La Baie-James a donné au Québec son indépendance hydroélectrique. En Nouvelle-Calédonie, un chantier minier, dirigé par un Canadien, pourrait valoir aux insulaires leur indépendance… tout court !

La route qui monte vers le nord suit les courbes du littoral. On distingue, sur la gauche, les eaux turquoise du lagon, un joyau inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco. Sur la droite se dressent les flancs d'une imposante chaîne montagneuse. De grands domaines se succèdent, offrant le même spectacle de vaches en train de paître sous un soleil de plomb. À l'entrée d'Oundjo, village où vit une des 341 tribus du territoire, des pêcheuses de crabes, dans leurs robes traditionnelles colorées, vendent le fruit de leur sortie matinale dans la mangrove. Nous sommes en Nouvelle-Calédonie, archipel situé à l'est de l'Australie, où le chef se nomme Nicolas Sarkozy et où la France s'appelle la « métropole ».
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Brutalement, une tache apparaît dans ce décor de carte postale : un des massifs de la chaîne, le Koniambo, balafré, est assiégé par des camions soulevant de grands nuages de poussière sur leur passage. C'est Vavouto, le chantier industriel de Koniambo Nickel SAS (KNS), la plus grande usine-mine métallurgique au monde. À partir de la mi-2012, on y exploitera pendant au minimum 25 ans l'un des plus riches gisements de nickel de la planète. Car l'île n'est pas surnommée « Le Caillou » pour rien : son sous-sol abrite le quart des réserves mondiales de nickel. L'exploitation de ce métal n'est pas qu'un espoir de richesse pour les 245 580 habitants de l'archipel. C'est aussi un symbole d'indépendance. Et à la tête de ce grand chantier se trouve un ingénieur, né il y a 53 ans à 14 000 km de là, au pied de la Pente-Douce, à Québec.
« C'est mon plus grand défi, dit Denis Lachance, président de Koniambo Nickel SAS. Car c'est un dossier politique dans un contexte d'aspirations indépendantistes. Je suis en dehors de ma zone de confort. »
Possession française depuis 1853, la Nouvelle-Calédonie progresse aujourd'hui vers l'autonomie. La poussée indépendantiste est celle des Kanaks, c'est-à-dire des autochtones de la Nouvelle-Calédonie. Leurs revendications ont d'abord été d'ordre culturel, puis de plus en plus d'ordre politique. Deux camps s'affrontent : les Kanaks et les « Caldoches » (surnom donné aux habitants d'origine européenne, asiatique et polynésienne, entre autres). Les indépendantistes et les loyalistes. Le Nord rural, peu peuplé (18 % de la population, à 78 % d'origine kanake), et le Sud, industriel et populeux (74 % de la population, à 44 % d'origine européenne).
De 1984 à 1988, les affrontements entre Kanaks et Caldoches prennent une tournure violente. Les accords de Matignon (1988) ramènent la paix, en prévoyant, notamment, un rééquilibrage politique, économique et social entre les trois provinces du territoire. Ceux de Nouméa (1998) prévoient un transfert progressif des pouvoirs à la Nouvelle-Calédonie et un référendum entre 2014 et 2018.





