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Zimbabwe : despote en sursis ?


28 Mars 2011

Après 30 ans de dictature, les Zimbabwéens sont las. La révolte en Égypte et en Tunisie saura-t-elle inspirer ce peuple qui rêve de se débarrasser de son président, Robert Mugabe ?

Zimbabwe : despote en sursis ?
Photo : Tsvangirayi Mukwazhi/AP/PC

Alors qu'elle s'éloigne de Harare, capitale du Zimbabwe, sur une route où l'asphalte cède peu à peu du terrain aux crevasses, Jenni Williams, 48 ans, s'apprête à appeler une amie.

Où qu'elle aille, elle garde son téléphone à portée de main et, à intervalles réguliers, envoie un message pour signaler sa position.

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La fondatrice de Women of Zimbabwe Arise (WOZA), organisation qui invite les femmes zimbabwéennes à se mobiliser pour la défense de leurs droits, est toujours sur ses gardes. Bête noire du régime du dictateur Robert Mugabe, elle a été arrêtée plus de 30 fois déjà. « Pour le moment, la situation est plutôt calme, dit-elle. Mais si des élections ont lieu dans les prochains mois, les violences reprendront. Mugabe n'a aucune intention de passer la main. »

Ces élections, dont la date n'a pas encore été fixée, le président Mugabe les veut pour se débarrasser du gouvernement d'unité nationale que lui a imposé la communauté internationale en février 2009. Nombre des 12 millions d'habitants les espèrent, eux... pour se débarrasser de Mugabe. Mais ils sont de moins en moins nombreux à lutter pour détrôner le despote de 86 ans, au pouvoir depuis trois décennies. Seuls quelques résistants ont encore la force de se battre.

La population du pays est épuisée. Depuis le milieu des années 2000, la crise alimentaire, les arrestations et la torture des opposants au régime, les manipulations des urnes ont eu raison des espoirs de changement d'une très grande majorité des Zimbabwéens.

Selon les estimations les plus souvent avancées, trois millions de personnes auraient fui le pays ces dernières années. Soit près d'un habitant sur quatre. « Et ceux qui restent se tiennent généralement éloignés de la politique », affirme Bev Clarke, Zimbabwéenne blanche de 46 ans, qui gère un site Internet pour la défense des droits de la personne. « Les gens sont terrorisés. Pour la plupart, la tenue d'élections est vue avant tout comme une nouvelle source de problèmes. »

Jenni Williams fait partie des irréductibles. Silhouette robuste, front large et regard déterminé, cette métisse semble avoir la révolte dans les gènes. Son grand-père maternel était un activiste de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) qui a émigré à l'époque où le Zimbabwe s'appelait encore la Rhodésie du Sud et était sous domination britannique. Sa grand-mère appartenait à l'ethnie minoritaire des Matabélés, longtemps persécutée par les autorités.

À 16 ans, Jenni Williams doit quitter l'école pour aider sa mère à élever ses six frères et sœurs. Lorsque le pays accède à l'indépendance, en 1980, elle espère que les conditions de vie vont enfin s'améliorer pour la population noire. Au fil des années, ses espoirs s'écroulent.

Robert Mugabe, libérateur adulé par son peuple, se transforme en tyran, s'accrochant à son siège par tous les moyens, quitte à plonger le pays dans le marasme économique et la violence. Pendant que la population meurt de faim, la première dame fait des virées de magasinage aux quatre coins de la planète. Et le pays enregistre l'un des plus mauvais scores africains de l'indice de perception de la corruption de Transparency International.

 

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À Harare, la capitale, la situation est calme, mais les violences
reprendront s'il y a des élections, car Robert Mugabe (à gauche)
s'accroche. Résistance irréductible, Jenni Williams (à droite) compte
bien, elle, poursuivre son combat.

Photos : G. Vanden Wijngaert et Susan Walsh / AP / PC

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