Le point sur l’entrepreneuriat

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La Banque Nationale a annoncé la semaine dernière un don de 10 millions de dollars pour la création d’un Centre d’entrepreneuriat sur le campus partagé par l’Université de Montréal et ses deux écoles affiliées, HEC Montréal et Polytechnique Montréal.

Ce nouveau centre, qui sera géré à partir de HEC Montréal, comprendra un observatoire sur l’entrepreneuriat, un « accélérateur d’idées», un centre de formation et un espace de réseautage.

Voilà une remarquable contribution à l’essor de l’entrepreneuriat, au transfert d’entreprises et à la réussite des entreprises familiales. Ce centre, les chaires universitaires crées au cours des dernières années, l’École d’entrepreneurship de Beauce et un appui gouvernemental actif ont contribué à faire de l’entrepreneuriat quelque chose de bien et de stratégique pour l’avenir du Québec. Je m’en félicite. Le Québec sera riche si les entrepreneurs sont nombreux et prospères; cela est pour moi une conviction fondamentale.

Quelques conceptions qui me semblent erronées dominent néanmoins la conservation publique sur l’état de l’entrepreneuriat au Québec. Il y a évidemment ceux qui n’aiment pas les entrepreneurs ou qui les endurent tant qu’ils ne sont pas trop riches. Ceux-là, on les connaît bien. Mais il y a aussi ceux qui n’arrêtent pas de répéter que les Québécois sont les cancres de l’entrepreneuriat et que les entrepreneurs sont moins nombreux chez nous que chez nos voisins. C’est faux.

En juin 2011, le Québec comptait 23 ,1 % des propriétaires d’entreprises ayant au moins deux employés du Canada, grosso modo le même poids que sa population dans l’ensemble canadien. L’Ontario comptait 34,2 % de ces entreprises, en deça de son poids démographique de 38,4 %. Les chiffres se sont tassés un peu en 2012, mais on ne peu pas parler d’un retard flagrant du Québec en matière de création d’entreprises.

Le Québec se situait en 2011 au même niveau que la moyenne canadienne en utilisant l’Indice entrepreneurial de la Banque de développement du Canada, établi à partir du nombre de nouveaux travailleurs indépendants qui ont également embauché des employés. Selon la BDC,  le Québec fait meilleure figure que l’Ontario depuis 2007.

La BDC et moi, utilisons comme base de calcul des travailleurs indépendants ou des entreprises qui ont plus d’un employé. Cela fait une énorme différence, car il y a sensiblement plus de travailleurs indépendants en Ontario qu’au Québec (15,4 % des emplois en février 2012 contre 13,6 % au Québec).

Il y a certes une crise de l’entrepreneuriat puisqu’il faut plus d’entrepreneurs pour créer les organisations qui remplaceront les entreprises en déclin, développeront les nouvelles technologies et permettront le passage à la retraite de nombreux propriétaires d’entreprises. Parlons toutefois d’un phénomène occidental et démographique et non pas d’une maladie strictement québécoise.

On insiste aussi beaucoup sur la promotion et la valorisation de l’entrepreneuriat chez les jeunes. Bravo !

Hélas, notre société vieillit et l’entrepreneuriat semble beaucoup plus dynamique chez les personnes âgées de 45 ans et plus alors que l’indice entrepreneurial est à la baisse chez les 25 à 44 ans. Après avoir accumulé un savoir, une expérience et un réseau de contacts, des professionnels (surtout, mais pas exclusivement) se plongent de plus en plus dans une aventure entrepreneuriale. J’ai l’impression qu’on ne pense qu’aux jeunes et aux universitaires quand il s’agit de soutenir l’entrepreneuriat.

Selon l’enquête de la BDC, l’indice entrepreneurial est très élevé chez les immigrants. Ce mouvement est-il suffisamment encouragé ? Voilà une bonne façon d’encourager leur intégration et leurs difficultés particulières sur le marché de l’emploi.

L’entrepreneuriat est dynamique au Québec. Pas suffisamment à mon goût et tous les efforts en vue de sa valorisation et de la formation des jeunes entrepreneurs doivent être applaudis. Soyons néanmoins conscients de la nouvelle réalité de l’entrepreneuriat si nous voulons obtenir de meilleurs résultats.

4 commentaires à propos de “Le point sur l’entrepreneuriat

  1. Il y a malheureusement trop de Québécois qui font leur carrière en crachant sur le Québec. Pour certains, il est politiquement utile de perpétuer le mythe du Québécois né pour un petit pain.

  2. Florissant l’entrepreneurship québécois?

    Pas si sûr…

    De l’Institut Fraser:

    http://www.lapresse.ca/debats/votre-opinion/201301/23/01-4614278-hostile-aux-entreprises.php

    Extrait:

    « Au Québec, le taux d’imposition sur le revenu des sociétés est actuellement de 11,9%, dépassant les taux des principaux gouvernements provinciaux qui font concurrence à Montréal pour accueillir les sièges sociaux d’entreprises canadiennes: Calgary (10%), Vancouver (10%), et Toronto (11,5%). Au cours des dernières années, alors que le gouvernement québécois rendait Montréal moins concurrentielle en haussant l’impôt sur le revenu des sociétés, les gouvernements provinciaux des villes concurrentes le réduisaient afin de rendre leurs climats d’affaires respectifs plus favorables à l’investissement et à l’activité économique.

    En 2012, les Montréalais qui ont perçu les revenus les plus élevés ont dû payer un taux combiné d’impôts fédéral et provincial s’élevant à 48,22%. Ce qui, encore une fois, se compare défavorablement avec les taux combinés en vigueur à Calgary (39%), à Vancouver (43,7%) et même à Toronto (47,97%).

    Ce désavantage ne pourra que s’accentuer cette année, puisque le Québec haussera le taux le plus élevé d’imposition de 1,75 point de pourcentage. Et, tout aussi troublant, ce nouveau taux plus élevé s’appliquera au revenu relativement bas de 100 000$. Ce bas seuil affectera de nombreux professionnels qualifiés et viendra s’ajouter aux difficultés que les entreprises québécoises doivent déjà surmonter pour attirer et retenir des travailleurs. »

    Comme on peut le constater, la voracité épouvantable de l’ogre étatique se fait sentir cruellement.

    Il faut immédiatement réduire la taille et la loutonnerie de l’État québécois opressif et inefficace. Ça nous coûte collectivement des milliards de beaux $ et des dizaines de milliers de bonnes jobs.

  3. @François 1

    Quel est le rapport? Le taux d’imposition des entreprises est bien plus élevé aux USA que dans n’importe quelle ville que vous avez nommé et l’entrepreneuriat y est aussi plus développé.

  4. @ seb (# 3):

    Difficile de comparer deux pays qui ont des structures économiques différentes mais il doit bien y avoir quelques raisons pour que le Québec doive subventionner les entreprises plus que TOUTES les autres provinces canadiennes réunies pour les attirer et même pour les conserver.

    Voici quelques « pistes de solution »:

    Lois beaucoup trop pro-syndicales.
    État trop lourd et trop présent dans l’activité économique.
    Présence du Parti québécois séparatiste.
    Système politique beaucoup trop à gauche.
    Population amorphe et peu performante.
    Scolarisation et qualité de l’enseignement douteux.
    Taux d’imposition des particuliers insoutenable.
    ETC…

    Bref, il y a multe raisons pour lesquelles une société normale ira s’établir ailleurs qu’au Québec.