Guillaume Simoneau et les photos de la sergente Caroline

Love and War, Les territoires (Édifice Belgo), à Montréal, jusqu’au 23 avr., 514 789-0545.

20 love and warGuillaume Simoneau expose ce mois-ci une série d’images qui a remporté le prix Flash Forward de la fondation Magenta, de Toronto. Love and War témoigne, en 28 photos prises sur huit ans, de la vie affective d’une sergente de l’armée américaine avant, pendant et après son affectation en Irak. Elle s’appelle Caroline Annandale. Guillaume en a été amoureux.

« J’ai réalisé ces photos de façon instinctive et nonchalante toutes les années où j’ai côtoyé Caroline. Elle a été ma copine un temps, puis elle s’est mariée, s’est engagée dans l’armée, est revenue d’Irak dans un état de stress post-traumatique. On s’est remis ensemble pendant une courte période, invivable. Le corpus fait le récapitulatif de notre relation : de notre rencontre, quand elle avait 16 ans, jusqu’à la rupture définitive, alors qu’elle en avait 25. »

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C’est un amateur de disques de vinyle, un dictionnaire ambulant, un connaisseur en bonsaïs, un curieux des insectes, un hypnotiseur de homards, qu’il endort en les posant sur la tête. C’est surtout un photographe qui, dans ses clichés, convoque l’instant où la puissance d’un être le dispute à sa vulnérabilité.

Guillaume Simoneau expose ce mois-ci une série d’images qui a remporté le prix Flash Forward de la fondation Magenta, de Toronto. Love and War témoigne, en 28 photos prises sur huit ans, de la vie affective d’une sergente de l’armée américaine avant, pendant et après son affectation en Irak. Elle s’appelle Caroline Annandale. Guillaume en a été amoureux.

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Photo : Guillaume Simoneau

« J’ai réalisé ces photos de façon instinctive et nonchalante toutes les années où j’ai côtoyé Caroline. Elle a été ma copine un temps, puis elle s’est mariée, s’est engagée dans l’armée, est revenue d’Irak dans un état de stress post-traumatique. On s’est remis ensemble pendant une courte période, invivable. Le corpus fait le récapitulatif de notre relation : de notre rencontre, quand elle avait 16 ans, jusqu’à la rupture définitive, alors qu’elle en avait 25. »

Ne faut-il pas une bonne dose d’exhibitionnisme pour étaler ainsi sa vie privée ? Sur un tirage, on lit une lettre que vous avez adressée à Caroline.

Pour conclure cette histoire rocambolesque et, à la fin, dysfonctionnelle, j’avais besoin, pour m’en exor­ciser, de m’exposer sans retenue. Mais cela reste une démarche artistique exprimant, comme dans mes autres travaux, une charge politique.

Que voulez-vous documenter, au-delà de votre histoire intime ?

Je veux montrer, de façon non journalistique, comment la guerre et la militarisation ont conditionné la pensée d’une jeune femme et bouleversé sa vie à tous les niveaux. Vous rendez-vous compte que Caroline a suivi une formation pour devenir une machine de guerre ? Quand elle est revenue à la maison, brisée jusqu’au fond d’elle-même, elle a reçu le respect de sa communauté, mais au prix de traumatismes irréversibles.

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Photo : Guillaume Simoneau

Cette série fut sûrement plus éprouvante à produire que la précédente ?

After Prom porte sur l’après-bal des finissants, moment symbolique où tout est possible et où l’on n’a aucune idée de ce qui nous attend. Pendant huit ans, j’ai photographié les finissants de la polyvalente de Lévis, où j’ai étudié. [Un livre de ces portraits paraîtra sous peu.] Ma prochaine série va s’intéresser aux gens qu’une décision amène à changer radicalement de vie.

Qu’est-ce qui rassemble vos œuvres, les caractérise ?

Je ne tiens pas à ce que l’on me définisse, je ne veux pas tomber dans une répétition esthétique qui fait qu’on reconnaîtra ma signature. J’envisage, pour chaque corpus, un angle, une poésie, un lyrisme, une façon nouvelle de faire dialoguer le spectateur avec mes images.

À l’heure où tout le monde fait de la photo, qu’est-ce qui fait sa qualité ?

Sa résonance, le point de vue de l’auteur, son talent pour raconter une histoire. Dans le monde de la photo contemporaine, on se demande, à l’ère des portails comme Flickr, comment opposer le sens et la force du regard à la surabondance des images.

Photo : Jocelyn Michel

Photo : Jocelyn Michel

Vous vouliez devenir biologiste. Qu’est-ce qui vous a fait changer d’idée ?

Quand j’ai découvert que la photo, ce n’était pas d’apporter son film à la pharmacie pour qu’il soit développé, mais de composer avec l’espace. J’ai vite éprouvé plus de plaisir dans une chambre noire que dans un labo.

Love and War, Les territoires (Édifice Belgo), à Montréal, jusqu’au 23 avr., 514 789-0545.

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