada (EDC) en Turquie est excité comme un gamin dans un magasin de jouets par l'effervescence qui agite son pays. Ce gaillard de 40 ans au crâne rasé et aux yeux bleus comme la Méditerranée imagine déjà l'un des deux centres-villes que le gouvernement promet de construire d'ici l'an prochain à Istanbul, pour « sauver » les 15 millions de Stambouliotes du prochain séisme qui menace.
Le prétexte fait sourire Burak Aktas. « La ville n'a plus d'autre choix que de s'agrandir pour loger tous les nouveaux arrivants. C'est une autre Istanbul que l'on reconstruit, en plus moderne. »
Istanbul, moteur économique de ce pays de 74 millions d'habitants, sent les kébabs, les marrons grillés et les effluves de narguilé. Mais aussi, ces temps-ci, la poussière, le diésel, la sueur et, de plus en plus, l'argent. Et ce, à peine 10 ans après la crise financière de 2001.
Une trentaine d'édifices et de gratte-ciels sont actuellement en construction en Turquie, la majorité à Istanbul. Le plus imposant, le Diamond of Istanbul, une tour de 53 étages conçue pour résister au pire tremblement de terre, sera la plus haute d'Europe au terme de sa construction, l'an prochain. Dans le quartier de Levent, où sont logés les sièges sociaux de plusieurs multinationales, la plupart des gratte-ciels n'étaient pas là il y a cinq ans.
Lors de sa dernière campagne électorale, le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, a promis un canal de 50 km reliant la mer de Marmara à la mer Noire, pour désengorger le détroit du Bosphore, par où des dizaines de milliers de navires transitent annuellement. Le concept comprend un nouvel aéroport, un port, des tours de logements et de bureaux... Sans compter le troisième pont prévu sur le Bosphore, plus le chantier Marmaray, un tunnel ferroviaire creusé sous ce même détroit. Le tunnel, qui devait être inauguré en 2010, a quatre ans de retard, les ouvriers ne cessant de découvrir des vestiges de l'époque de Byzance.
LA TURQUIE EN CHIFFRES
Population : 75 millions d'habitants
Croissance : + 8,9 % en 2010
PNB par habitant : 10 079 dollars
Déficit public : 3,4 % du PIB en 2010
Dette publique : 41,7 % du PIB en 2010
Inflation : 8,6 % en 2010
Taux de chômage : 11,5 % au premier trimestre 2011





