À quand le diplôme équitable ?

La hausse des frais de scolarité ne fait pas l’affaire des étudiants. En contrepartie des avantages que ces jeunes tireront de leur diplôme universitaire, sommes-nous malvenus de leur demander d’augmenter un peu leur contribution ?

par Pierre Fortin
À quand le diplôme équitable ?

Photo : Paul Chiasson / PC

Quand on est fraîchement diplômé du secondaire, à 17 ans, il y a un prix à payer pour poursuivre ses études pendant cinq autres années, jusqu’au bac, plutôt que de quitter l’école tout de suite pour entreprendre sa carrière. L’étudiant doit au départ renon­cer au revenu d’un travail à temps plein toute l’année. Il y a aussi les droits de scolarité et autres frais à payer. Au cégep, c’est presque gratuit, mais à l’université, la facture de l’étudiant atteint un total de 9 000 dol­lars pour les trois années qui mènent au bac.

En contrepartie, Ottawa et Québec accordent un crédit d’impôt à l’étudiant ou à sa famille. En outre, si les moyens financiers de l’étudiant sont limités, celui-ci a droit à l’aide financière du ministère de l’Éducation : 40 % des étudiants de baccalauréat obtiennent un prêt, une bourse ou les deux.

Les gains sont récoltés par la suite. Plus on est scolarisé, mieux on est rémunéré. Au Qué­bec, en 2008, le salaire annuel moyen du diplômé universitaire a été de 52 700 dollars ; le salaire du titulaire d’un diplôme d’études secondaires (DES), de 38 900 dollars. L’avan­tage du diplômé universitaire est de 40 %. Sans compter qu’il est deux fois moins souvent au chômage.

Au total, étudier est très payant. Même s’il a entrepris sa carrière cinq ans plus tard, le diplômé universitaire gagnera, dans l’ensemble de sa vie active, un million de dollars (750 000 dollars après impôt) de plus que le diplômé du secon­daire. Tout compte fait, le diplômé universitaire obtient un taux de rendement annuel de 19 % (16 % après impôt) pour l’investissement qu’il a fait dans ses études. Compte tenu des taux d’intérêt actuels sur les marchés (moins de 4 %), on conviendra qu’il s’agit d’un rendement exceptionnel.

Un élément déterminant de ce rendement élevé est que l’étudiant paie 10 % du coût réel de ses études. Il débourse 9 000 dollars, alors qu’il en coûte 90 000 au cégep et à l’université pour lui offrir les cinq années d’études après le DES. Ce sont les deux ordres de gouvernement, et principalement celui du Québec, qui absorbent le gros de la facture. En fait, en proportion de nos moyens financiers, l’effort de notre secteur public en faveur de l’enseignement universitaire est le plus élevé de la planète, juste derrière celui du Danemark et celui de la Norvège.

L’investissement dans l’éducation universitaire fait de la minorité que représentent les 28 % de jeunes qui obtiennent un diplôme de baccalauréat le groupe qui sera, dans l’avenir, le plus hautement rémunéré de la société. Or, l’argent versé aux établissements universitaires et collégiaux par les États provient des impôts et taxes payés par tous les contribuables. Cela veut dire que, dans les faits, la majeure partie du coût réel des études de cette minorité – 55 000 dollars sur les 90 000 – est payée par la grande proportion (72 %) des familles dont les enfants n’auront pas cet avantage.

Va pour le cadeau. Mais en toute logique, s’il est démontré qu’il faut vraiment augmenter le budget annuel con­sacré aux universités, la société ne serait pas malvenue de demander aux principaux bénéficiaires du système de hausser leur contribution. On pourrait, par exemple, porter cette contribution de son niveau actuel de 10 % du coût réel des études à 17 %. C’est le pourcentage du coût réel des services de garde qu’on demande aux parents de verser aux CPE. La facture étudiante à l’université passerait de 3 000 à 5 000 dollars par année. Ailleurs au Canada, elle est de 7 000 dollars.

Ça ne serait pas la fin du monde. Le taux de rendement de l’inves­tissement engagé par l’étudiant dans ses études universitaires diminuerait à peine. Il passerait de 19 % à 18 % (de 16 % à 15 % après impôt). La hausse des droits de scolarité détournerait-elle certains étudiants moins fortunés des études universi­taires ? Heu­reu­sement, rien ne permet de le croire. Il suffirait de réajuster le régime des prêts et bourses du ministère de l’Éducation en propor­tion, de multiplier les bourses au sein même des universités en puisant dans les fonds sup­plémentaires récoltés et d’adap­ter ensuite le rythme de remboursement de la dette d’études au revenu du diplômé une fois qu’il aura entrepris sa carrière.

tableau-diplomes-universitaires

En fait, comme le révèle le tableau ci-dessus, les jeunes Québécois ne souffrent pas principalement d’un problème d’accès aux études universitaires, mais bien plutôt d’un problème de persévérance jusqu’au diplôme.

 

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