Le Canada et les changements climatiques : sauver la face et ses amis avant la planète

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Ce que le Canada peut mal paraître sur la scène internationale. Et les occasions ne manquent pas de nous le rappeler.

Il y a eu, la semaine dernière, le vote en faveur de la reconnaissance de la Palestine comme observateur non membre des Nations Unies où le Canada s’est retrouvé dans le clan du refus. Et il y a cette semaine la conférence des Nations Unies sur les changements climatiques où personne n’attend grand chose du Canada, surtout pas après son retrait du Protocole de Kyoto annoncé au retour de la dernière conférence du genre.

Et pourtant, ministres et députés conservateurs affirment sans rire que le Canada est un «chef de file mondial» en la matière. La secrétaire parlementaire du ministre Kent, Michelle Rempel, le répétait avec conviction encore lundi, à la Chambre des Communes.

Et comme il faut pour avoir l’air dans le coup, on tient les discours de circonstance. Comme le ministre de l’Environnement, Peter Kent, qui, il y a deux semaines, affirmait ceci à la sortie d’un comité parlementaire :

«Les scientifiques nous disent régulièrement qu’on ne peut lier un phénomène météorologique extrême aux changements climatiques, mais il est clair, je pense, que nous voyons davantage de ces incidents. Sécheresses, inondations, fonte de la calotte polaire, couche d’ozone qui varie au-dessus des pôles… Vous n’avez pas besoin de me convaincre de ce que les changements climatiques sont un danger très actuel et réel et qu’il faut s’y attaquer. Et nous devons le faire en amenant le reste du monde à faire quelque chose à ce sujet.» (Oui, oui, il a bien dit : We need to address it by bringing the rest of the world on board to do something about it.)

Mais les gestes de son gouvernement ne sont pas à la hauteur de l’inquiétude qu’il dit ressentir et cela, depuis le début. À l’écouter, on croirait que les autres pays sont le problème, que le Canada ne peut en faire trop avant que les autres agissent et, par conséquent, que le Canada ne peut prendre l’initiative.

Le gouvernement Harper avance à pas de tortue, quand il avance, dans ce dossier. Il fait tout pour remettre à plus tard la mise au pas les industries responsables de la croissance rapide des émissions de gaz à effet de serre au Canada. En sept ans, trois plans ont vu le jour, aucun n’a été mené à terme. Le dernier, construit autour d’une approche réglementaire, piétine. Deux règlements seulement sont en vigueur et on attend toujours de voir la couleur de celui qui s’appliquera au secteur gazier et pétrolier.

Les conservateurs se défendent d’être à la solde de cette industrie, mais on apprenait cette semaine qu’elle était championne toutes catégories en matière de lobbying auprès de ce gouvernement. Selon l’institut Polaris, les lobbyistes de ce secteur ont eu plus de 2700 rencontres avec des élus et fonctionnaires fédéraux depuis 2008, loin devant ceux de l’industrie minière ou du secteur de l’automobile.

Et toujours cette semaine, le Climate Action Network Canada faisait savoir que le Canada se classait bon dernier parmi les pays développés pour ses politiques et actions en matière de changements climatiques.

Dans leurs derniers rapports, tant le Commissaire à l’environnement que la défunte Table ronde sur l’environnement et l’économie (TRNEE) prédisaient qu’au rythme où vont les choses à Ottawa, le Canada n’atteindra pas les cibles réduites qu’il s’est données. Et s’il s’en approche, ce sera grâce aux gestes posés par les provinces. On leur doit d’ailleurs l’essentiel de la stabilisation récente des émissions.

Et ce n’est pas les dernières normes d’émissions pour les modèles de voitures et de camions légers construits d’ici 2016 (annoncées cette semaine et copiées sur celles adoptées il y a un an par les Etats-Unis) qui permettront à M. Kent de sauver la face à Doha, au Qatar, où se déroule la conférence onusienne.

Dans un texte paru cette semaine, le dernier président de la TRNEE, David McLaughlin, déplorait que le Canada ne fasse pas ce qu’il prêche. Il veut que tous les émetteurs de la planète fassent leur part, mais n’impose pas la même médecine à l’intérieur de ses frontières. Sans une baisse des émissions des sables bitumineux, celles de l’ensemble du Canada ne diminueront pas, rappelle-t-il. De plus, le Canada devrait prendre les devants, écrit-il, car même s’il n’émet que 2 % des émissions mondiales, le Canada subit plus que plusieurs autres pays les effets des changements climatiques, en particulier dans le Nord et sur ses côtes.

Mais tout est à courte vue dans la stratégie du gouvernement Harper en matière d’environnement et de lutte contre les changements climatiques. Les conservateurs restent persuader qu’environnement et économie sont difficilement conciliables, même si M. Kent et son collègue, le ministre des Ressources naturelles, Joe Oliver, tentent de nous faire croire le contraire.

«Le gouvernement maintient un équilibre entre, d’une part, la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre et, d’autre part, la création d’emplois et la croissance économique», disait encore la semaine dernière le ministre Kent. Mais ni lui ni ses collègues ne parlent des retombées économiques d’une lutte intelligente contre les changements climatiques. Ils ne voient pas les occasions manquées pour nos entreprises. Ils refusent tout autant de reconnaître les coûts toujours plus exorbitants qu’entraîne leur inaction.

D’autres pays n’ont pas hésité à passer à l’action et leur économie n’en a pas souffert, au contraire. L’Allemagne en est sûrement le meilleur exemple, comme l’explique le texte que vous trouverez ici. En misant sur le développement des énergies vertes et les économies d’énergie, elle a propulsé ses entreprises qui sont devenues des leaders mondiaux.

Et que nos gestes soient rentables ou non, la décence impose de les poser rapidement car, a bien dit le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, «ceci est une crise, une menace pour nous tous, nos économies, notre sécurité et le bien-être de nos enfants et de ceux qui viendront après eux». Et d’ajouter à l’intention des ministres présents à Doha : «Nous avons une responsabilité. Une responsabilité morale, et vous, ministres et dirigeants, vous avez une responsabilité politique pour les générations futures.» (Citations tirées d’un texte du Devoir qui est verrouillé)

Mais pour l’instant, on peut craindre le pire, du moins ici, au Canada où le gouvernement ne semble prêt à bouger que s’il y est forcé. Par les Américains, entre autres.

Le bouleversement du climat n’attend pas, lui. Il s’accélère. Je ne peux, par conséquent, qu’être d’accord avec Karel Mayrand, directeur général de la section québécoise de la Fondation David Suzuki, quand il écrit dans le Devoir qu’on est face à un «échec de nos institutions politiques», mais aussi face à «l’échec moral de notre génération».

«Notre génération est celle qui préside à la destruction irréversible des conditions climatiques qui assurent notre survie, écrit-il. Nous sommes la première génération humaine en position de laisser derrière elle une planète inhabitable pour celles qui viendront après elles. La lutte contre changements climatiques n’est pas une lutte pour la protection de l’environnement. Il s’agit d’une lutte pour les droits des prochaines générations. Et face à la paralysie de nos institutions, nous devons inscrire notre dissidence devant le choix de détruire aujourd’hui, au bénéfice de quelques entreprises milliardaires, ce climat qui est le plus précieux héritage que nous pouvons laisser derrière nous.»

Un texte à lire.

6 commentaires à propos de “Le Canada et les changements climatiques : sauver la face et ses amis avant la planète

  1. Les Canadiens ne veulent rien savoir de payer pour Kyoto. Stéphane Dion s`ent fait mettre dehors pour ça. Les Libéraux et le NPD sont des hypocrites car ils feraient jamais ce qu`ils disent une fois au pouvoir. D`ailleurs les Libéraux ont signés Kyoto mais les supposés GES ont augmentés de beaucoup losrqu`ils étaient au pouvoir. La réalité c`est que le gouvernement fédéral a besoin du pétrole et du gas de l`Ouest pour payer les programmes sociaux. Et pour payer de la péréquation justement au Québec.

    Comme Barak Obama a besoin du gas et du pétrole de schiste au USA pour la même chose. Si Obama aurait pas approuvé l`exploitation du gas et pétrole de schiste, jamais il aurait été réélu car l`économie US serait encore beaucoup plus mal en point que présentement, ça s`est la réalité.

  2. Ce spin du Canada qui aurait une mauvaise image, c’est une légende urbaine propagée par des journalistes/chroniqueurs pour des raisons idéologiques:

    http://www.bbc.co.uk/news/world-18038304

  3. Que dire de plus?

    Chez l’animal humain, l’individu alpha se moque du reste du troupeau. Trop inintelligent pour comprendre que son avenir y est lié, irrémédiablement.

    Chez les autres espèces animales, les individus alpha savent, c’est dans leur code génétique, que leur sort est lié à celui du troupeau. Le troupeau doit survivre, ce qui assure ipso facto la survie et l’utilité de l’individu alpha. Et vise versa.

    L’Humain : animal prétentieux, bête et méchant, est l’artisan de sa propre perte. Je ne me priverai pas pour le bien commun. Qu’ils crèvent.

    Et voilà où nous en sommes.

  4. Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois!

  5. Jusqu’ici le Canada a agit d’une façon honteuse au sujet du réchauffement climatique. Nous, les canadiens doivent influencé le gouvernement à ce sujet en lui faisant comprendre qu’on ne votera plus pour un gouvernement qui ne se préoccupe pas du changement climatique.

  6. Après des années d’obscurantisme et de négationnisme, les faits montrent de plus en plus que les dérèglements météorologiques actuels ont préséance sur l’idéologie politique. Les Verts disaient que c’était la faute de l’homme, alors que les Conservateurs et autres disciples prétendaient que ce n’était qu’un cycle naturel.

    Maintenant je crois que peu importe le Coupable, il nous faut réagir. Si l’impact de l’homme n’a pas été démontré à 100%, la réduction des gaz à effet de serre, même minime, ne peut qu’aider la Planète. Prenons s’en soin, c’est la seule que nous avons.

    Madame Cornellier, pourrais-je vous suggérer de faire appel à vos contacts dans l’appareil gouvernemental afin de nous présenter l’Unité Propagande du gouvernement actuel. Chaque ministère ou organisme doit retourner toutes informations négatives à cette « Unité » afin d’orchestrer une réponse idéologique sur les différents blogues (bien sur alignée sur la vision gouvernementale)… et donc nous pouvons observer les effets à chaque chronique.