4. Tous les soins sont-ils vraiment pertinents?

par

Vous voyez votre médecin, il vous fait passer des tests, vous prodigue des soins, vous réfère pour un traitement spécialisé. Et vous êtes content : votre médecin s’occupe de vous. C’est bien ce que vous voulez, non?

Je soupçonne que non. Ce que vous voulez vraiment, c’est ne pas être malade. Ou même, plus précisément, éviter que la maladie ne puisse affecter soit votre qualité de vie, ou bien votre longévité. C’est curieux comme on peut ainsi ramener l’effet de la médecine à sa plus simple expression.

Si vous êtes malade, surtout affecté par ce qu’on appelle une maladie chronique, vous ne guérirez sans doute pas. Et même si la maladie dont vous souffrez ne menace pas nécessairement votre vie, elle continuera peut-être, à votre grand désarroi, de vous déranger, vous faire souffrir, vous empêcher de bien profiter de la vie. Vous souhaiterez alors au moins que votre médecin vous permette d’atténuer les désagréments associés à la maladie.

Mais si vous souffrez d’une maladie grave, qui menace votre vie, comme un cancer, ou même d’un problème aigu, comme un infarctus, un traumatisme crânien ou une appendicite, alors ce que vous souhaitez, c’est qu’on vous sauve la vie. Donc qu’on la prolonge, ce qui est la même chose. C’est l’essence même de la médecine et sans doute, pour le médecin et bien entendu pour le patient, l’aspect le plus satisfaisant:

On parle ici de pertinence des soins, ce qu’on pourrait définir de façon bien compliquée, mais dont le concept fondamental est simple : un geste médical est pertinent quand il prolonge la vie d’un patient ou l’aide à vivre mieux.

Mais ce n’est pas tout ce qui se fait en médecine qui améliore la qualité de vie ou la longévité. Certains tests sont même nuisibles, même s’ils sont faits de bonne foi. On espère toujours les éliminer de la pratique médicale. Notamment plusieurs dépistages, quand ils sont pratiqués chez des personnes qui ne sont pas à risque de la maladie recherchée, parce que trop jeunes par exemple.

On parle de pertinence des soins quand les soins prodigués amènent des conséquences positives pour le patient. Or, il y a une large place pour améliorer la pertinence des soins.

Prenons un exemple simple : la coloscopie pour le dépistage du cancer du côlon. Un test vraiment utile. Mais pas chez n’importe qui. Pour ceux qui n’ont vraiment pas de symptômes, elle n’est vraiment utile (ses avantages dépassent les risques) que pour les personnes chez qui on retrouve, entre 50 et 75 ans, du sang microscopique dans les selles — ce qu’il faudrait rechercher tous les deux ans.

Au Québec, on s’apprête justement à instaurer un programme dépistage systématique du cancer du côlon, d’abord par un projet-pilote. En lisant il y a quelques années cette nouvelle, je me disais : mais les délais pour accéder à la coloscopie étant déjà longs, qu’arrivera-t-il si on en ajoute?

C’est le gastro-entérologue Jean-Pierre Hallé, de l’Hôpital Saint-Sacrement, responsable du projet-pilote de dépistage, qui m’a expliqué l’autre jour à l’émission Les Docteurs la clef du programme qu’il dirige : améliorer la pertinence.

Il mentionnait que jusqu’à 25% des coloscopies réalisées au Québec ne sont pas nécessairement pertinentes. C’est-à-dire qu’elles sont pratiquées chez des personnes qui n’en ont pas besoin, où les avantages ne dépassent pasles risques.

Or, si on améliore la pertinence, on dégage une vaste marge de manœuvre pour diminuer l’attente : de l’ordre de 50 000 coloscopie de plus annuellement au Québec seront ainsi possibles! D’où l’on voit que l’amélioration de la pertinence est un facteur clef dans l’amélioration de l’accès et même de la médecine tout court!

Comment améliorer cette pertinence? D’abord en systématisant l’approche. Dans le futur programme de dépistage, un examen rapide et très performant de dépistage du sang dans les selles sera effectué chez toute personne de plus de 50 ans, comme recommandé, tous les deux ans. Cela commence dans les semaines qui s’en viennent. Ceux chez qui on dépistera du sang seront dirigés en coloscopie.

Voilà une approche remarquable : améliorer la pertinence par une approche systématique, permettant de pratiquer la bonne médecine, de prescrire le bon test au bon patient, et de le faire dans un cadre aussi cohérent qu’efficace, ce qui permet globalement d’améliorer l’accès.

Mais pour que les soins soient vraiment pertinents, il faut que ceux qui en ont le plus besoin y accèdent plus rapidement. Comment les choisir? Je vous en parle demain.

*

Les citations sont tirées de mon ouvrage Privé de soins.

 

3 commentaires à propos de “4. Tous les soins sont-ils vraiment pertinents?

  1. On ne devrait pas laisser au seul médecin traitant, la décision de passer un examen de dépistage. Les md sont trop occupés à surveiller les maladies chroniques. C’est souvent en fin d’entrevue qu’on pense à discuter prévention primaire et il ne nous reste plus de temps pour discuter osteoporose, prostate, cancer du colon, de tabac, d’alcool et surtout …la vrai prévention qui comprend de saines habitudes de vie: bien manger, bien bouger, bien se préparer à dormir sans pilule, faire du tai chi etc. Je propose donc des écoles préventives pour nis patients. Dans cette école, chacun pourra établir son profil de risque et recevra l’accompagnement nécessaire pour se donner des sous-objectifs réalistes. L’équipe accompagnante serait composée d’une infirmière ( connait les criteres de dépistage du cancer du sein, du colon, de la prostate, de l’osteoporose, des lipides etc.), d’une kinésiologue pour faire bouger les gens en tenant compte de leur limitations( post infarctus, fibromialgie, arthrose, obesite morbide etc. et d’une nutritionniste connait les vrais produits naturels et qui a une approche addition de bons aliments plutôt qu’une approche soustractive. A l’échelle provinciale on pourrait développer des protocoles de prévention en équipe.

  2. Pourquoi ne peut-on pas être suivis dans un CLSC par une infirmière si on n’a pas de médecin de famille? Ce serait mieux que rien.

    • A Hélène Blain: Cela commence avec les praticiennes. Je ne sais pas si elles sont dans des CLSC cependant. Environ 150 au Québec. 1500 en Ontario. 20 ans de retard ici.