Encore les Hells Angels

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Les Hells Angels reviennent en force dans l’actualité. Dur de leur passer le k.o.

Cette semaine, Le Journal de Montréal révélait qu’un membre du gang de motards avait retenu les services du défunt lobbyiste Gilles Varin pour aider une entreprise sous le contrôle des Hells, L.M. Sauvé, à obtenir le contrat de réfection de l’édifice de l’Ouest du Parlement fédéral! Et La Presse rapportait que le gang avait berné la Régie des alcools, des courses et des jeux pour blanchir les profits de ses activités illicites.

On est loin des folkloriques parades en Harley-Davidson par une bande de tatoués hirsutes. Depuis la rafle de printemps 2001, les Hells Angels ont appris les rudiments des affaires.

Sous l’ère de Maurice «Mom» Boucher, les Hells Angels étaient plus occupés à asseoir dans le sang un monopole sur la vente de drogue qu’à gérer leurs actifs. La «banque» des Nomads (l’escouade de guerre des Hells Angels) était située dans un immeuble d’Anjou. L’argent comptant circulait à flots dans… des boites à chaussures. Aucune enveloppe brune, semble-t-il, n’était assez grande pour les profits de ces redoutables trafiquants.

La nouvelle génération, qui a comblé le vide après l’opération printemps, a imité la mafia dans ce qu’elle sait faire de mieux: infiltrer l’économie légale. Normand «Casper» Ouimet, motard élusif, aurait tenté de prendre le contrôle du secteur de la maçonnerie à Montréal, en exploitant les vulnérabilités de l’entrepreneur Paul Sauvé. Il aurait retenu les services de Varin pour le contrat du Parlement, en 2008 et 2009. Un lobbyiste à la solde des Hells. Que de chemin parcouru pour les motards assez rusés pour laisser leur Harley-Davidson dans le garage.

Normand Ouimet est un motard singulier qui avait ses entrées au sein de la FTQ-Construction. Il est en attente de deux procès: un premier pour 22 meurtres (résultat de sa participation alléguée à la guerre des motards) et un second pour fraude et gangstérisme (en lien avec sa prise de contrôle de la maçonnerie).

Son cas n’est pas isolé. Selon le témoignage d’un policier de la Sûreté du Québec (SQ) devant la RACJ, des membres des Hells Angels et leurs associés avaient pris le contrôle de l’entreprise XMMA, un promoteur de combats d’arts martiaux mixtes, de 2007 à 2009. Ils auraient profité du manque de vigilance de la RACJ pour blanchir les profits de la vente de drogue.

Coïncidence, ces enquêtes sont publiées au moment où la tenue des mégaprocès découlant de l’opération SharQc traversent une zone de turbulence. Quatre ans après l’arrestation de 131 membres ou associés des Hells (une opération printemps à la puissance 3) pour leur participation à la guerre des motards et au trafic de drogue, aucun procès n’a encore eu lieu. Un premier groupe d’accusés appartenant à la branche de Sherbrooke devraient être jugés en septembre prochain.

Les juges de la Cour supérieure ont rendu des décisions controversées dans le dossier SharQc. En mai 2011, le juge James Brunton a libéré 31 individus accusés de trafic de drogue et de gangstérisme parce qu’il aurait été impossible de leur accorder un procès dans des délais raisonnables en raison de l’ampleur de la cause.

Encore récemment, le juge Martin Vauclair a ordonné à la Couronne de fournir aux accusés des informations contenues dans les banques de données confidentielles de la police pour qu’ils puissent préparer leur défense, une décision qui pourrait remettre en question l’anonymat et la protection des informateurs de la police… et saper la viabilité des mégaprocès.

Avec des Hells Angels de plus en plus sophistiqués et un système judiciaire dépassé par la complexité des enquêtes policières, l’avenir s’annonce radieux pour les motards criminels.

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