Échecs identitaires

La rentrée promet un retour en force de nos chicanes habituelles. Et la chicane la plus attendue est certainement le débat sur les «valeurs québécoises», la dernière trouvaille identitaire du Parti québécois.

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La trève politique estivale achève au Québec. On termine ses vacances, même si plusieurs y sont encore, physiquement ou en pensée. Le commentariat institutionnel et la meute de la blogosphère se remettent lentement en marche.

Les partis politiques aussi. Les jeunes libéraux ont tenu un congrès la fin de semaine dernière. François Legault commence jeudi une tournée de toutes les régions du Québec. Le Parti québécois doit assurément travailler fort à préparer sa rentrée parlementaire.

Après un été largement accaparé par la tragédie de Lac-Mégantic (qui devrait demeurer non-partisane), la rentrée d’automne promet un retour en force de nos chicanes habituelles, sur fond d’élections potentielles. Et la chicane la plus attendue est certainement le débat sur les «valeurs québécoises» – la dernière trouvaille identitaire du Parti québécois.

Avec un Parti libéral qui brandit haut son progressisme retrouvé, Québec solidaire qui récoltait 11% des voix en juin, la Coalition Avenir Québec qui détient la balance du pouvoir à l’Assemblée nationale et un gouvernement qui cherche des victoires après une première année difficile, la bataille identitaire risque d’être corsée.

Bref coup d’oeil sur l’échiquier politique et stratégique.

Le Parti québécois et ses alliés expliqueront que la charte des valeurs québécoises (héritière de la morte-née charte de la laïcité) constitue une initiative grave et sérieuse, rendue nécessaire par l’apparemment interminable crise des accommodements raisonnables. Les péquistes se présenteront comme rempart du peuple (ou de la race) contre la mondialisation menaçante et ces étrangers qui cherchent à nous envahir. Ils diront qu’ils ont le courage de « se tenir debout » face à ceux qui voudraient altérer les usages et les façons de faire de la « majorité historique ». (Par majorité historique on réfère essentiellement aux «descendants directs des colons français d’origine» et non aux autochtones qui étaient là bien avant.) Ils dénonceront haut et fort le multiculturalisme et plaideront pour une société monoculturelle et homogène, qui exclut ou assimile la différence au profit d’une «identité commune». Plusieurs tenteront de présenter leur conservatisme comme une forme de progressisme. D’autres assumeront leurs positions tout en criant à la censure des bien-pensants.

Une chose est certaine, le Parti québécois ne reculera pas. Comme l’écrivait un collaborateur au Devoir il y a quelques mois, le Nous est pratiquement tout ce qui reste au PQ. Le parti voudra occuper le plus complètement possible le marché politique de l’angoisse existentielle des Québécois de souche, et faire passer ses adversaires pour des mous face à l’immigration et la défense de notre patrimoine franco-catholique. C’est la rhétorique de tous les mouvements nationalistes à travers le monde. En 2007, l’ADQ avait réussi à damer le pion au PQ en se vautrant dans la question identitaire. Le PQ s’est visiblement promis de ne plus se laisser faire le coup.

Les libéraux s’opposeront très certainement au projet de charte des valeurs du PQ, ne serait-ce que parce que tout projet de loi jugé acceptable par les libéraux serait immédiatement rejeté par les militants péquistes comme une dérive vers l’ouverture ou le bon-ententisme. (Le corollaire: pour satisfaire ses militants, le PQ devra proposer un projet de charte qui donne la nausée aux libéraux.) Par ailleurs, une partie importante de la base libérale s’oppose de manière épidermique à l’idée même de législation identitaire, perçue comme xénophobe, médiocre, rétrograde et fermée sur le monde. Stratégiquement, le PLQ n’a pas grand-chose à gagner en appuyant la croisade identitaire du PQ.

Si l’opposition des libéraux sera ferme, l’argumentaire officiel risque toutefois d’être mièvre. On se contentera de répéter qu’il ne faut pas diviser les Québécois et on tentera de passer à un autre sujet, sans attaquer directement les fondements idéologiques du projet péquiste. Tout comme Jean Charest avait évité de critiquer le maire Tremblay pour ses propos visant Djemila Benhabib, les libéraux de Philippe Couillard tenteront probablement d’évacuer le débat sur les «valeurs québécoises» sans pour autant confronter l’électorat francophone conservateur dont ils ont en partie besoin pour se faire élire. Alors que les derniers sondages le placent aux portes du pouvoir, le PLQ laissera sans doute à d’autres la tâche de présenter et de défendre explicitement un modèle de société plus libéral et progressiste.

Ce rôle pourrait bien incomber à Québec solidaire. Bien que souverainiste, QS se trouve à des années-lumières du nationalisme conservateur du PQ. Son programme est favorable à l’immigration et au pluralisme identitaire. Au fil des ans, QS s’est prononcé contre la loi 101 au cégep et à l’université, contre l’interdiction du niqab dans les cours de français, et a critiqué la décision de la Fédération de soccer du Québec d’interdire le turban sikh. Lorsque le PQ a proposé son projet de loi de citoyenneté québécoise en 2007 (sa précédente trouvaille identitaire), Françoise David n’avait pas mâché ses mots pour dénoncer cette «caricature d’un nationalisme fermé et frileux que l’on croyait disparu depuis l’ère Duplessis» et la volonté apparente de Mme Marois de «chasser sur les terres de Mario Dumont» avec sa «surenchère nationaliste».

Contrairement au Parti libéral, QS n’aspire pas réalistement à former le prochain gouvernement et n’a pas à faire l’économie d’un discours explicitement progressiste pour tenter de séduire ou retenir un électorat conservateur. La formation de Françoise David pourrait donc se retrouver pratiquement seule à défendre l’ouverture et la tolérance pendant les quelques mois que dureront le débat sur les «valeurs québécoises». À terme, ce monopole de la modernité pourrait bien servir son parti.

Dans ce débat déchirant, la Coalition Avenir Québec aura la lourde tâche de désigner un gagnant à l’Assemblée nationale. Même si la fondation du parti de François Legault reposait officiellement sur le désir de mettre fin aux divisions historiques entre Québécois, l’automne le plongera malgré tout dans la question identitaire – la plus divisive de toute. Le parti devra alors réconcilier ses factions nationaliste, conservatrice et progressiste et accoucher d’une position qui, idéalement, corresponde à son ambition d’incarner l’avenir du Québec. La tâche ne sera pas mince. Mais elle sera déterminante.

* * *

Voilà pour l’échiquier politique. Pour la réalité, voici le résumé des conclusions du rapport de la commission Bouchard-Taylor de 2008:

«Après une année de recherches et de consultations, nous en sommes venus à la conclusion que les fondements de la vie collective au Québec ne se trouvent pas dans une situation critique. Nos travaux ne nous ont pas permis de constater une hausse importante ou soudaine des ajustements ou des accommodements consentis dans les institutions publiques. Nous n’avons pas constaté non plus que le fonctionnement normal de nos institutions aurait été perturbé par ce type de demandes. (…) Nous avons ainsi constaté qu’il existait un certain décalage entre les pratiques qui ont cours sur le terrain (notamment dans les milieux de l’éducation et de la santé) et le sentiment de mécontentement qui s’est élevé dans la population. (…) Autrement dit, la vision négative des accommodements qui s’est propagée dans la population reposait souvent sur une perception erronée ou partielle des pratiques ayant cours sur le terrain. »

Autrement dit, il n’y a pas de crise des accommodements raisonnables au Québec. Il n’y en avait pas en 2007. Il n’y en a pas en 2013. Il n’y a que la volonté de certains d’alimenter la peur et la méfiance essentielles à l’avancement de leur projet politique.

22 commentaires à propos de “Échecs identitaires

  1. Outre la laïcité qui s’impose dans les institutions publiques, en continuité avec la déconfessionnalisation amorcée dans les années ’60, le principe de l’égalité homme-femme est essentiel à inscrire, à tout le moins, dans la Charte des droits et libertés. Il est temps de sortir des droits purement individuels et d’ouvrir davantage, en plus de la langue, sur les droits collectifs. Je vous invite à lire cet article: « Charte des valeurs québécoises – Quelle division? » François Côté, http://leglobe.ca/2013/08/charte-des-valeurs-quebecoises-quelle-division/

  2. il n’y a pas de crise des accommodements raisonnables au Québec? Alors il ne devrait pas y avoir de problèmes à ce que les nouveaux arrivants s’intègrent parfaitement cette nation québécoise, francophone, laïque et égalitaire homme-femme. Et pourtant…

  3. Comme le parti liberule, est-ce que tous les partis doivent pratiquer l’immobilisme, le laisser-aller et la procrastination ou, encore pire, le multiculturalisme prônant la multiplication des ghettos ethniques, politique du « Indirect rule » britannique divisant pour régner ?
    La protection de l’usage du français comme langue commune, la neutralité religieuse de nos institutions publiques, de l’État, et l’égalité hommes-femmes sont des valeurs québécoises non négociables. Seule une législation proclamant les valeurs fondamentales de la société québécoise peut amener la cohésion sociale désirée assurant l’harmonie dans les relations entre citoyens de toutes origines ethniques et culturelles. Sus aux dépendantistes démagogues pro-colonialisme planétaire anglo-americano-britannique. Vive la diversité culturelle et l’interculturalisme dans le respect de la souveraineté étatique des nations libres!!!

    • Euh…en quoi ces valeurs dites québécoises sont-elles différentes des valeurs des autres pays occidentaux civilisés?

      • Elles doivent être constitutionnalisées pour empêcher les promoteurs de l’industrie des ghettos, libertariens, dépendantistes et irresponsables de tout acabit de les combattre sans avoir à faire face à nos institutions démocratiques et judiciaires.

        • SVP, vous devriez vous renseigner à un niveau minimum au sujet des Libertariens car loin d’être « dépendantistes et irresponsables » et au contraire du système socialiste que vous semblez tant apprécier, les Libertariens prônent justement une diminution de la dépendance malsaine, voire morbide envers l’État de plus en plus tentaculaire et inquisiteur ET la prise des responsabilités par les individus et non plus l’asservissement à un gouvernement socialiste réducteur, centralisateur, dominateur, et despote.

          Bref, le système Libertarien vous rend votre LIBERTÉ de choisir et de déployer vos talents et votre personnalité en dehors des barricades rigoristes et spartiates érigées de toutes pièces par les pontifes du socialisme étouffant.

          Comment pouvez-vous être CONTRE la LIBERTÉ et en même temps prétendre vouloir le bien du peuple???

    • Surtout, sus aux pleutres xénophobes et instables pour qui l’évolution parfois difficilement prévisible d’un peuple pluriel est toujours forcément la fin de celui-ci.

  4. Franchement…y a-t-il vraiment quelqu’un ici qui a besoin du Parti québécois pour être rassuré sur son identité propre?

    Y a-t-il quelqu’un ici au Québec qui a la personnalité fragile à ce point qu’il a besoin des politiciens (oui…oui…vous savez, les mêmes que ceux que l’on considère comme aussi crédibles que des vendeurs de chars de seconde main!) pour le sécuriser son individualité chétive?

    Si c’est votre cas, c’est d’un psychiatre que vous avez besoin! Pas « d’encadrement » politique!!!

    Leur « Charte des valeurs québécoises » qu’ils veulent à tout prix nous enfoncer dans la gorge n’est qu’un autre assaut sauvage contre NOS LIBERTÉS individuelles et une autre façon de centraliser les pouvoirs entre les mains d’une poignée de privilégiés du parti car ne vous leurrez pas; pour bien contrôler et dompter les citoyens libre penseurs, les gauchistes DOIVENT absolument concentrer les pouvoirs reliés à leurs politiques entre les mains de décideurs politiques qui pourront ensuite laisser libre cours aux mesures coercitives et punitives envers ceux qui, ô horreur, auront l’audace de leur tenir tête.

    Pourquoi ne pas plutôt faire confiance à l’intelligence et à la clairvoyance des Québécois et des Québécoises?

    • Faire confiance à l’intelligence du primate ?

      • Les Québécois et les Québécoises des « primates »???

        Eh ben…

    • « Pourquoi ne pas plutôt faire confiance à l’intelligence et à la clairvoyance des Québécois et des Québécoises? »

      Mais c’est précisément ce que le PQ veut faire! Allez voir par exemple le sondage Léger de mai 2013 sur la question (et il me semble que les autres sondages sur le sujet ne disent rien de fondamentalement différent), et loin de trouver qu’on la lui enfonce dans la gorge, la population semble souhaiter en grande majorité une initiative du genre de celle que veut mettre en branle le PQ. Même, sur certains points, la majorité semble vouloir aller plus loin, parfois un peu trop loin peut-être. Détails du sondage:

      http://www.institutions-democratiques.gouv.qc.ca/laicite-identite/documentation/sondage-accommodements-rapport.pdf

      Donc, le PQ démontre qu’il fait « confiance à l’intelligence et à la clairvoyance des Québécois et des Québécoises » en se mettant au diapason de la majorité… Celle-ci aurait-elle besoin d’un psychiatre?

  5. Faut-il rappeler que le primate survivait, végétait, sous le régime bananier de la loi de la jungle devenu le programme politique des néo-liberules et libertariens des temps modernes.

    • Expliquez-moi dans un langage simple car je suis l’un des « primates » auxquels vous faites référence, comment cette nouvelle « patente à gosse » péquiste va solutionner nos nombreux incontournables problèmes de finances publiques, d’infrastructures, d’éducation, de santé, etc… et fera passer le Québec de cancre canadien et nord-américain à premier de classe.

      • Il y a et aura toujours, quelque soient son statut et sa valeur, des pourfendeurs du Québec et son peuple, dans le Rocanada et au Québec même qui pratiquent et pratiqueront le dénigrement du Québec pour tout et pour rien sans cesse répété, de façon systématique. Cette pratique ne ridiculise que celui ou celle qui en est l’auteur. Toutefois pour certains réduire le Québec à leur image est une pathologie, de la « projection », ne pouvant être traitée que par un psychologue et non par le politicien.

        • Votre faiblesse identitaire vous appartient, mais cessez du la projeter sur nous tous comme si ça allait de soi.

          • Bien dit!

    • Votre compréhension limitée et tordue de l’évolution des primates ne vous autorise guère à les enrôler dans vos métaphores douteuses.

  6. « Il n’y a que la volonté de certains d’alimenter la peur et la méfiance essentielles à l’avancement de leur projet politique. »

    On comprend facilement, d’après le texte ci-dessus et en particulier la phrase qui précède, qu’on a affaire, en M. Lussier, à un trudeauiste multiculturaliste. Cependant, de même que la Loi 101 n’a pas fait progresser le mouvement indépendantiste, il est peu probable que cette politique le fasse progresser. Car après tout, implanter une telle charte maintenant, c’est, comme pour la loi 101, enlever un argument quant à la nécessité de l’indépendance.

    Cela n’empêchera toutefois pas les petits prétentieux fédéralistes bien pensants qui posent au citoyen du monde sophistiqué de s’offusquer de cette politique, mais surtout, de craindre son effet sur le PLQ. Car le PLQ, et le Dr Couillard l’a reconnu, a besoin de se rapprocher des francophones. Or, sur ce dossier, il est tout à fait en porte-à-faux avec la majorité francophone, si on se fie aux quelques sondages effectués sur le sujet. Et pour se rapprocher des francophones, il devrait faire le grand écart sur ce dossier pour ne pas trop frustrer les non-francophones, qui, selon une étude, auraient constitué pas moins de 57% de son électorat à la dernière élection.

    M. Charest a tenté de pratiquer la « wedge politics » à la dernière élection au détriment du PQ, en faisant s’opposer les étudiants et la gauche au reste de la population, pour que le PQ doive faire le grand écart pour satisfaire les deux. Il est donc fort agréable, cette fois-ci, d’envisager que le PLQ soit à son tour la victime de « wedge politics », Il l’aura bien cherché.

    Donc si cette politique fait avancer quelque chose, ce n’est pas tant l’indépendance que la perception que le PQ est plus en phase avec la population, francophone en particulier, que le PLQ.

    • t être défini commme que les  »petits prétentieux fédéralistes bien pensants  » s’objectent ne fait pas automatiquement une bonne politique comme vous semblez prétendre. Que M. Lussier soit un  »trudeauiste multiculturaliste » ne fait pas automatiquement de lui un imbécile qui ne sait pas analyser une bêtise. Le PQ à 29% dans les sondages ne fait pas de lui le champion  »en phase avec la population.non plus.

  7. Une autre tentative désespérée du PQ de sauver ses meubles. On crée une menace imaginaire et on se présente en sauveur contre cette menace. On vit dans un des pays les plus libre au monde qui fait l’envie de millionset tout ce que le PQ trouve à régler c’est un faux problème.

    ma prédiction: si Drainville manque son coup le PQ joue son existence même.

  8. Bonjour,

    Tout d’abord en voulant féliciter le « connaisseur en politique québécoise » que vous êtes, Monsieur Jérome Lussier. Et c’est pour la deuxième fois que j’interviens sur un de vos billets, la première fois étant ce « billet incendiaire sur le Voir » qui pour certains prirent cette occasion pour vous vouer aux gémonies à tout jamais.

    Tout en revenant sur le fond du billet, le Parti Québécois montre son visage d’extrême droite sur le plan identitaire, tout à fait comme l’ADQ en 2007 qui se propulsa ainsi comme parti de l’opposition officielle en damant le pion aux péquistes abasourdis de s’être fait ainsi « pognés les fesses nu têtes » avec leur propre marque de commerce.

    En terminant, point n’est besoin de chercher midi à quatorze heures pour comprendre que le nationalisme québécois origine du Québec profond et des régions plus éloignées. Les nationalistes québécois vivant à Montréal et dans sa périphérie viennent de l’exode du Pure Laine qui séchaient deboutte en régions et qui se sauvèrent vers Montréal au début des années 1960 pour essayer de mettre du beurre sur le pain noir.

    En conclusion, considérant le nationalisme québécois qui couve sous les cendres envers les « invasions barbares » qui sont pour eux des étranges comme y disent dans le dialecte provincial, Notre Dame de Béton ainsi que le Parti Québécois n’ont qu’à inclure trois points dans leur programme électoral pour balayer le vote des régions soit :

    1 – Ici, les binnes se mangent avec du gros lard.

    2 – Tous les signes religieux étrangers seront bannis de l’espace public. Les crucifix et les croix chrétiennes exceptés car c’est de l’Histoire.

    3 – Interdiction de voiles et de hijab ainsi que les turbans sur les terrains de jeu.

    Avec ce programme de l’ADQ de 2007, nos amis les péquistes balayeront le Québec des régions. Ne laissant que Montréal la pécheresse au Parti Libéral excepté l’Est de la Ville. Au plaisir, John Bull.