Session à Québec: les hauts et les bas

par

montage-alec

La session parlementaire vient de prendre fin à Québec. Tous les députés se sont souhaité un bon été, rempli d’épluchettes de blé d’Inde (beurre et sel), de BBQ avec hot-dogs et hamburgers, de festivals de musique, d’humour et de cochons graissés.

À entendre le ton acrimonieux à la période des questions depuis quelques jours, on constate qu’un peu de divertissement et de repos feront le plus grand bien aux parlementaires.

Mais avant, petit bilan. Voilà les hauts et les bas que je retiens de cette session. Libre à vous d’être d’accord ou pas, et d’exprimer votre moment de joie et de découragement des derniers mois.

Les hauts...

- Il y aura des élections à date fixe au Québec.

Le projet de loi 3 a été adopté en fin de session.

Toutes les provinces du pays (en plus du fédéral) ont maintenant des élections à date fixe, sauf la Nouvelle-Écosse. Si vous voulez avoir une idée de l’état de la situation ailleurs, j’ai écrit un billet de blogue sur le sujet l’automne dernier.

Le ministre Bernard Drainville, qui pilotait le dossier, a bien manoeuvré. Il a enlevé les irritants pour que tous les partis adhèrent à ce principe et a corrigé l’une des aberrations de la première mouture du projet de loi, qui proposait des élections à date fixe en septembre, ce qui forçait tout le monde à partir en campagne électorale en plein été, lorsque les gens sont moins attentifs. La nouvelle date, le premier lundi d’octobre quatre ans après le dernier scrutin, convient parfaitement. La campagne va donc démarrer autour de la fête du Travail.

Évidemment, ce gouvernement minoritaire ne survivra pas jusqu’au 3 octobre 2016. Les élections à date fixe, dans notre système, ne sont d’aucune utilité en temps de gouvernement minoritaire. Mais l’idée d’avoir une échéance électorale plus prévisible en temps de gouvernement majoritaire sera bénéfique. Cela mettra le parti au pouvoir et les partis d’opposition sur le même pied de guerre.

Maintenant, si on pouvait avoir un rapport du vérificateur général ou d’un directeur parlementaire du budget sur l’état réel des finances publiques du Québec deux ou trois semaines avant le déclenchement de la campagne, pour que tous les partis puissent utiliser les derniers chiffres disponibles afin de mettre leur plate-forme électorale à jour, on éviterait la traditionnelle crise d’indignation (teinté d’hypocrisie) sur la gestion du précédent gouvernement.

- Dépôt du projet de loi Mourir dans la dignité.

J’ai déjà écrit que ce projet de loi pouvait devenir l’héritage le plus important du règne de Pauline Marois. Je le pense encore.

J’ai aussi écrit que la ministre Véronique Hivon avait tout le talent pour diriger ce délicat dossier, jusqu’ici non partisan (la réflexion a commencé sous le précédent gouvernement libéral et tous les partis y participent). C’est encore vrai. Vous pouvez lire le projet de loi en détail ici pour vous en convaincre.

En plus de l’aide médicale à mourir, l’obligation inscrite dans la loi de fournir des soins palliatifs de qualité partout au Québec est une bonne avancée. Il faudra toutefois que les ressources et les moyens financiers suivent.

L’équilibre semble à ce point atteint dans le projet de loi que certains opposants — minoritaires pour l’instant — en sont réduits à mentir pour attirer l’attention. On sort les épouvantails.

Pourtant, tout est bien balisé. Il sera impossible de tuer grand-maman pour toucher l’héritage!

Il faut que la personne qui consent à la mort soit majeure, lucide, apte à prendre la décision, et qu’elle souffre d’une maladie grave, incurable, dont les souffrances sont impossibles à soulager. Deux médecins devront s’entendre sur le diagnostic et l’état du patient.

Les critères sont serrés et précis. Ceux qui pourront s’en prévaloir chaque année sont peu nombreux.

Ce n’est pas une loi à caractère économique. L’État ne sauvera pas d’argent avec cette législation. Et c’est parfait. Si ça se trouve, le droit aux soins palliatifs inscrit dans la loi coûtera plusieurs millions de dollars de plus par année à Québec.

Il n’est pas question d’euthanasie, ni de suicide assisté. Le Québec développe son propre modèle, auquel des spécialistes ont réfléchi, y compris des médecins et des juristes. C’est bien.

Les Québécois veulent avoir leur mot à dire sur leur qualité de vie, et le moment de leur mort lorsque la vie n’a plus de qualité.

- Le Projet Saint-Laurent de la CAQ.

Le Québec a besoin d’idées porteuses pour développer son économie. Celle-ci, même si elle est toujours en définition, a plusieurs mérites.

Le projet touche l’aspect identitaire, avec le fleuve Saint-Laurent comme axe central, notre grand cours d’eau mythique.

Il y a également un aspect environnemental, avec la décontamination des terrains.

Il fait appel à une ressource d’avenir: les cerveaux! Quoi de mieux que de créer une vallée de l’innovation grâce à la créativité québécoise. Le genre d’emploi plus difficile à délocaliser dans les pays à faible coût de main-d’oeuvre. Un lien fort entre les entreprises et les institutions de savoir et de recherche, comme les universités.

François Legault est un entrepreneur. Mais il répète que ses meilleures années comme ministre, il les a vécus à la tête du ministère de l’Éducation. D’ailleurs, son objectif principal, lorsqu’il a annoncé son retour en politique, tournait autour de la valorisation de l’éducation et la recherche de l’excellence. Le chef de la CAQ a la mauvaise habitude de disperser ses énergies pour attirer l’attention des médias. Mais son projet Saint-Laurent est taillé sur mesure pour lui. Il devrait continuer à l’expliquer et le bonifier.

- La mise en tutelle de Laval.

Québec solidaire et la Coalition avenir Québec l’ont rapidement demandé, et le gouvernement Marois n’a pas tergiversé. Quand la situation à Laval est devenue ridicule, la tutelle a été imposée.

Il y a quelque chose d’incroyable dans le fait que la troisième plus grosse ville de la province soit à ce point gangrénée par la collusion et la corruption. L’importance de Laval aurait pu faire hésiter le ministre Sylvain Gaudreault, mais non, il a agit rapidement. Bravo!

(On ne peut pas en dire autant du maire par intérim Alexandre Duplessis…)

- La victoire au leadership de Philippe Couillard.

Ce n’est pas tant sa victoire qui est à souligner, assez prévisible, mais la manière d’y parvenir. Un politicien qui refuse d’attaquer personnellement ses adversaires et qui préfère les débats de fond, il y en a de moins en moins. Résister à cette tentation du raccourci à l’ère des médias sociaux et du clip télé de cinq secondes demande une discipline de fer.

On peut aimer ou non les positions du chef libéral, on peut trouver qu’il est trop peu présent dans le débat public depuis son triomphe en mars, mais son style, son calme et sa façon d’aborder les enjeux politiques contrastent avec le caractère «chat de ruelle» de Jean Charest. À long terme, s’il poursuit dans cette voie plus respectueuse, la qualité des débats va y gagner au Québec.

Les bas…

- Les compressions à l’aide sociale.

Que dire de plus? Une mauvaise décision, simplement indéfendable, avec des économies de bout de chandelle (19 millions $) qui ont causé un tort politique immense au PQ. Pour envoyer des votes directement à Québec solidaire ou Option nationale, difficile de faire mieux.

- Le PLQ et les élections à date fixe.

Tenter de modifier le projet de loi 3 sur les élections à date fixe pour tenir compte des fêtes religieuses était une très mauvaise idée (il y en a plus de 100 par année!). Qui prend des allures pathétiques quand Robert Dutil accuse le PQ« d’intolérance» parce qu’il refuse d’accommoder le Nouvel An juif en 2016. Même les groupes de pression juifs n’ont pas suivi le PLQ, affirmant que le vote par anticipation suffit amplement.

Visiblement, on était plus près du clientélisme libéral que de l’intolérance péquiste…

- Le nouveau régime de redevances minières.

La nouvelle formule complexifie énormément la fiscalité minière, et ne rapporte pas beaucoup plus au trésor public.

Le résultat final est certainement plus en harmonie avec la réalité économique de cette industrie cyclique que la plate-forme électorale du PQ, qui ne tenait visiblement pas la route. Pourtant, le PQ en avait fait une promesse phare en campagne. La personne qui a élaboré cette promesse au PQ mérite la palme de la fausse représentation.

- Les REER de Québec solidaire.

Si Françoise David veut former un gouvernement majoritaire d’ici 2020, comme elle le souhaite, il faudra revoir certaines idées, notamment celle de couper de plus de 50 % le plafond des cotisations admissibles dans les REER. QS veut que les gens ne puissent plus cotiser à leur REER au-delà de 12 000 $ par année, puisque au-delà de ces sommes, cela profiterait seulement aux riches. (Faut dire qu’on est riche rapidement aux yeux de Québec solidaire)

La réaction a été très forte, notamment chez les travailleurs autonomes et les petits entrepreneurs, qui ne peuvent pas compter sur un fonds de pension de leur employeur ou du gouvernement. Certains, qui font 40 000 $, 50 000 $ ou 60 000 $ par année trouvent le moyen d’économiser. Il se serrent la ceinture afin de mettre de l’argent de côté. J’en connais plusieurs, qui vivent dans le milieu des arts, qui font un bas salaire et réussissent à en mettre dans leur REER pour leur retraite.

Le fait que beaucoup de gens ne puissent pas cotiser à leur REER, faute d’argent, est un problème de revenus, et de pauvreté pour certains (et de priorité pour d’autres… ah! la consommation!). C’est là qu’il faut travailler, sur le revenu disponible des gens. Et non pas les empêcher d’utiliser les mécanismes à leur disposition.

Évidemment, ceux qui font plus d’argent profitent aussi des REER. Et alors?

Tout le monde, que ce soit la classe moyenne ou les riches, va payer de l’impôt sur ces montants un jour. Le REER est un moyen d’économiser pour la retraite. C’est à ce moment que l’impôt va passer. Ce n’est pas de l’évasion fiscale, mais un moyen d’encourager les gens à économiser leur argent. Envoyer le message contraire est contre-productif.

- La pétition de la CAQ.

Mettre de la pression sur le gouvernement Marois pour que l’État poursuive au civil les entreprises qui ont trempé dans la fraude et la collusion, c’est de bonne guerre. Lancer une campagne publicitaire sur le sujet également. Tous les partis cherchent à enfourcher un cheval de bataille populaire, à être associé à une cause porteuse. Encore davantage lorsqu’ils sont dans l’opposition. Les convictions et l’opportunisme politique peuvent parfois se croiser. C’était le cas du carré rouge de Pauline Marois le printemps dernier. La chef du PQ croyait vraiment que la hausse des frais de scolarité décrétée par le gouvernement Charest allait trop loin. Elle a franchi un pas de plus en portant le carré rouge. La cause était noble à ses yeux.

C’est le cas de la CAQ et de la corruption ce printemps. François Legault et Jacques Duchesneau croient vraiment que le gouvernement tarde trop et que certaines entreprises citées à la commission Charbonneau vont simplement liquider des actifs ou détruire des preuves avant que l’État ne puisse récupérer un sou.

Mais la manière utilisée par la CAQ pour porter ce ballon a été trop partisane. La pétition aurait dû être déposée sur le site de l’Assemblée nationale. Vrai que les organisateurs de la CAQ n’auraient pas pu se monter une belle banque de données de personnes susceptibles de les appuyer lors des prochaines élections, et qu’il n’aurait pas été possible de ramasser quelques dollars de donateurs au passage. Mais la démarche aurait été plus convaincante.

La CAQ aurait pu s’élever au-dessus de la mêlée. Belle occasion ratée.

J’ajoute que Jacques Duchesneau n’a pas besoin de traiter le ministre de la Justice, Bertrand Saint-Arnaud, de tous les noms à l’Assemblée nationale pour qu’on le remarque. Certaines périodes de questions faisaient pitié à voir dans les derniers jours.

- La course au leadership de Raymond Bachand.

Du côté libéral, Raymond Bachand au PLQ et Martin Cauchon au PLC ont réécrit le chapitre sur «Comment perdre une course au leadership». Inutile d’en ajouter, mais ils n’ont qu’eux à blâmer pour ces piètres résultats.

- Le voyage en Écosse de Pauline Marois.

Un retentissant échec de communication. Se rendre en grande pompe en Écosse, présenter ce voyage et cette rencontre avec le premier ministre Alex Salmond comme un événement historique, puis se faire dire qu’il n’y aura pas de photo ou de point de presse avec la première ministre du Québec, notamment parce que les référendums perdus du PQ ne sont pas un bon modèle à présenter aux Écossais qui vont tenir leur référendum en 2014.

Le ministère des Relations internationales du Québec a échappé le ballon sur ce voyage, tout comme le ministre Alexandre Cloutier, l’un des promoteurs de ce séjour «historique».

Un commentaire à propos de “Session à Québec: les hauts et les bas

  1. Tout ce beau monde millionnaire est en vacances pour 3 moins. Bon débarras!