Aucune conséquence politique à la commission Charbonneau? Pas si vite!

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La présidente de la commission, France Charbonneau, et l'un des commissaires, Renaud Lachance

Les travaux de la commission Charbonneau viennent de reprendre, environ deux semaines après le scrutin électoral. Le hasard aura voulu que l’attention se porte de nouveau sur cette enquête publique au moment où les nouveaux (et anciens) députés prêtent serment à l’Assemblée nationale.

Le Parti libéral du Québec ayant perdu le pouvoir, certains prétendent que les conséquences politiques de la commission Charbonneau seront moins importantes ou spectaculaires.

Rien n’est moins sûr.

On sait quand et pourquoi une commission d’enquête est mise sur pied, mais on ne sait pas où elle ira fouiner, ni ce qu’elle va découvrir. Présumer que ses travaux vont sombrer dans un anonymat relatif serait une erreur.

Et si le procureur en chef, Sylvain Lussier, affirme qu’il y aura du «croustillant», c’est qu’il y aura du croustillant. Pas tous les jours, pas à tous les détours, mais il y en aura. L’homme était avocat durant la commission Gomery sur le scandale des commandites (il représentait le gouvernement du Canada), il sait à quoi peuvent ressembler les flammèches que provoque la friction de l’argent, des pratiques douteuses et des partis politiques.

Vrai qu’à court terme, la défaite du gouvernement libéral enlève de la pression du «presto» politique qu’est la commission. Les périodes de questions à l’Assemblée nationale seront moins houleuses que si Jean Charest était demeuré au pouvoir.

Si une révélation frappe le PLQ, Jean-Marc Fournier ne va pas lancer ses troupes sur le sujet (c’est une évidence!). Et si une controverse touche le PQ du temps où Pauline Marois était au gouvernement, les libéraux ne seront pas les plus crédibles pour mener la charge.

La CAQ, qui n’a jamais été au pouvoir et n’a donc pas octroyé de contrats publics, va tenter d’en profiter pour mettre les vieux partis dans le même bateau. La CAQ a un temps de parole accru dans ce nouveau Parlement et des budgets de recherche plus importants. Par contre, François Legault devra être prudent, ayant été ministre au sein d’un gouvernement péquiste (1998-2003). Il pourrait se retrouver dans un champ de mines. Attendez-vous à voir Jacques Duchesneau monter davantage aux barricades.

Les travaux de la commission Charbonneau pourraient toutefois avoir un impact politique à plus long terme sur plusieurs fronts. En voici.

La marque libérale

L’effet à long terme le plus dommageable pourrait être sur la marque libérale — la crédibilité du PLQ — si la commission Charbonneau fait des trouvailles. On n’a qu’à regarder du côté des libéraux fédéraux pour s’en convaincre. La commission Gomery sur les commandites a blâmé Jean Chrétien et son entourage. Paul Martin en était sorti totalement indemne. Le nouveau premier ministre Martin avait d’ailleurs tout fait pour se dissocier de ce scandale (c’est même lui qui a lancé la commission Gomery!). Pourtant, les électeurs ont puni le parti, la marque libérale. Les conservateurs ont pris le pouvoir en 2006. Ils y sont encore et le PLC poursuit son purgatoire.

Les déboires actuels du PLC ne sont pas tous reliés directement aux commandites, mais une fois que le pouvoir échappe au parti, que le lien de confiance est brisé et qu’un nouveau chef s’amène, qui sait ce qui peut arriver…

Le prochain chef du PLQ

Avoir un nouveau chef, comme ce sera le cas au PLQ, ne permet pas automatiquement de passer l’éponge sur les agissements du passé. Mais ça peut aider. Si la commission Charbonneau déterre des scandales, les militants libéraux pourraient décider qu’un leader moins associé aux dernières années du règne libéral est un atout.

(Il est toutefois possible que les témoins les plus importants concernant le financement politique ne soient entendus qu’en 2013. Et donc, peut-être au moment où le PLQ aura fait son choix…)

La durée de vie du gouvernement Marois

Le contre-interrogatoire de l’avocate du PQ contre Jacques Duchesneau, en juin, laissait voir une certaine nervosité. Et le mandat de la commission inclus les années du PQ au pouvoir. Qui sait ce que les procureurs vont trouver? Le risque existe aussi pour les troupes de Pauline Marois, même si leur exercice du pouvoir remonte à plus loin.

Il suffirait d’une grosse tempête, à un moment délicat pour le gouvernement (vote de confiance, mauvais sondages pour le PQ…), pour que les partis d’opposition soient tentés de renverser le gouvernement Marois.

Le financement des partis

La juge Charbonneau fera des recommandations dans son rapport final. Leur mise en oeuvre pourrait changer la manière dont les partis amassent des fonds… et avoir un impact politique important. Si l’on souhaite que l’influence de l’argent sur les partis soit moindre, une réforme est nécessaire. À terme, cela pourrait avantager les plus petits partis politiques qui ont des machines de financement moins bien huilées.

Un tsunami municipal

La juge Charbonneau a déjà prévenu que les travaux de sa commission vont s’intéresser aux contrats de Montréal et Laval, en lien avec le financement politique. D’autres villes seront aussi dans la mire. Les firmes de construction et de génie-conseil sont très près des milieux municipaux. Bien davantage que de la politique provinciale. Un tsunami de révélations aux conséquences importantes est tout à fait possible.

Avant de conclure que les audiences de la commission Charbonneau n’auront pas d’impact politique, j’attendrais les audiences et la lecture du rapport final…

7 commentaires à propos de “Aucune conséquence politique à la commission Charbonneau? Pas si vite!

  1. Pleinement d’accord. D’ailleurs tous les gouvernements hésitent à mettre sur pied de telles commission, justement parce qu’on ne sait jamais ce qui peut en ressortir.

  2. Après toutes les révélations à venir, est-ce que nous pourrons dire ou écrire : LE GANG DU PLQ ?

  3. Aucun des trois principaux partis ne peuvent se permetre de cracher en l’air.

    La CAQ est l’ancêtre de l’ADQ , dont l’ancien chef Mario Dumont avouait dernièrement s’être fait payer des repas lui et sa famille lorsqu’ils étaient en voyage à Hawai par nul autre qu’Accurso.

    Et la CAQ compte dans ses rangs un bon nombre d’anciens péquistes et de libéraux qui peuvent traîner avec eux des sqelettes dans le placard.

  4. Avez-vous, par le passé, déjà vu ou entendu dire ou été témoin qu’il y avait eu quelques conséquences quelque soit la COMMISSION ?

    Laquelle S.V.P. ?

    Si mes souvenirs sont bons, elles ont tous été remisées dans un tiroir, même après 10 longues années. Et les crétins courent encore…

    Ce film on l’a déjà vu….

  5. Aucune commission d’enquête publique n’est sans conséquence. D’ailleurs, alors qu’elle vient à peine de commencer, la Commission Charbonneau a porté son lot : des élections estivales hâtives avec les résultats que nous connaissons et le départ de Jean Charest. Le choix de monsieur Fournier comme chef intérimaire du PLQ n’est pas neutre non plus. Il connait bien l’appareil judicaire, les procédures, il est assez conciliant pour éviter tous débordements ce qui devrait être lénifiant pour la réalisation d’une stratégie de retour aux affaires.

    La révision des processus de financement des partis politiques ne peut être qu’une bonne chose. La plupart des pays du monde ont dû modifier leurs méthodes de financement. Il est reconnu que les gros bailleurs de fonds des partis attendent des contreparties. Cela a presque toujours été, la chose était simplement admise. Ce qui a changé, c’est la technologie ; notamment en communication, il devient plus ardu de faire semblant de ne pas avoir vu. Ce qui a changé également, c’est l’augmentation supérieure à l’inflation des coûts liés aux infrastructures. On ne peut pas livrer la marchandise, être redevable des fonds publics, baisser les impôts et simultanément parvenir au déficit zéro tout en restant innocent ou encore flou sur ce que tout cela coûte réellement.

    Aussi ce dont il est question, ce n’est pas seulement les magouilles et toutes les formes plus ou moins subtiles du financement de toutes choses, c’est aussi notre relation sociale avec l’argent et d’une certaine manière avec les autres, ce dont il pourrait être en liminaire question.

  6. Il y aura sûrement des conséquences pour un peu tout le monde.Après avoir lu les articles de David Descoteaux La corruption,je me souviens, on va peut-être s’apercevoir que la corruption n’a peut-être pas commencée avec les libéraux comme on veut nous le faire croire.

  7. J’ai suivi la Céco. (Vous devinez mon age)
    Viande à varié, corruption, mafia, l’ouest de Montréal, les club dans le vieux sous emprise de la pègre, meurtre, drogue, construction… Tout y aie passé ou presque. Beaucoup de témoin, des scandales, des noms.
    Le citoyen moyen en bavait devant son écran. Tous les gens étaient content de voir et d’entendre ces histoires.
    Mais qu’en ait-il sortie? Un gros rapport tabletté.