Indexer les droits de scolarité comme le prix du lait

Il faut indexer les droits de scolarité non pas sur l’indice des prix à la consommation, mais sur le coût de la formation universitaire.

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Photo : Graham Hughes/PC

La première ministre Pauline Marois vient d’annuler la hausse des droits de scolarité universitaires fixée par le gou­vernement de Jean Cha­rest. En même temps, elle dit favoriser leur indexation sur l’indice des prix à la consom­ma­tion (le « coût de la vie »). Ils augmenteraient ainsi d’envi­ron 2 % par année. Comment juger de sa suggestion ?

Actuellement, l’étudiant doit payer 6 504 dollars en droits de scolarité pour une formation universitaire de trois ans au baccalauréat (2 168 dollars par année). Ottawa et Québec lui en remettent près du tiers en crédits d’impôt. La véritable somme que l’étudiant doit finalement débour­ser est de 4 389 dollars sur trois ans. Comme sa for­mation coûte en moyenne 60 000 dol­lars à l’établissement universitaire, sa contribution est de 7,3 % du total. (Je mets ici entre parenthèses le fait que 56 000 étudiants moins fortunés bénéficient en outre de prêts subventionnés et de bourses.)

De leur côté, les fédérations étudiantes exigent un gel qui maintiendrait indéfiniment la facture à 4 389 dollars pour un bac. Le problème, c’est que le coût total de la formation, lui, continuera de grimper. Si la tendance se maintient, il s’élèvera à 90 000 dollars dans 10 ans et à 140 000 dollars dans 20 ans.

Ainsi, dans 10 ans, plutôt que d’être portée à 9,2 % du coût total de la formation, comme le voulait le gouvernement Charest, la contribution étudiante, gelée à 4 389 dollars, glisserait à 4,8 %. Dans 20 ans, elle serait des­cendue à 3,1 %. La conséquence du gel des droits de scolarité est donc de faire cheminer le système vers la gratuité à long terme. Les fédérations étudiantes le savent bien : le fruit finira par tomber de l’arbre. Il suffit d’être patient.

La logique de Pauline Marois est donc incontournable : si on veut stabiliser la contribution des étudiants en proportion du coût de leurs études, il faut indexer les droits de scolarité universitaires. Mais les accrocher à l’indice des prix à la consommation (soit une augmentation de 2 % par année), comme elle y a songé, n’empêcherait pas le poids de cette contribution de diminuer continuellement. Le coût de la formation universitaire tend en effet à progresser de 4,5 % par année, ce qui est bien supérieur à 2 %.

Néanmoins, augmenter les droits de scolarité de 4,5 % par année serait excessif, pour deux raisons. Premiè­rement, ce taux dépasse nettement la hausse du revenu familial, qui a été de 3,5 % par année depuis 15 ans. Aug­men­ter le coût des études plus vite que la capacité de payer des familles n’est pas une bonne idée. Deuxième­ment, il est urgent que les univer­sités québécoises maîtrisent mieux leurs dépenses. Une hausse de 4,5 % par année, c’est trop élevé. Il est impé­ratif de la ralentir et de la limiter à 3,5 % ou moins. Univer­sitaires, cessez de nous casser les oreilles avec la productivité. Commencez par être plus productifs vous-mêmes.

Indexer est plein de bon sens. Mais il faut adapter l’indexation à l’objectif envisagé. Prenons l’exemple du lait, aussi important pour le développement physique des jeunes que l’éducation l’est pour leur développement intellectuel. Afin de suivre le coût de production, la Régie des marchés agricoles et alimentaires a augmenté le prix du lait de 3,2 % depuis 15 ans. La même logique commande que les droits de scolarité soient indexés non pas sur les prix à la consommation, mais sur le coût de la formation universitaire. On fera ainsi d’une pierre deux coups : ça stabilisera la part étudiante et ça mettra de la pression sur les universités pour qu’elles maîtrisent leurs coûts.

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Entendu à la poissonnerie Chez Louise, à L’Isle-Verte : « Ceux qui marchandisent l’éducation, c’est ceux que l’université enrichit et
qui veulent nous faire absolument tout payer ! »

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