Applebaum sur une glace mince

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Le maire de Montréal, Michael Applebaum, patine du mieux qu’il peut pour rester dans le peloton de tête des politiciens municipaux les plus intègres, mais il avance sur une glace printanière de plus en plus mince. Cet automne, quand la joute politique comptera vraiment, lui restera-t-il encore de l’élan?

L’équipe d’Enquête a réitéré cette semaine, sources à l’appui, que M. Applebaum faisait l’objet d’une enquête de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) pour des changements de zonage douteux au profit de la mafia dans son arrondissement de Côte-des-Neiges — Notre-Dame-de-Grâce. Ce n’est pas la première fois que des journalistes s’intéressent au rôle de M. Applebaum dans cette affaire. Cette fois, Radio-Canada avance des noms et des montants.

Alors que M. Applebaum cumulait les chapeaux de maire d’arrondissement, président du Comité consultatif en urbanisme et courtier immobilier, un terrain situé à l’angle du boulevard Décarie et de Côte Saint-Luc a été vendu 50 000 $ au promoteur immobilier Lee Lalli, un proche de la  mafia. La valeur du terrain a explosé grâce à trois changements de zonage consécutifs. Lalli l’a revendu 4,5 millions en 2007.

Un autre proche de la mafia, Tony Magi, convoitait le terrain. Vito Rizzuto a donc servi d’arbitre pour régler le différend entre les deux promoteurs, lors d’une rencontre tenue au restaurant… La Cantina.

Selon Lee Lalli, Michael Applebaum lui avait dit bien avant l’achat qu’il envisageait de construire un hôtel de ville en partenariat public-privé sur le site. Finalement, une résidence pour personnes âgées y a été érigée.

M. Applebaum nie avoir transmis des informations privilégiées à un promoteur proche de la mafia. «J’ai donné jamais aucune information privilégiée à aucune personne sur qu’est-ce que la ville va faire», a-t-il dit.

L’histoire ne s’arrête pas là. Lee Lalli a organisé une activité de financement d’Union Montréal à la Cantina, le 28 août 2003, en présence de Michael Applebaum, l’ex maire Gérald Tremblay, son frère Marcel, et l’ex président du comité exécutif, Frank Zampino. Mon ex collègue Kathleen Lévesque et moi avons révélé cette histoire en janvier dernier. Déjà à l’époque, il était de notoriété publique que la Cantina était un restaurant très fréquenté de la mafia. L’activité de financement, qui a rapporté 12 500 $ à Union Montréal, a été tenue à la même époque où Lee Lalli cherchait à mettre la main sur le précieux terrain. Quelle étrange coïncidence.

Les enquêteurs de la commission Charbonneau ont rencontré Lee Lalli. Son témoignage serait fort utile pour contrebalancer les dénégations creuses du maire Applebaum. À la condition, bien sûr, de ne pas nuire à l’UPAC.

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