Le Québec vit-il aux crochets du Canada ?

Les contribuables du Québec ont payé 68 milliards de dollars en impôts et taxes à l’État québécois et aux municipalités en 2009. S’ils leur avaient versé le même pourcentage de leur richesse collective que les autres Canadiens, le total n’aurait été que de 45 milliards. Comment expliquer que les Québécois aient payé 23 milliards de plus (6 600 dollars par famille) ?

par Pierre Fortin
Le Québec vit-il aux crochets du Canada ?

Photo: 123RF

Selon les Comptes économi­ques provinciaux, publiés par Statistique Canada, il y a cinq causes principales.

La première est que nous payons pour nos vieux péchés. Depuis 50 ans, le Québec s’est endetté beaucoup plus que les autres provinces. Cela le force à verser chaque année à ses bailleurs de fonds six milliards de dollars de plus en intérêts que si le poids de sa dette était resté au niveau de la moyenne canadienne. Ce sont six milliards de moins de nos impôts et taxes que nous pouvons consacrer aux services publics. C’est frustrant pour tout le monde, mais on n’y peut rien.

La deuxième cause est que nos infrastructures sont aux soins intensifs. Après des décennies de négligence en matière d’entre­tien, nos ponts, nos routes, nos écoles, nos hôpitaux et nos aqueducs étaient en décrépitude. Il a fallu accélérer les réparations pour les maintenir en service, voire dans certains cas éviter des pertes de vies. Comme nous sommes en mode rattrapage, nos investissements en infrastruc­tures ont dépassé la moyenne des autres provinces de plus de cinq milliards en 2009.

La troisième cause est que le Québec est devenu une sorte de « paradis fiscal des familles ». Il se démarque des autres pro­vinces canadiennes par son soutien financier plus important aux familles, son régime de congés parentaux plus généreux et son programme de garderies à sept dollars. Pour financer ces programmes, le Québec a dépensé, en 2009, quatre milliards de dollars de plus que la moyenne des autres provinces.

La quatrième cause est que l’aide financière de l’État aux entreprises et aux organismes est proportionnellement plus abondante au Québec que dans les autres provinces. Le répertoire du ministère du Dévelop­pement économique du Québec, notamment, comprend 191 programmes distincts d’aide aux entreprises. En 2009, il y a eu pour trois milliards de dollars d’aide de plus que la moyenne canadienne.

La cinquième cause est que nos municipalités paient très bien leurs employés. La rémunération horaire globale (salaires et avantages sociaux) de ces derniers dépasse de 40 % celle des fonctionnaires provinciaux, selon l’Institut de la statistique du Québec. Cela ajoute 1,5 milliard de dollars par année à leur masse salariale et, par conséquent, à nos impôts fonciers.

Les transferts fédéraux aident le Québec à financer ces dépenses. En 2009, grâce aux paiements de péréquation, le Québec a obtenu en transferts fédéraux un milliard de dollars de plus que ne pouvait le justifier sa stricte part de la richesse canadienne. Néanmoins, il est clair que ce sont les 23 milliards de nos impôts et taxes en surplus, et non pas le milliard du fédéral, qui financent principalement les dépenses supplémentaires du Québec.

Ailleurs au Canada, on affirme souvent d’un air entendu que si les Québécois se paient plus de services publics que les autres Canadiens, c’est parce que l’État québécois vit aux crochets du fédéral. Vous savez maintenant que cette affirmation est de la bouillie pour les chats. Que l’État dépense plus au Québec est indéniable. Mais en 2009, les transferts fédéraux n’ont contribué à payer son excédent de dépenses qu’à hauteur d’un milliard. Ses impôts et ses taxes, à hauteur de 23 milliards.

 

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