Il faut sauver nos rentes !

La caisse du Régime de rentes du Québec sera à sec d’ici 2039. Il faut corriger la situation immédiatement, car tout retard à agir rend la correction plus coûteuse et inéquitable. Voici pourquoi.

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Il faut sauver nos rentes !

Photo : iStockphoto

Au Canada, il y a deux régimes de rentes publics à peu près équivalents : le Régime de rentes du Québec (RRQ), pour les Québécois, et le Régime de pensions du Canada (RPC), pour les autres Canadiens. Les deux perçoivent des cotisations auprès des travail­leurs et des employeurs. Celles-ci servent ensuite à verser des presta­tions aux invalides, aux retraités ainsi qu’aux conjoints survivants et aux orphelins.

Actuellement, le montant des cotisations que les deux régimes perçoivent dépasse celui des prestations. L’excédent est déposé dans une réserve, qui est investie dans des titres financiers. On en tire habituellement des revenus de pla­cement, qui s’ajoutent aux cotisations. Mais comme on l’a vu en 2008, on essuie parfois des pertes sur les placements.

La solidité d’un régime de retraite varie selon le nombre d’années de prestations que sa réserve peut financer. Le graphique ci-contre illustre l’évolution de la réserve de chacun des deux régimes de 2000 à 2060. Il présente les projections de leurs actuaires en chef respectifs.

Du côté québécois, les perspectives ne sont pas bonnes. Sous la législation actuelle, le Régime de rentes du Québec se dirige vers la faillite. À partir de 2025, la somme des cotisations et des revenus de placement sera insuffisante pour assurer le financement des pres­tations. Le Régime sera obligé de puiser dans sa réserve, qui sera complètement vide en 2039.

À l’inverse, la viabilité financière du régime canadien est quasiment assurée jusqu’à la fin du 21e siècle. Les cotisations et les revenus de placement suffiront à couvrir les prestations. La réserve augmentera même un peu plus vite que les prestations. Dans la seconde moitié du siècle, elle équivaudra à cinq fois le montant annuel des prestations à verser.

Pourquoi le Régime de rentes du Québec est-il menacé de faillite, alors qu’avec les mêmes paramètres le Régime de pensions du Canada tra­ver­sera le 21e siècle sans encombre ? Les récents déboires finan­ciers de la Caisse de dépôt, qui gère la réserve du régime québécois, en seraient-ils la cause ? Partiel­lement. Sans les pertes sur placement hors du commun subies en 2001, 2002 et 2008, il y aurait actuellement six milliards de dollars de plus dans la caisse. Cela retarderait l’épuisement de la réserve, mais n’empêcherait pas la faillite. Celle-ci se produirait alors en 2045 plutôt qu’en 2039.

Le problème fondamental, c’est le vieillissement marqué de la population au Québec. En proportion du nombre de retraités, nos travailleurs cotisants seront en moyenne 15 % moins nombreux que ceux des autres provinces au cours des prochaines décennies. Les jeunes du Québec n’auront tout simplement pas le poids du nombre pour assurer la survie financière de notre Régime de rentes.

Il y a seulement deux moyens de le rendre solvable : augmenter le taux de cotisation ou réduire le volume des prestations. Si on adopte le premier, il faudra que, dès janvier 2012, le travailleur qué­bécois et son employeur paient à eux deux 25 dollars en moyenne de plus par mois en cotisations. Du côté des prestations, on pourrait, comme plusieurs pays l’ont fait, augmenter de deux ans l’âge d’admission à la rente de retraite.

Si on choisissait d’augmenter les cotisations, mais qu’on attendait à 2022 pour le faire, c’est une hausse mensuelle de 50 dollars, et non de 25, qu’il faudrait alors appliquer pour éviter la faillite. En outre, si on reportait l’augmentation à 2022, les futurs bénéficiaires de prestations actuellement âgés de 55 à 65 ans ne participe­raient pas à l’effort collectif pour renflouer la caisse. La totalité de la facture serait refilée aux générations plus jeunes.

Rétablir la solvabilité du Régime de rentes du Québec doit précéder tout débat sur son amélioration ou sur l’addi­tion de nouveaux régimes, comme ceux que proposent le gouvernement fédéral ou l’ancien ministre Claude Caston­guay. Avant d’ajouter un étage à la maison, il faut s’assurer que les fondations tiennent.

 

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Pierre Fortin est professeur émérite à l’UQAM et chercheur au Centre interuniversitaire sur le risque, les politiques économiques et l’emploi (CIRPEE).

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