Avec ses 900 Afghans, Sherbrooke abrite la deuxième communauté afghane en importance au Québec ! Histoire d’une intégration réussie.

Le téléphone sonne sans arrêt. Calé dans son vieux fauteuil de bureau, Shah Ismatullah Habibi prend le combiné, le coince entre l’oreille et l’épaule, puis discute en dari, l’une des deux langues officielles de l’Afghanistan. « C’était un [compatriote] réfugié en Iran », me dit, après avoir raccroché, cet Afghan d’origine et directeur de l’Association éducative transculturelle, organisme de Sherbrooke qui parraine des réfugiés. « Il veut immigrer ici. » À Sherbrooke, vraiment ? Pourquoi pas!
Avec quelque 900 habitants originaires d’Afghanistan, la capitale estrienne accueille la deuxième communauté afghane du Québec, après le grand Montréal. Et c’est en partie grâce à Shah Ismatullah Habibi et à son association, qui soutient financièrement les réfugiés pendant un an (au moyen de parrains) et les aide notamment à trouver un appartement ou à s’inscrire à des cours de français. À la condition, entre autres, qu’ils restent en Estrie durant cette période.
Shah Ismatullah Habibi, sa femme et leurs quatre enfants figurent parmi les premiers Afghans arrivés à Sherbrooke, en 1993. La famille a fui Kaboul, capitale de l’Afghanistan (alors sous occupation russe), pour se réfugier en Inde pendant cinq ans, avant de s’installer au Québec.
Depuis, Shah Ismatullah Habibi, 48 ans, est devenu un modèle d’intégration. En 2001, il a reçu un Prix québécois de la citoyenneté, remis par le gouvernement du Québec, pour ses efforts visant à rapprocher les communautés afghane et estrienne. Il siège notamment au conseil d’administration du Festival des traditions du monde de Sherbrooke et au Conseil des relations interculturelles du Québec, qui fait des recommandations à la ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Yolande James. Des élus locaux, comme la ministre Monique Gagnon-Tremblay (députée de Saint-François), le consultent à l’occasion.
Même les Forces armées canadiennes l’ont recruté ! L’automne dernier, Shah Ismatullah Habibi a offert une formation sur la culture afghane aux militaires de Valcartier qui partiront pour Kandahar en mars ou avril. Il a aussi servi de conseiller culturel aux troupes canadiennes à Kaboul lors d’un séjour de trois mois, en 2003.
Cheveux d’un noir de jais, comme son long manteau et sa Mercedes 500 de 1994 (achetée d’occasion dans un encan, précise-t-il), Shah Ismatullah Habibi est le phare de sa communauté, laquelle est plutôt discrète. « Les immigrants afghans ne vivent pas en ghetto à Sherbrooke », dit ce musulman chiite. Ils habitent dans divers quartiers, surtout dans l’est de la ville, où se trouve notamment le cégep, qui offre des cours d’apprentissage du français gratuits auxquels les Afghans s’inscrivent. Pas la peine de chercher des restaurants de kebabs (brochettes afghanes). Les quelques restaurateurs afghans font dans la cuisine canadienne !
« Elle est bonne, hein ? » Ehsanuddin Adelyar, 46 ans, pointe du menton la pizza qu’il m’a concoctée. Cet ancien propriétaire d’un restaurant à Kaboul ne connaissait rien de ce plat lorsqu’il a immigré à Sherbrooke, en 2001, avec sa femme et leurs quatre enfants. C’est maintenant l’une de ses spécialités.






