Le milliard de la SAQ

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La Société des alcools du Québec vient d’annoncer des profits records de 1,030 milliard de dollars. Voilà un résultat spectaculaire qui mérite qu’on s’y attarde.

Ce qui saute d’abord aux yeux, c’est la rentabilité hors du commun. Un bénéfice net de 1 milliard sur des ventes de 2,9 milliards, ce n’est pas de la petite bière. Le monopole d’État affiche une marge de 35,4 % dans un secteur, le commerce au détail, où les marges bénéficiaires sont particulièrement minces.

Sa situation monopolistique fait la différence, mais la SAQ ne ménage pas ses efforts pour nous vendre du vin et des spiritueux. Pensons aux nombreuses publicités et promotions, aux publications Tchin-Tchin et Cellier et aux efforts de formation du personnel.

LA SAQ est un monopole qui ne s’assoit pas sur ses lauriers. À preuve, elle enregistre une hausse de ses ventes de 4,1 % sur une période comparable d’un an alors que les ventes au détail ont augmenté de 1,4 % l’an dernier au Québec. Sur cinq ans, ses ventes ont augmenté de 600 millions et ses profits de 300 millions.

On peut aussi dire que les Québécois boivent à la santé de leurs gouvernements. La SAQ verse en effet plus de la moitié de ses revenus au gouvernement du Québec, sous forme d’un dividende de 1 milliard – presque le double qu’en 2005 – et en taxes à la consommation (550 millions). Au total, la SAQ redonne les deux tiers de ses revenus aux gouvernements.

Sommes-nous bien servis par ce monopole ?

Certains disent que non et affirment que l’État n’a pas d’affaire dans le commerce au détail. Il serait bien servi en libéralisant le commerce de l’alcool, quitte à accroître ses taxes sur les produits alcoolisés. Plusieurs trouvent aussi que le prix du vin est plus élevé ici que chez nos voisins, ce qui explique les confortables marges de la SAQ.

D’autres affirment qu’on ne peut pas se passer de la contribution de cette société d’État. Le commerce de l’alcool est payant, aussi bien que ce soit l’État qui en profite. Il serait aussi le seul acteur apte à concilier les intérêts commerciaux – vendre plus – et les enjeux de santé publique – boire moins.

Faut-il donc privatiser la SAQ ?

Vrai, la SAQ vend cher. C’est surtout observable pour les vins à petits et à moyens prix et ceux qui sont très populaires. Un Québécois peut trouver au New Hampshire une bonne bouteille de Champagne deux fois moins cher qu’au Québec. Son équivalent ontarien, la LCBO, offre généralement de meilleurs prix, notamment parce qu’elle peut se reprendre dans la vente de spiritueux, plus populaires en Ontario. Les Québécois boivent surtout du vin, responsable de 83 % de la croissance des ventes annuelles de la SAQ. C’est là que la SAQ va chercher ses profits.

Curieusement, les grands amateurs de vin que je connais ne se plaignent pas trop du monopole. En effet, les très grands vins sont souvent meilleur marché à Montréal qu’à New York ou à Paris. Explication : les détaillants privés américains ou français ajustent régulièrement leur prix en fonction de la rareté du produit et de leur demande alors que les prix de la SAQ sont fixés pour une plus grande période de temps.

Sur le fond, le commerce des boissons alcoolisés est l’affaire de l’État au Québec depuis 1921 et depuis 1927 en Ontario. La privatisation ne me semble pas un grand enjeu politique ou économique dans les deux provinces. Il y a beaucoup de débats qui mériteraient d’être menés avant celui-là. De plus, je trouve que la SAQ joue plutôt bien son rôle et offre une grande variété de produits.

Je trouve néanmoins que la SAQ doit multiplier ses efforts pour aider à la commercialisation des vins produits au Québec. Elle doit aussi donner un coup de pouce aux restaurateurs qui paient leur vin trop cher.

9 commentaires à propos de “Le milliard de la SAQ

  1. Bonjour,

    En lisant cet article qui dans son contenu décrit asse bien le monopole des alcools (SAQ).
    Part contre je tiens à faire une mise au point,quand aux faramineux profit de la SAQ.
    Je précise les bien nantis qui fréquente et s’approvisionnent à la SAQ Signature peuvent s,offrir de grands vins grands cru à des prix plus que raisonnable je l’admet.
    Mais ,il y a un Mais que dire des vins plus modeste que la SAQ nous revends à des Prix inadéquat,que je qualifierais
    de vol manifeste….
    Encore une fois c’est le client le moins nantis qui paye le prix le plus fort.
    Alors nous ,moi qui adorons le vin le connaissons très bien ne pouvons nous délecter de ce divin breuvage ,au profit de bien nantis qui ne l’apprécie toujours pas à sa juste valeur et des exemples j’en ai à la tonne…
    Encore une fois l’amateur éclairer ce vois entourlouper au profits (SAQ) et gens bien nantis…

    La classe moyenne est ,et restera au yeux de notre gouvernement «UNE VACHE À LAIT»..

    Cordialement un amateur du divin breuvage très déçue par ce concept

  2. Est-ce VRAIMENT la mission d’un gouvernement de vendre au détail de l’alcool?

    Poser la question est y répondre.

    Facile de faire un Milliard de profit quand on a un monopole défendu par un gouvernement. N’importe quel bouffon pourrait le faire d’autant plus que notre SAQ y arrive à l’aide d’une politique de prix scandaleusement élevés.

    N’oubliez pas: ce Milliard extorqué aux Québécois finit entre les mains des politiciens, ceux-là mêmes que nous considérons tous comme étant MOINS crédibles que des vendeurs de chars de seconde main. C’est leur fait plus de NOTRE argent à gaspiller à acheter des votes.

    Il faut privatiser la SAQ point final! Nous aurons ainsi accès à de meilleurs produits à des prix beaucoup plus sensés.

    Allez n’importe où ailleurs en Amérique ou même dans le monde et vous pourrez vous acheter des comparables à la moitié du prix de la SAQ et même moins.

    D’où vient ce monopole? Pourquoi est-il toujours pratiqué aujourd’hui? Quels bénéfices en tirons-nous VRAIMENT?

  3. Raymond Bachand, il n’y a pas si longtemps que cela, disait que la SAQ, c’était notre choix à nous les québécois et que cela faisait partie du modèle québécois que nous étions en ce sens tous d’accord pour payer un peu plus cher nos boissons alcoolisées au nom de la solidarité sociale.

    Nicolas Marceau, son successeur a très bien compris le message en nous augmentant dès son entrée en fonctions, sensiblement la part de redevances à payer sur la bière, vins et autres alcools ; ce qui d’ailleurs a généreusement contribué à permettre à la SAQ de dépasser le milliard de profits.

    Je suis prêt à gager un petit 30 sou que quel que soit le successeur de monsieur Marceau aux finances peu importe le parti au pouvoir, qu’on ne réduira pas d’une « cenne noire », la capacité de la SAQ d’engranger des profits supplémentaires au bénéfice théorique de l’État québécois, bref faut-il le mentionner, au profit de « nous » puisque l’État c’est nous.

    S’il est compréhensible que certains secteurs stratégiques de l’économie, l’énergie notamment ou la sécurité publique puissent être opérés ou contrôlés par l’État, on peut s’interroger objectivement comment des élites politiques d’obédience économique libérale, puissent s’accommoder de monopôles d’État ou même de monopôles privés qui déterminent sur un secteur donné ou sur un territoire donné les règles et la manière dont doit être opéré le marché.

    En plus, il est des métiers relèvent de l’amour et de la passion. C’est le cas tout particulièrement des métiers du vin. Les vignerons, les négociants, les marchands, les bistrots et même les restaurateurs ; cela forme un chaîne dont la raison d’exister se fonde dans le partage d’une passion avec la population. Au lieu de nous approprier de façon conviviale notre espace de vie et choisir notre communication entre individus et vers qui nous allons dépenser notre argent, il faut toujours qu’il y ait une technostructure pour nous dire quoi faire, quoi boire et même quoi dire et à qui donner.

    — La frontière est mince voire subtile, entre ce qui relève d’une société en principe libre et tout ce qui contribue à établir les conditions gagnantes d’un totalitarisme sectaire.

  4. Ne somme-nous pas très bien servis par la SAQ? Le bon vin et les spiritueux sont des produits de luxe qui par conséquent sont destinés à la minorité de gens qui peuvent se les offrir. Alors pourquoi les profits engendrés par ce commerce n’irait-il pas dans les coffres de l’état qui en a certainement le plus grand besoin. Il me semble bien que l’on a bien d’autres chats à fouetter à ce moment-ci si l’on pense en termes de « bien commun » de notre société.

    • Produits de luxe?

      Pourquoi alors ne pas nationaliser les téléphones intelligents, les télés 50 pouces 3-D, les orfèvreries, les vêtements griffés, I-pads, les constructeurs de voitures de luxe, etc…??

      Là également, les profits iraient dans les poches des politiciens et des fonctionnaires grands gardiens de notre « bien commun » (on voit quotidiennement a la Commission Charbonneau combien ils s’en occupent de notre « bien commun »!).

      Il n’est pas du tout du devoir d’un gouvernement de s’occuper du commerce de détail ou de la production de biens.

  5. La SAQ c’est payant parce que c’est un monopole qui profite d’une clientèle captive en rendant illégale la concurrence et le commerce libre avec les voisins.

    Mais attention, son statut est plus précaire qu’il n’y parait. Par exemple il suffirait par exemple qu’une ou des provinces Canadienne privatise et que le commerce inter-provincial se libéralise un peu. Je vous garantis que des milliers de Québécois n’auraient aucun problème à magaziner en ligne en Alberta ou au BC si ça leur permettait d’économiser des centaines de $$$.

    Comme quoi le modèle Québécois est comme à Cuba, ça a l’air de fonctionner tant qu’on garde les citoyens captifs…

  6. Pour ma part, je suis également favorable à la privatisation de la SAQ. Voici pourquoi :

    D’abord, on dit de la SAQ qu’elle est source de revenus élevés pour l’État. Or, l’État collecte également beaucoup d’argent au moyen de la taxation, notamment sur les ventes d’essence et de cigarettes. Il n’est donc pas nécessaire que l’État soit propriétaire d’un bien pour le taxer.

    Ensuite, certains affirment que l’État doit contrôler la vente d’alcool parce que celui-ci est dangereux pour la santé. Pourtant, l’État peut très bien régir l’utilisation d’un produit sans pour autant le vendre lui-même (p.ex., la dynamite).

    Puis d’autres prétendent que la privatisation de la vente d’alcool ouvre la porte à la mafia. Faudrait-il alors nationaliser l’industrie de la construction ou les bars de danseuses nues? Quoi qu’on pense, la justice et les citoyens peuvent contrer les actions de la mafia.

    Par ailleurs, on avance souvent que la SAQ détient un pouvoir d’achat de gros. Cet argument ne tient pas la route puisque la SAQ ne s’en sert pas (sauf en ce qui concerne les grands crus), car la société d’État doit acheter cher pour vendre cher.

    Enfin, je ne vois tout simplement pas ce que l’État vient faire dans la vente d’alcool. La SAQ est inefficace, sa bureaucratie syndiquée rend ses coûts de ventes et d’administration hors normes, ses revenus par pied carré sont piteusement inférieurs à ceux du LCBO (lequel est loin d’être un modèle d’efficacité) et les salaires qu’elle paie par rapport à ses revenus sont bien au-delà de ceux d’entreprises de ventes au détail comparables.

    Il est grand temps de tourner la page du monopole qui remonte à l’époque de la prohibition. D’ailleurs, la plupart des pays européens n’ont pas de monopole d’État sur l’alcool ou, comme les pays nordiques, les ont remis en cause ou abolis en très grande partie depuis la création du marché unique en 1993. Cette évolution s’est faite sans problème. Pourquoi en irait-il autrement au Québec?

    À la bonne vôtre!

  7. Garder la SAQ Société d’État au Québec c’est un choix de société qui, tout compté, nous sert bien je crois; j’ai bien dit en considérant tout, pas juste les éléments qui font notre affaire (par ex. ceux sélectionnés par les personnes qui dénigrent la SAQ).

    L’institut Économique De Montréal (IEDM) a bien sûr produit des études là-dessus pour démontrer que le Québec fait fausse route, que les québécois seraient gagnants s’ils privatisaient la SAQ, pour le démontrer l’IEDM comparait la SAQ à la LCBO et l’ensemble des entreprises privées Albertaines (le pendant là-bas de la SAQ et de la LCBO mais privé). Tout y passe, des comparaisons de prix, des comparaisons de nombre de points de services, des comparaisons de niveau de taxes et impôt récoltés par le Fisc ++ . Ils ne montrent pas d’écarts de coûts très importants entre la LCBO et la SAQ pour les produits qu’ils ont choisi de comparer, les écarts sur sont plus grands entre ceux de la SAQ et des privés de l’Alberta mais pas toujours. Bien sûr leur conclusion c’est l’option de privatisation choisie en Alberta est la meilleure pour les Albertains.

    La dernière section de l’étude de l’IEDM comparait les taux de croissance de la consommation moyenne par personne (en Litres/pers/année) des clients de la SAQ avec ceux de la LCBO et de la clientèle des privés d’Alberta (données de Stat Can. et courbes à l’appui) et ça démontrait que le taux de croissance pour la SAQ était environ 3 fois plus fort que ceux de la LCBO et des privés Albertains ! Tout de même curieux, comment expliquer ça, malgré qu’ils paient plus cher et qu’ils soient selon l’IEDM désavantagés de toutes sortes de façons, les québécois assureraient une bien meilleure croissance (en volume de vente) à leur fournisseur monopolistique pourri que les Albertains à leur multitude de fournisseurs privés ! À ça l’IEDM a bien tenté une explication mais qui tirait toujours du même coté c.à.d en défavorisant le monopole de la SAQ, leur argument était simple : Privatiser, on le voit par les résultats en Alberta, évite que la consommation explose de façon débridée…., faut vraiment être à bout d’arguments ! La vérité ne serait pas plutôt que ces taux de croissance au Québec font saliver le privé.

    C’est vrai que l’objectif du monopole n’est plus et depuis très longtemps celui du début : « soit de contrôler la consommation, comme à l’époque de la prohibition américaine », la SAQ comme Société d’État est devenue une source de revenus pour l’État et un véhicule par lequel l’État peut intervenir sur l’économie.

    Parmi les avantages du monopole de la SAQ pour les québécois il y a ceux ci:
    - Une très grande gamme de produits offerts dans toutes les régions du Québec (la SAQ est un des distributeurs qui offre le plus de produits différents)
    - Des emplois très bien payés à la SAQ
    - Un très bon service
    - Un dividende important de la SAQ au Gouv. du Québec (à nous-mêmes)

    Qu’est-ce qui arriverait après une privatisation de la SAQ comme c’est arrivé en Alberta :
    - Le privé (comme dans tout autre domaine de l’économie) se concentrerait là où c’est rentable et délaisserait les autres localités
    - Les emplois y seraient beaucoup moins bien payés (est-ce qu’on veut plus de jobbines à la WallMart ou un peu moins de la SAQ ?)
    - Si les prix sont en moyenne plus bas que ceux de la SAQ, le Gouv pourrait toujours augmenter le % de taxe pour maintenir les entrées fiscales, mais il faudrait oublier le dividende annuel, le secteur privé se le réserverait en totalité.

    Pour la moyenne, les consommateurs québécois ont déjà énormément plus de choix de produits qu’ils peuvent espérer en essayer, le fin connaisseur lui se trouve probablement désavantagé, parce qu’il ne peut compter sur la SAQ pour lui offrir tous les produits de niche produits à petits volumes aux quatre coins du globe, pour lui ce serait certainement un grand plus s’il pouvait compter sur des distributeurs privés spécialisés; mais ils seraient localisés où ? à Montréal et à Québec seulement ? Est-ce que ce serait logique de démanteler la SAQ et perdre tous les avantages qu’elles nous offre pour avantager un nombre restreint de personnes dans quelques grandes villes du Québec ? Me semble que poser la question c’est y répondre.

    Les mêmes qui préconisent la privatisation de la SAQ, ne voient que des avantages à privatiser Hydro-Québec.

  8. @ Francois 1
    qui écrit :  » Il faut privatiser la SAQ point final! Nous aurons ainsi accès à de meilleurs produits à des prix beaucoup plus sensés.  »

    La Maison de Futailles ça vous dit quelque chose ?
    Sa mission consiste à :
    commercialiser et effectuer la mise en marché d’un large éventail de vins offerts à prix compétitifs pour l’industrie de l’alimentation du Québec.
    http://www.futailles.com/fr/index.aspx
    C’est une entreprise très rentable (ancienne division de la SAQ) que le PLQ a privatisé en 2006 en la vendant à la famille Kruger

    Les vins qu’on retrouve dans nos épiceries proviennent tous de cette entreprise privée qu’est devenue la Maison des Futailles, avez vous l’impression de payer beaucoup moins cher qu’à la SAQ lorsque vous achetez à l’épicerie des vins équivalents à ceux que vous achetez à la SAQ ? Je ne crois pas que ce soit le cas, pourtant on parle bien d’une entreprise privée très efficace, ses produits sont taxés de manière identique à ceux vendus par la SAQ, comment expliquer qu’elle se garde, elle aussi, une marge de profit qui doit être aussi faramineuse que la SAQ ? Suivant quelle logique le PLQ a-t-il pu privatiser la Maison des Futailles ? Ça aura été dans l’intérêt de qui ? Pensez-vous vraiment qu’il en serait autrement avec les prix des produits de la SAQ si la SAQ était privatisée demain matin ? Laissez moi en douter !